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Ce que Champollion a fait pour l’Egypte, François Desset, un chercheur lyonnais de 38 ans en poste à l’Université de Téhéran, est en passe de le réussir pour l’antique royaume de l’Elam. En déchiffrant au cours des derniers mois l’écriture dite élamite linéaire, il révolutionne la connaissance sur cette civilisation certes moins spectaculaire que celle des Pyramides, mais toute aussi ancienne et durable.
Les Elamites, une énigme même pour la Bible
Le berceau de ce peuple était situé sur les hautes terres de l’Iran actuel, autour de la ville d’Anshan, dans un territoire plutôt périphérique par rapport au Croissant Fertile. Dès le 4ème millénaire avant JC, les Elamites seraient descendus de leur montagne et auraient colonisé la bordure orientale de la riche plaine alluviale de Mésopotamie. C’est là qu’ils entrent en contact avec les premières civilisations urbaines et qu’ils créent leur propre capitale, Suse.
La Bible évoque Elam, le fondateur légendaire du pays, présenté comme un petit-fils de Noé et un des fils de Sem, l’ancêtre des peuples sémites. Les Hébreux ont certainement côtoyé des Elamites sur les rives de Babylone, mais ils se sont manifestement trompés sur leur origine.
En effet, d’après les linguistes, la langue élamite n’est pas sémitique comme celles de la plupart de leurs voisins occidentaux du Moyen Orient (Akkadiens, Assyriens, Babyloniens, Syriaques, Hébreux, Arabes…). Elle n’est pas non plus indo-européenne, comme celles de leurs voisins orientaux (Perses, Arméniens, Kurdes, Hindis…). L’élamite reste une langue aux racines mystérieuses.
Quant au peuple qui le parlait, il se serait distingué de ses voisins par un teint très foncé, un peu comme comme celui des Tamouls du sud de l’Inde (1)
Vase d’argent élamite, musée national de Téhéran
La première écriture exclusivement phonétique
Depuis un siècle, les archéologues ont découvert trois types d’écriture en Elam, qui correspondent à 3 périodes de sa civilisation :
- Le proto-élamite, écriture schématique qui sert à la comptabilité des premiers palais qui exploitent la contrée, de – 3200 à – 2900.
- L’écriture cunéiforme, empruntée aux Mésopotamiens quand le royaume est annexé par les empires de ces derniers ou subit leur influence, c’est-à-dire pendant la plus grande partie de son histoire.
- L’élamite linéaire, une écriture perfectionnée et propre à l’Elam, qui n’a été utilisée que pendant une courte période autour de – 2300 à -1900. Cela correspond à l’apogée de l’Elam, à l’époque du roi Kutik-Inshushinak, plus connu (?) sous son nom akkadien de Puzur-Inshushinak. Ce roi a libéré et réunifié le pays et l’a doté d’une écriture nationale, à côté de l’écriture cunéiforme dominante.
C’est en se basant sur cette dernière écriture, déchiffrée depuis longtemps, que Desset a pu s’ attaquer à l’élamite linéaire. Pendant 10 ans, il a étudié les quelques 40 textes qui ont été trouvés dans les fouilles conduites depuis un siècle. Sur des vases d’offrande, il détecte des structures répétitives et émet l’hypothèse que ce sont des phrases rituelles, contenant des noms propres de divinités et de rois, déjà connus par le cunéiforme. Bloqués par le Covid 19 qui sévit durement en Iran, Desset et ses assistants profitent de la quarantaine pour finaliser en novembre 2020 les premières traductions :
« A la dame de Marapsha [nom de lieu], Shumar-asu [nom d’une déesse], j’ai fait ce vase en argent. Dans le temple qui sera célèbre par mon nom, Humshat, je l’ai déposé en offrande pour toi avec bienveillance », lisent-ils ainsi sur un vase en argent conservé au musée national de Téhéran.
La découverte de François Desset jette une dernière lueur sur ce qui a dû être une brillante civilisation. Car le déchiffrement de l’élamite linéaire confirme que l’Elam a inventé la première écriture exclusivement phonétique de l’histoire : avec environ 80 à 100 signes, elle est beaucoup plus ingénieuse que le cunéiforme, qui en utilise plus de 300 (un mélange de signes phonétiques et de « logogrammes »). Desset estime également que l’élamite linéaire vient du proto-élamite et que ce dernier n’est pas une copie du cunéiforme, comme on le pensait jusqu’à maintenant. Proto-élamite et cunéiforme seraient tous deux issus d’un premier modèle encore inconnu. Ce déchiffrement renouvelle de façon importante la question des origines de l’écriture.
Le banal destin des Elamites : le remplacement
La recherche actuelle a tendance à réévaluer à la hausse la contribution des Elamites, qui ont connu un développement initial aussi prometteur que celui des Sumériens, considérés jusqu’à maintenant comme les inventeurs de l’écriture. C’est par la suite que cela s’est gaté pour les Elamites et qu’ils ont été peu à peu effacés de l’histoire.
Des voisins trop nombreux, un pouvoir politique trop faible : la royauté de Suse se passait de frère en frère, une source de guerres civiles à n’en plus finir.
Après avoir été dominés par les Mésopotamiens, les Elamites sont passés sous la coupe des Perses, ancêtres des Iraniens. A l’époque du Christ, ils sont pourtant toujours là : les Actes des Apôtres citent l’élamite parmi les langues utilisées par l’Esprit Saint au cours du miracle de la Pentecôte !
Conservant leur particularisme, ils recréent à la première occasion un Etat, le royaume d’Elymaïs, au IIème siècle après JC, dernière structure politique nationale, qui disparaît au siècle suivant. Les habitants se christianisent et obtiennent la création d’un diocèse d’Elam. Vers l’An Mil, le géographe persan Istakhri signale leur présence, ainsi que la bizarrerie de leur langue, ni perse, ni arabe. C’est la dernière mention de ce peuple. Intégré au califat de Bagdad, l’Elam s’arabise. Appelée aujourd’hui Kouzhistan, c’est la seule province arabophone de la République islamique d’Iran.
Un Elam tamoul ?
Il ne reste plus aux amateurs que quelques écritures mystérieuses à déchiffrer : le proto-élamite pour lequel Desset est déjà dans la course ; le linaire A crétois (écriture des Minoens remplacés par les Grecs) ; l’écriture de Mohenjo-Daro, la première civilisation urbaine de l’Inde, balayée par les enhahisseurs aryens, ancêtres des Indiens actuels.
Parmi les hypothèses évoquées, les habitants de Mohenjo-Daro sont rapprochés des populations parlant des langues dravidiennes pré-indoeuropéennes, comme les Tamouls habitant le sud de l’Inde (et aussi le 10ème arrondissement de Paris).
Or Mohenjo-Daro entretenait des rapports étroits avec l’Elam du temps de son apogée. Et l’élamite est une langue dite agglutinante, exactement comme les langues dravidiennes…
E.P.
- On trouve l’information sur plusieurs sites d’amateurs, mais pas dans les manuels universitaires :
- http://antikforever.com/Perse/Elam/elam.htm
- http://secher.bernard.free.fr/blog/index.php?post/2016/06/17/La-structure-g%C3%A9n%C3%A9tique-des-premiers-fermiers-du-Proche-Orient
- https://afrikhepri.org/les-sumeriens-habitants-de-la-mesopotamie-etaient-noirs/
Ce dernier site est afrocentriste.
Une information à prendre donc avec des pincettes.
Au cours de ses fouilles dans le sud iranien, François Desset a toutefois mis au jour un flacon d’époque élamite contenant un cosmétique destiné à blanchir la peau.
Crédit photo : DR
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