Nantes. Aux Dervallières, le deal a repris au Building – un autre mineur impliqué

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Quelques heures à peine après la mort de l’adolescent de 15 ans, Abdelghani Sidali, tué lors de la fusillade du 11 janvier dernier à 20h30 – la troisième au même endroit en quatre jours – le deal a repris dans la cage d’escalier du 12, rue Edmond Bertreux, au Building, cette barre qui domine les Dervallières et le nord-ouest de Nantes.

Selon nos informations, un nouveau mineur y est impliqué – c’est en effet un gamin âgé d’à peine 13 ans qui ouvre la porte aux clients, tandis que le dealer est cagoulé. On ignore s’il a un gilet pare-balles. Quant à l’autre blessé de la fusillade, il s’agit d’un « blédard », un ressortissant du Maghreb de 26 ans selon ses déclarations, sans casier ni domicile connu, et qui est resté très évasif face aux questions de la police.

Abdeghani Sidali, adolescent de la Bottière qui a déménagé en 2019 avec sa famille aux Dervallières et était scolarisé à Bellevue – ces trois lieux sont des quartiers « sensibles » nantais, le premier à l’est, les deux autres à l’ouest, est le premier mort suite aux règlements de comptes entre gangs nantais, après une année 2020 émaillée de fusillades (35) mais sans morts, et une année 2019 avec 69 fusillades, trois morts et une quinzaine de blessés.

Il avait été atteint par quatre balles (jambe, avant-bras, carotide et œil), principalement sur le côté droit. Selon ObservAlgérie, le jeune homme, d’origine algérienne, sera enterré dans son pays d’origine dans les prochains jours. Sa mort sera toutefois nettement plus médiatisée que la mort de tous ces consommateurs tués à petit feu ou plus rapidement par la drogue qu’ils viennent chercher au pied des tours – les nombreuses « épiceries » vendent en effet des drogues douces (résine de cannabis, herbe de cannabis), mais aussi de la drogue dure (cocaïne, héroïne), voire des drogues synthétiques (amphétamines, crack, ecstasy, « spices » ou NPS, MDMA…)

La drogue ? Johanna Rolland comme Ali Rebouh préfèrent ne pas en parler

Même si le lieu de deal est dangereux, il rapporte, et l’argent de la drogue semble tout soumettre – le silence, les consciences, et même la parole de Johanna Rolland et d’Ali Rebouh, l’élu du quartier.

En effet, dans leurs deux réactions, le principal coupable – le deal de drogue – est courageusement absent. « La mort de ce jeune garçon est un drame », a réagi Johanna Rolland, « à l’émotion s’ajoute la colère face à cet acte inqualifiable et à la violence insupportable dont ce jeune est la victime », ajoute-t-elle. Si elle maîtrise les codes de la communication politique – ton solennel, compassion et dramaturgie de la Parole, toute référence au deal de drogue est absente de ces lignes.

Ali Rebouh, élu du quartier, abonde : « la situation impose qu’ensemble nous ne baissions pas les bras et que des réponses soient apportés pour que les habitants retrouvent la paix dans leur quartier ». Qui a déclaré la guerre aux habitants des Dervallières ? Faudra-t-il envoyer une mission de casques bleus ou une force d’interposition de l’armée russe, comme en Centrafrique ou au Karabagh ? Nous n’en saurons pas plus.

Un adolescent « au mauvais endroit au mauvais moment » ?  Vraiment ?

Dans les colonnes de nos confrères de Presse-Océan, un oncle de la victime pose des mots sur les maux : « Il y a beaucoup trop […] de gens qui traînent avec des fusils à pompe […] Cette drogue, ces armes, comment entre-t-elles dans nos quartiers ? Il faut que tout cela s’arrête ». Néanmoins, ils tentent de faire accroire que l’adolescent était « loin de tout ça, de toutes ces histoires. Il allait à l’école, il jouait au ballon », en l’occurrence au foot au club de Pin Sec, dans son ancien quartier, et au futsal à Doulon.

Un jeune « au mauvais endroit au mauvais moment », donc, descendu alors qu’il était descendu dans le hall de son immeuble ? Pas si sûr. Celui qui était surnommé « Ranau » vivait à 500 mètres de là, dans un autre immeuble du quartier, et était sorti après le couvre-feu, pour aller au 12 où il n’avait rien à faire, surtout à cette heure. Pis, selon des riverains, « il était déjà venu sur ce point de deal, il était là, avec les dealers ». Il se serait même pris, verbalement, à un riverain qui lui reprochait de dealer.

