Varia (4) … La Commune est (presque) morte…

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J’ai regardé « Floride », le film de Philippe Le Guay qui repassait sur la III (des « bâtons » pour 3… hi hi hi), l’autre soir. Téléramucha déteste… Moi j’aime. Dernier tournage pour Jean Rochefort qui en fait « des tonnes » et remarquable prestation de Sandrine Kiberlain, sa fille (une grande artiste). Je ne vous raconterai pas l’histoire vu que je suis plus vieux que (dans le film) Claude Lherminier (Jean Rochefort), et que je suis incapable de choisir entre le réel de son Alzheimer et ce qu’il invente à plaisir. Cela nous vaut de grands moments foutraques… Et puis le souvenir de la Floride, cette décapotable dans laquelle une personne qui m’est chère s’est viandée jadis, dans les années 60 de sa jeunesse (elle s’en est sortie… si si). Je ne fais pas de mystère, le film m’a beaucoup plu parce qu’il pose justement la question de l’enfermement dans les mouroirs dont on a beaucoup parlé ces temps-ci. Et ça… ça me concerne au premier chef… Parfaitement désespérant ! Je ne reviens pas sur l’emploi du mot « Narayama », mais, que voulez-vous, les Japonais ont un long temps d’avance… Remarquez, j’aurais aussi pu vous parler de « Chasseurs de scalps » qui date de 1968. Un film de Sydney Pollack qui remue la vase de l’histoire américaine (on est en 1850), mettant en présence un « esclave » (Joseph Lee = Ossie Davis), intellectuel du plus beau « black », et un gougnafier « white » (Burt Lancaster = Joe Bass) parfait analphabète. C’était intelligent de prescience involontaire…

*

Il faut se faire une raison : la Commune est morte, ou enfin presque, avec les « diplômés » qui s’en occupent aujourd’hui. Et Jean Maitron, le bon maître, n’y est plus pour rien… ça me rappelle les jours du vieux temps où vivait encore Zéphirin Camélinat, cet imbécile heureux et fier de l’être. Staline, héritier de la Commune… Pensez si ça valait le coup ! C’était aussi l’époque de Steinlen, qui dessinait dans l’ « Assiette au beurre ». Cette fois, il ne « les » avait pas ratés, au mois de mars d’une année de la toute fin du XIXe siècle…(pardon du 19e siècle). Un cortège de « messieurs » sapés en bourgeois, gibus sur la tête, s’en allait célébrer le fusillement au « Mur des fédérés » (sis au Père Lachaise). Un gamin demandait, à un « sergent de ville » en faction, qui étaient ces gens ? Le flic répondait à peu près ceci : « C’est des gens qu’on a oublié de fusiller en 71 ! » – autant que je m’en souvienne. Nous reste le « Temps des cerises »… une bien belle chanson.

On aura tout entendu sur cette révolution. Par exemple, sur France-Cul, un invité a dit, l’autre jour, qu’il ne fallait pas se tromper sur la Commune… que c’était d’abord et avant tout une « révolte patriotique ». ça, c’était déjà la thèse de Monsieur Chevènement quand nous préparions (pas avec lui, évidemment…) un film sur la Commune de 1871… ça venait de loin chez le jeune Chevènement. Il extrapolait bêtement le comportement du délégué à la Guerre, second après Charles Delescluze, le capitaine Louis Rossel, qui avait été, malgré des mérites incontestables, un rebelle parmi les rebelles. Non, la Commune était avant tout une « expérimentation-malgré-elle » à une époque où Marx, à Londres, multipliait les conneries avec toujours un temps de retard. Il fallait aller plutôt dans le sens de Jules Vallès, de Louise Michel, d’Eugène Varlin… qui refusaient les pitreries des partisans du « revival » de 93 et de la Terreur.

Le temps est désormais à la révision scandaleuse : du nombre des morts de la Semaine sanglante (par les Versaillais), de l’évaluation des cercles qui ont nourri la tentative d’un nouvel État, de l’importance de tel ou tel, de ce qui reste dans les mémoires… Alors là, c’est au plus fort l’empoche. Et qu’est-ce qu’on entend comme sornettes. En oubliant (? tss…) tout ce qui a déjà été dit et écrit. Je me souviens de mes recherches à la BNF (la Bibliothèque Nationale au temps où elle gisait encore rue de Richelieu). On me sortait à la pelle des paniers entiers de documents… la « photographie » était encore méprisée. En ce temps-là les « bons auteurs » se refusaient à l’image. Aujourd’hui, c’est pas pour dire, chaque cliché à droit à sa fiche pincée à l’oreille comme une vache au pré.

Comment oublier Gustave Flourens, géographe, professeur au Collège de France à 25 ans, en 1863, chargé d’un cours sur « l’Histoire des races humaines » (sic !). Ce républicain anti-bonapartiste, forcé à s’exiler peu après, participa aux luttes contre les Ottomans pour l’indépendance de l’île de Crète autour de 1866… Il fut massacré (à coups de sabre) le 3 avril 1871 à Rueil, alors qu’il était désarmé, par le capitaine de gendarmerie Desmarets (qui finit à La Garnache). Exactement un an avant, il écrivait dans la Libre Pensée ces lignes qui font frémir : « L’ennemi c’est Dieu. Le commencement de la sagesse c’est la haine de Dieu […], cet épouvantable mensonge qui, depuis six mille ans, énerve, abrutit, asservit la pauvre Humanité »… Comment oublier Louise Michel, la « bonne Louise », et ce qu’elle dit des Bretons, le 22 janvier 1871, cette avant-première — des conscrits sortis du camp-mouroir de Conlie fusillaient les insurgés depuis les fenêtres de l’Hôtel-de-Ville de Paris — : « Debout devant les fenêtres maudites, je ne pouvais détacher mes yeux de ces pâles faces de sauvages, qui (…) tiraient sur nous comme ils eussent fait sur des bandes de loups et je songeais : Nous vous aurons un jour, brigands, car vous tuez, mais vous croyez ; on vous trompe, on ne vous achète pas, il nous faut ceux qui ne se vendent jamais, et les récits du vieux grand-père passèrent devant mes yeux, de ce temps où héros contre héros, implacablement combattaient les paysans de Charette, de Cathelineau, de La Rochejacquelein, contre l’armée de la République. » Voilà qui vaut bien ce qui s’écrit de nos jours…

*

Vous aurez remarqué mon emploi de la nouvelle numération des siècles et des rois… Par exemple Louis XVI (Louis croix – V – bâton ) est devenu Louis 16… ça nous le rafraîchit. Notre époque est complètement tarée… ou plus exactement analphabète. Un musée a fait rigoler l’Italie tout entière… Je ne m’étendrais pas sur ce phénomène « de masse » (au sens que donnaient autrefois les Cocos à ce mot) qui atteint jusqu’aux diplômés de l’Université avec une UNEF fanatisée. Comme le dit l’excellent Brighelli dans Causeur : « Oui, Monsieur Blanquer, il faut dissoudre l’UNEF ! » On a bien interdit « Génération identitaire »… Alors ?

Bon, je vous quitte… Faut que je relise les deux pages très serrées de « l’autorisation de déplacement dérogatoire »… Deux pages, rien que ça ! Il y a des progrès… hi hi hi. Qu’est-ce qui est « dérogatoire »… le déplacement ou l’autorisation ? Faut me dire !

MORASSE

Crédit photo : DR
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