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La ville de Coleraine, 25 000 habitants, au nord de l’Irlande du Nord, est en proie actuellement à une véritable guerre des gangs entre factions loyalistes qui tentent de contrôler le marché noir de la drogue, loin, très loin de la défense initiale de la communauté protestante, qui était le fondement des groupes loyalistes (Coleraine est une ville à 68% protestante).
En 2020, 14 fusillades ont été enregistrées dans la région de Causeway Coast et de Glens Borough Council, mais aucune en 2019. A titre de comparaison, Belfast, plus grande ville du pays, a connu 16 fusillades sur la même période. Il est d’ailleurs possible – pour la police il s’agit en tout cas d’une piste étudiée – que des éléments se revendiquant de l’UDA (Ulster Defense Association) du nord d’Antrim soit à l’origine de la fusillade qui a vu Sally Cummins, âgée de 61 ans, recevoir une balle dans la tête (elle est aujourd’hui toujours dans le coma) sur fond de guerre de territoires entre gangs de dealers de drogue.
Un mois plus tard, Paul Fleming, un supporteur du Celtic Glasgow, a été attaqué au fusil de chasse chez lui à Coleraine tandis que de nouvelles attaques avec des tirs visant des maisons ont été perpétrés ces dernières semaines, sans faire de victimes. Au moment de Noël, de nombreuses fausses alertes et découverte d’engins suspects ont entrainé l’évacuation d’habitants du quartier de The Heights.
Mervyn Storey, député du DUP (unioniste) du secteur, explique que les habitants de Coleraine ont peur, et affirme avoir recueilli suffisamment de témoignage pour établir que le trafic de drogue est au coeur de tous ces actes criminels. « Il s’agit d’essayer de contrôler le trafic de drogue dans la région », a déclaré M. Storey. « Nos renseignements nous amènent à penser que certaines organisations qui sont impliquées dans les fusillades sont également impliquées dans la drogue. Des éléments extérieurs à la région tentent par ailleurs eux aussi de peser sur le contrôle et la fourniture de drogues »
M. Storey a ajouté que la drogue ne détruit pas seulement des familles et des communautés dans la région de Coleraine, mais dans toute l’Irlande du Nord. « C’est un fléau pour notre société et il est honteux que ceux qui font partie de ces organisations – quelle que soit la bannière qu’ils veulent se donner – utilisent cela sur leur propre communauté avec les conséquences que cela peut avoir. Il n’est question que de gain, de pouvoir financier, c’est scandaleux » a-t-il ajouté
A noter qu’un récent rapport de la Commission indépendante d’enquête parlementaire, qui vise à mettre fin aux activités paramilitaires en Irlande du Nord, a révélé qu’il y avait un nombre important de personnes impliquées dans les gangs en Irlande du Nord. Ce rapport indique que ces gangs seraient tolérés dans certaines communautés, ou tout du moins, y feraient suffisamment régner la terreur pour ne pas en être chassés.
« Nous savons qu’ils sont impliqués dans des meurtres, nous savons qu’ils sont impliqués dans le contrôle de la drogue aux côtés des dissidents, nous savons qu’ils contrôlent la prostitution, ils contrôlent certains aspects de la contrebande et ils détournent l’argent des entreprises. Ils sont un véritable fléau pour la communauté et ils détruisent la vie des jeunes, mais nous leur permettons de continuer » indique Alain McQuillan, ancien directeur adjoint de la RUC (police royale de l’Ulster). « Nous n’avons ni besoin de l’UVF, ni de l’UDA. Ils ne servent pas les intérêts des unionistes, de la politique unioniste et nous devrions nous en débarrasser »
L’ancienne ministre de la justice, Claire Sugden, a déclaré que les auteurs des attaques dans la région de Coleraine ne sont rien d’autre que des « bandes de criminels et de voyous. Ils utilisent l’intimidation, le trafic de drogue, le racket et le blanchiment d’argent pour opprimer les communautés qu’ils prétendent représenter. Les gens ont peur de témoigner contre ces gangs. Cela rend le travail de la police encore plus difficile car, à moins qu’il n’y ait des preuves, tant physiques que provenant de déclarations de témoins, la police ne peut pas inculper les responsables »
A noter que beaucoup de leaders historiques au sein des mouvements loyalistes, lorsqu’ils sont interrogés, condamnent fermement eux aussi ces guerres de la drogue « qui n’ont rien à voir avec le combat loyaliste et ne sont le fait que de petites frappes qui salissent tout une cause et vendent de la mort à nos enfants » nous confie l’un d’entre eux, lui même membre historique de l’UDA, contacté par téléphone.
Une task force a d’ailleurs été fondée en 2017 pour aider à lutter dans tout le pays contre le crime organisé autour des groupes paramilitaires en collaboration avec la National Crime Agency (NCA) et le HMRC, en accordant des pouvoirs accrus en matière de saisies et d’arrestations.
Elle enquête sur un certain nombre de groupes criminels paramilitaires dans toute l’Irlande du Nord.
La consommation de drogue en Irlande du Nord est, comme pour beaucoup de pays d’Europe de l’ouest, un véritable fléau. Dans la communauté protestante – qui sent possiblement intérieurement qu’elle est en train de s’effondrer démographiquement – c’est encore plus marqué, les orgies hebdomadaires et celles, monumentales liées aux cérémonies du 12 juillet pour ceux qui ont déjà eu l’occasion de le voir étant là pour en témoigner, entre autres.
Outre les ravages physiques que la drogue – et nous en connaissons aussi les conséquences en Bretagne – entraine, la consommation de cette dernière témoigne aussi de la détresse psychologique d’une partie de la population : en Irlande du Nord, le taux de suicide est de 7,3 pour 100 000 habitants, le plus fort du Royaume-Uni.
Crédit photo : https://petermoloneycollection.wordpress.com/2007/08/31/coleraine-uda/
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