Licencié du club de foot Nantes-est Pin Sec depuis ses 7-8 ans, puis membre du club de futsal de Doulon, il avait déménagé avec sa famille vers les Dervallières. Et était scolarisé à Bellevue – le quartier dont viennent aussi, selon nos informations, les actuels tenanciers du point de deal. Que leurs prédécesseurs aimeraient bien déloger, quitte à faire parler la poudre.

Avec un mort de plus, les tensions entre les quartiers « sensibles » – Bellevue, les Dervallières, la Bottière, mais certains mentionnent aussi le Breil – risquent de repartir de plus belle, le risque d’émeutes planant sur le week-end. « C’est à cause de leurs histoires de deal qu’il y a un mort, mais ce sont nos voitures qui vont brûler », s’inquiète, à demi-résigné, un riverain du Breil qui « se débrouille pour se garer ailleurs pendant quelques jours. Je ne bénéficie pas de l’argent de la drogue, moi, je travaille ».

La drogue, un trafic très juteux

C’est tout le problème. L’argent de la drogue, « des sommes folles dans des quartiers assez déshérités. L’argent achète tout, et ce que l’argent n’arrive pas à faire, la peur le fait – les dealers sont armés, et ils sont soutenus par leurs familles », relève un autre habitant du Breil, encore. Une réunion entre riverains des Dervallières et forces de l’ordre, à l’automne 2019, avait remonté le cas d’un dealer à peine majeur qui ramenait 5 000 € par semaine à ses parents.

« Le deal paye tout. Les guetteurs se font rarement moins de 100 euros par jour, les dealers plusieurs centaines d’euros, sans problème. Ceux qui tiennent le business, jusqu’à plusieurs milliers d’euros par jour. C’est beaucoup d’argent, dans des familles où règnent chômage et travail partiel. On est dans une société où on a fait comprendre aux jeunes que l’argent est roi, il faut avoir une Rolex, une belle voiture. Papa travaille légalement – quand il a un travail – il ramène 1200 € par mois. Son fils fait ces 1200 en une semaine, voire en 3 jours, le père, il n’a plus rien à lui dire ».

Et puis il y a les petits avantages. « Il y a tellement d’argent. Des dealers ont déjà payé des vacances au bled, des rapatriements de corps – il est d’usage d’être enterré au pays, mais ce n’est pas donné, les écrans plasma et l’équipement des appartements de la famille des dealers, etc. Y en a qui complètent les petites retraites, font les courses – ou portent les sacs des personnes âgées, aident aux déménagements… bref ils font de l’action sociale, c’est bien vu.

Ils envoient de l’argent là bas et font venir les proches qui y sont restés. Difficile de résister. Beaucoup ferment les yeux, certains vont même plus loin et rejoignent le trafic – ils cachent les dealers chez eux par exemple quand la police fait des descentes. Les réfractaires qui ne veulent pas que leurs gamins tombent dedans sont forcés de se taire ou déménager ».

Quant aux riverains qui ne bénéficient pas de la manne du deal, ils sont condamnés à subir. La police a quasiment déserté les quartiers concernés avec l’abandon de l’ilôtage. « Ils font des descentes ou des patrouilles pour saisir de la drogue, ils disent qu’ils dérangent le business », explique une riveraine, quartiers Nord. « Que dalle ! Ça se voit d’ailleurs, parce qu’ils ne font plus de saisies lors des fouilles de halls ou de parties communes, pourtant la came est là, mais planquée chez des complices – ils n’ont pas le droit d’aller dans les appartements. Et puis dès qu’ils sont repartis le deal reprend. En gros les pouvoirs publics font comme s’ils donnaient la chasse aux deal, les dealers font comme s’ils avaient peur ».

Entre faux-semblants oxymoriques de la « politique publique de lutte anti-stupéfiants », consciences achetées par l’argent de la drogue, parole publique tétanisée par l’idée de s’attaquer au deal et gangs armés qui se disputent le juteux marché nantais, tout porte à croire que ce premier mort de l’année ne sera pas le dernier. Et que les armes ne sont pas près de se taire à Nantes, ou ailleurs.

Louis Moulin

Photo d’illustration : DR
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1 COMMENTAIRE

  1. Ce sont les politiques qui ont transformé la superbe ville de Nantes en un INFAME BORDEL.
    Leur place est en prison. A vie.
    Que font les Nantais et les Bretons ??????????
    ILs n’ont aucun droit de se plaindre !

    DR LOUIS MELENNEC

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