L’opinion grecque plébiscite le virage patriote du premier ministre Kyriakos Mitsotakis

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La Grèce est-elle en train de devenir une deuxième Hongrie ? C’est ce que laisse supposer l’évolution politique du pays depuis les dernières élections de juillet 2019. Comme Victor Orban, Mitsotakis est issu de la droite classique et comme lui il prend des orientations politiquement incorrectes qui font tousser Bruxelles. Avec un succès certain, du moins dans les sondages.

Malgré la crise sociale, l’opposition de gauche ne rassemble plus que 40 % des citoyens

Un sondage du 7 au 11 janvier dernier (1) indique que si les élections avaient lieu aujourd’hui, 48.3 % des personnes interrogées voteraient pour Nouvelle Démocratie, le parti de Mitsotakis, améliorant encore le bon score de 2019 (39.85 %).

Son rival de gauche, Syriza, serait aujourd’hui encore plus sévèrement battu : le sondage donne au parti d’Alexis Tsipras 25 % des voix, contre 31.53 % en 2019. Le reste de la gauche est également à la ramasse. Le KINAL, nouveau nom du PASOK, l’ancien parti socialiste panhellénique, est crédité de 8.1 %, ce qui est aussi son score de 2019. Dix ans plus tôt, le PASOK rassemblait encore 43.9 % des voix !

Le parti communiste (KKE), progresse légèrement, de 5.3 % à 6.3 %, tout en restant à un bas niveau historique. Le Front de désobéissance réaliste européen (MéRA 25), de l’ancien ministre des finances Yánis Varoufákis, un dissident de Syriza, ne séduit plus que 2.5 % des Grecs (contre 3.44 en 2019). Répondant au doux nom d’Antarsya, c’est-à-dire « Mutinerie », l’ultragauche n’est pas mesurée, mais des sondages plus anciens la créditent d’un peu plus de 1 % (0.44 % aux vraies élections).

Recomposition de l’offre politique patriote

Nouvelle Démocratie lamine aussi ses contestataires de droite.

Aube Dorée, démantelée par la justice suite à un procès stalinien, n’est plus citée par un nombre suffisamment significatif de sondés. D’après d’autres sondages, son potentiel se situerait autour de 1.2 %. En 2019, ce parti accusé d’être néonazi avait fait 2.93 %, alors que le score minimal pour avoir des députés est de 3 %. Les Grecs pour la Patrie (EP), une scission d’Aube Dorée en 2020, ne font guère mieux : un sondage de septembre dernier leur donne 1.5 %.

Solution Grecque (EL) est la seule formation patriote à profiter de la quasi-disparition d’Aube Dorée. Fondé en 2016 par Kyriákos Velópoulos, un animateur de téléachat spécialisé dans les articles de piété chrétienne, EL est issu du LAOS, un parti patriote qui avait réalisé plus de 5 % des voix en 2009, avant de décliner et de disparaitre de la vie politique en 2016. Solution Grecque a obtenu 3.7 % des voix aux élections de 2019 et fait élire 10 députés. Le sondage de janvier le place maintenant à 4.8 %.

La question migratoire au cœur du remaniement du 4 janvier

Ce sondage flatteur pour le gouvernement en place depuis 1 an et demi ne traduit pas une situation idyllique, bien au contraire. La situation objective du pays est grave et si Mitsotakis inspire confiance, c’est parce qu’il semble prendre le taureau par les cornes, à la manière d’un Churchill promettant de la sueur et des larmes.

Plus d’une décennie après la crise des subprimes, suivie elle-même de la crise de la dette, le modèle économique de la Grèce reste à reconstruire. Mitsotakis lui applique comme remède un programme de droite classique (privatisations, libéralisation du marché du travail, réductions d’impôts) et il le fait avec une vigueur thatchérienne.

Classiquement également, il tente de rétablir l’ordre en mettant des policiers dans les rues, une mauvaise idée pour le sociologue Syros Sakellaropoulos, de l’Université Panteion d’Athènes : « Il y a une présence policière toujours plus importante dans les rues et cette présence continue aboutit de fait à une augmentation des violences policières ».

La question des migrants devient de plus en plus centrale. La politique européenne suscite un afflux continu depuis 2011, dans des conditions toujours plus difficiles. Même dans les lieux les plus touristiques, l’impact de la crise migratoire est perceptible. Une scène typique dans une antique cité, un soir d’été : derrière sa poussette XXL, une réfugiée voilée promène sa nombreuse famille, sous les yeux de vieux Grecs, songeant sur leur banc à leurs petits-enfants surdiplômés partis à l’étranger.

Tagués sur les murs de toutes les villes par des activistes de gauche, les slogans pro-migrants dominent totalement l’espace public. Mais cela ne semble pas traduire pas le sentiment de la majorité silencieuse, qui s’inquiète pour l’avenir du pays.

Mitsotakis fait l’union des droites

Mitsotakis, dès sa prise de contrôle de Nouvelle Démocratie en 2016, a tenu compte de cette opinion et a infléchi la ligne du parti. Il a notamment recyclé des anciens dirigeants du LAOS, comme Spyrídon-Ádonis Georgiádis, qui a été nommé vice-président de Nouvelle Démocratie, puis en 2019 ministre de la Croissance et des Investissements.

Le dernier remaniement du 4 janvier a confirmé cette tendance. Certes on y trouve Nicholas Yatromanolakis, nouveau ministre-adjoint à la culture contemporaine et premier homme politique grec moderne à assumer publiquement son homosexualité. De quoi alimenter des débats avec son collègue de gouvernement Georgiadis : ce dernier a publié un essai dénonçant le « mythe » selon lequel l’homosexualité était répandue chez les grands hommes de la Grèce antique !

Mais la vraie information politique est la promotion de Makis Voridis, un autre ancien du LAOS, passé de l’agriculture à l’intérieur. Enfin, Sophia Voultepsi a été nommée ministre-adjointe à l’intégration des réfugiés. Cette militante historique de Nouvelle Démocratie est un peu la Nadine Morano hellène : en 2014 elle a comparé les migrants à des « envahisseurs non armés ».

La Grèce menacée serre les rangs derrière son gouvernement

« Envahisseurs non-armés ». Provocatrice en 2014, cette expression a trouvé une confirmation dans le réel le 29 février 2020. Ce jour-là, le président Erdogan a donné publiquement le signal aux migrants utilisant la filière turque de forcer les frontières grecques, avec l’aide logistique d’Ankara.

L’été suivant, c’est le tour de la marine turque de transgresser les frontières établies en 1947. Abandonnée par les USA et par les Européens (à l’exception de la France, de l’Italie et de Chypre), la Grèce n’avait alors à opposer à Erdogan qu’une armée 5 fois moins nombreuse et globalement moins équipée que celle de son ennemi.

« L’heure est venue de renforcer nos forces armées », a annoncé en septembre le premier ministre Mitsotakis. Le service militaire va être allongé, de 9 à 12 mois. 18 Rafales français vont être achetés d’ici 2022, de quoi assurer la supériorité aérienne de la démocratie hellène, son seul point fort. Une nouvelle génération de navires a été programmée en juin dernier, en coopération avec Israël : ce programme de corvettes prendra le nom de Thémistocle, le général athénien qui endigua à Salamine l’invasion perse.

A.T.

1) Sondage Marc/Alpha : https://en.wikipedia.org/wiki/Opinion_polling_for_the_next_Greek_legislative_election#cite_note-1

Crédit photo : DR
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