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Le 11 mars dernier, un navire porte-conteneurs a manqué de s’échouer dans le canal de Suez après que le capitaine ait résisté à une tentative d’extorsion des pilotes. Cette information éclaire d’un autre jour l’échouage de l’Ever Given le 24 mars dernier en travers du canal – finalement désensablé ce 29 mars.
« Le navire a récupéré le premier pilote à 4h24 avant d’entrer dans le canal et y est entré côté Port-Saïd [au nord, au débouché dans la mer Méditerranée] à 5h30. Avant de partir, le premier pilote a demandé des cigarettes, ce qui fut poliment refusé par le commandant qui a rappelé la politique de refus de toute corruption appliquée à bord et par les affréteurs », explique le capitaine dans un post publié par canal Telegram russe spécialisé @first_morskoy. « Ce n’est pas une ou deux pour la route, mais quelques cartouches. A cause de ces pots-de-vins aux pilotes, le canal de Suez est surnommé Marlboro Channel parmi les marins »
Le premier pilote débarque à 5h30 et prévient son collègue montant. Le second pilote, capitaine Khaled est très impoli et cassant avec le capitaine. Il l’enguirlande car le marin à la barre s’écarte du cap sur 0.2%. Il débarque à Ismailiya et réitère sa demande de cigarettes, toujours refusée par le capitaine au vu de la politique de refus de la corruption.
Le troisième pilote, embarqué à 10h13, le capitaine Khalied Mohammed Hussain Hassane, ID n° 1721201, plus impoli encore, refuse d’aider le capitaine à diriger le navire. Au cours des 15 à 20 minutes suivantes au cours des manœuvres dans le canal, le pilote fut appelé à plusieurs reprises, avec diplomatie et politesse, à coopérer avec le capitaine pour l’aider à diriger le navire […] il a refusé de coopérer.
Le capitaine décide de prévenir les autorités portuaires d’Ismalia avec la VHF, sur le canal 8. Le pilote monte le son, s’empare du combiné, commence à hurler, pousse le capitaine et lui au capitaine de filer les ancres, puis lui annonce que son navire sera mis aux arrêts pour des erreurs de cap. Finalement, l’équipage refuse de filer les ancres, car le navire avance à 9 nœuds.
Le capitaine rappelle les autorités portuaires d’Ismailiya pour leur signaler que le pilote refuse de coopérer et ne reçoit aucune réponse. A ce moment le pilote menace le capitaine de « gros problèmes pour le bateau ». Après 30 à 40 minutes alors que le navire continue à naviguer dans le canal, le pilote se met peu à peu à faire son travail. L’incident n’a pas été rapporté immédiatement aux autorités du Canal car la priorité restait de sortir du canal en toute sécurité. Une heure avant de débarquer, le pilote a réitéré sa demande de cigarettes en cadeau. Le navire est sorti du canal en toute sécurité, et le pilote a débarqué à 15h06 ».
Ce qui change quelque peu de la version officielle, selon laquelle le navire de 399 mètres de long aurait eu une avarie moteur en pleine tempête de sable – donc avec aucune visibilité sur les berges du canal – avant de se ficher en travers du cours du canal de Suez, bloqué à la poupe et à la proue.
Ce qui n’étonne guère @first_morskoy, qui a passé le canal de Suez plusieurs fois. « Dans les années 2000 ils demandaient une ou deux cartouches. Maintenant ils exigent un carton ! A chaque fois qu’un navire passe par Suez, les capitaines s’arrachent les cheveux. Certes, les compagnies commencent à refuser de donner des pots de vins – ça a commencé il y a dix ans et s’est généralisé, mais ce sont les pilotes qui ont l’avantage et va donc leur expliquer.
Donc à chaque fois ça pose des problèmes, et on a aussi ce genre de soucis au Nigéria, ou en Ukraine où le service de veille écologique censé surveiller les vidanges de ballast fermait les yeux pour 300 à 500 dollars à verser systématiquement. Si tu suis les règles, tu dois prévenir les forces de l’ordre et la compagnie. En pratique, par peur de mesures de rétorsions administratives, les capitaines se débrouillent et les pilotes ou les services administratifs sont de plus en plus gourmands – ils sont en position de force ».
Chaque heure de blocage du canal de Suez coûte 400 millions d’euros au commerce mondial. Si la thèse d’une tentative d’extorsion par les pilotes se confirme, les heures du « Marlboro Channel » et des petits trafics des pilotes risquent d’être comptées.
Plus de 420 navires attendent en divers endroits de passer le canal – selon les autorités portuaires égyptiennes, il faudra près d’une semaine pour résorber l’embouteillage créé par l’Ever Given du 24 au 29 mars, d’autant que le remorquage du navire à travers le canal n’est pas encore achevé. Le trafic a cependant repris lentement dans le canal.
Louis-Benoît Greffe
Crédit photo : DR
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9 réponses à “Marlboro Channel : quand un navire manque de s’échouer dans le canal de Suez suite à une tentative d’extorsion des pilotes”
Pour dites-vs Ever given alors que c’est un Evergreen ??
EVER GIVER c’est le nom, EVERGREEN la Cie, deux choses complètement différentes !
Le porte-conteneurs s’appelle « Ever Given », il est exploité par la société taïwanaise « Evergreen Marine », son propriétaire est la société japonaise « Shoei Kisen Kaisha Ltd » :)
Ayant passé suez à maintes reprises, le comportement des pilotes ne m’étonne pas. Ils exigent d’avoir une cabine, des cigarettes ou autre. A force de donner la main, ils exigent maintenant le bras …. Cela à toujours été existé, malheureusement.
Bel article, merci. Y a t il eu des plaintes portées contre le capitaine Khalied Mohammed Hussain Hassane, ID n° 1721201?
Même chose en Amérique du sud côté Pacifique. Pour les pilotes je ne sais pas mais aux escales il y a foule d autorités de toutes sortes et c est la même chose. Idem lorsqu’ il y a une réception à bord pour les chargeurs une partie de ces autorités reviennent et vont même jusqu’à s’enivrer. C etait il y a longtemps
mais je pense que tout ceci n a pas changé
L’attitude des pilotes « égyptiens » de Suez est connue de tous les marins ayant fréquenté ces eaux.
Dieu merci toute la profession n’a pas cette attitude corruptive et assure les entrées et sorties de navires des ports 365j/an et 24h/24.
sans encombres particulières, même si c’est parfois très délicat et périlleux.
J’ai personnellement gravit et descendu des échelles de pilotes pendant 25 ans…
Histoire arabe, rien de nouveau sous le soleil !
MARAVILLA
Pendant 37,5 années j’ai passé de nombreuses fois le canal de Suez et pratiqué de nombreux ports dans toutes les mers et océans. Les pratiques de bachichs sont universelles. C’est une institution, pour ne pas avoir de problème on joue le jeu .25 cartouches (c’était la moyenne pour passer le canal) c’est pinut’s en regard des frais de passage.
Au fait qui leur a appris ces méthodes !!! Elles sont toujours pratiquées par les gabelous de la patache dans tous les ports Français.
Les navires ont toujours été considéré comme des vaches à lait pour les terriens.