La coopération pêcheurs/scientifiques au coeur de la lutte contre les échouages de dauphins

A LA UNE

La période hivernale 2020/2021 a vu le nombre d’échouages de dauphins chuter de 30% par rapport à la moyenne des quatre années précédentes. Pour autant, les professionnels de la mer restent prudents avec ces chiffres, notamment car les causes de cette baisse ne sont pas encore déterminées. S’ils sont encourageants, ils restent toujours trop élevés.

La mobilisation des professionnels dans les différents programmes d’acquisition de connaissance et de développement de solutions techniques a été très importante cette année. Les Comités, Organisations de Producteurs et scientifiques sont unanimes : c’est la collaboration entre pêcheurs et scientifiques qui sera la clé pour trouver des solution pérennes, non seulement pour l’écosystème marin du golfe de Gascogne, mais aussi pour la filière pêche française

Près de 50 observateurs indépendants, coordonnés par SINAY et l’IFREMER, se sont embarqués sur la période hivernale sur des navires tirés au sort et selon un plan d’échantillonnage réalisé par les scientifiques. Celui-ci permet de couvrir l’ensemble des métiers potentiellement concernés par la problématique dans le Golfe de Gascogne. L’objectif du plan d’échantillonnage est d’atteindre 5% de marées observées ce qui correspond aux exigences scientifiques.
Avec 369 marées réalisées pour 521 jours de mer entre décembre 2020 et avril 2021, le nombre de jours observés est considérable. Sur l’ensemble de ces marées, 35 captures ont été observées (24 sur les arts trainants, 11 sur les arts dormants) ce qui, à ce stade, confirme le caractère très accidentel de ces captures.

« Le programme d’observation des pêches est financé et piloté par la DPMA et IFREMER. Les observateurs-trices SINAY démarchent les patron-pêcheurs suite à un tirage au sort des navires et à l’évaluation des possibilités techniques d’embarquement (respect du plan d’échantillonnage, place à bord du navire, fenêtres météo…) . Les patrons, volontaires dans leur immense majorité, autorisent alors la collecte de données scientifiques à bord. Sur l’hiver 2020-2021, l’effort d’échantillonnage a été très important et qualitatif grâce à la collaboration massive entre les équipes SINAY, les OP (Organisations de Producteurs), les Comités (comités des pêches régionales) et les armateurs. L’engagement fort des professionnels a été essentiel. Cet effort est à faire perdurer sur le long terme pour améliorer les connaissances afin de produire les avis scientifiques d’évaluations des stocks halieutiques et d’identifier des mesures adaptées et efficaces aux différentes problématiques. » indique Alice Vastel, coordinatrice des observateurs des pêches à SINAY, un bureau d’étude normand spécialisé dans l’environnement marin et littoral, et rémunérés par l’Etat.

Échouages de mammifères marins sur le littoral

Cette année, le nombre d’échouages de petits cétacés sur la saison hivernale a été inférieur de plus de 30% par rapport à la moyenne des quatre années précédentes : 702 échouages en 2021 (période 1er janvier / 15 avril) contre une moyenne de 1031 entre 2017 et 2020 (bilan Pelagis, été 2020, p. 14). Plusieurs paramètres pourraient l’expliquer : les conditions météo moins favorables qu’en 2020 pour la dérive des carcasses de mi-février à mi-mars, la généralisation des pingers sur les chalutiers pélagiques français et espagnols, moins d’interactions entre mammifères marins et navires en action de pêche… Il convient de noter que le décompte des échouages au jour le jour ne saurait avoir du sens. Lors de certains pics en février ou en mars, il a été répété que cette année encore, les échouages battaient tous les records, ce qui n’est en fin de saison objectivement pas le cas. Par ailleurs, les extrapolations simplistes entre le nombre d’échouages et les évaluations de mortalité sont à proscrire et les facteurs explicatifs doivent être précisément intégrés au sein des analyses qui seront réalisées par les scientifiques. Les professionnels de la mer ne peuvent se satisfaire ou se gratifier de ces chiffres encourageants, il est primordial de poursuivre et d’intensifier les actions en cours afin de trouver des solutions opérationnelles et pérennes pour limiter les captures accidentelles

Les programmes mis en place 

SAMM 2 / Le suivi aérien de la mégafaune marine

Pour mieux comprendre le phénomène, une actualisation du recensement des populations de mammifère marins dans le golfe de Gascogne est indispensable. La campagne d’observation s’est déroulée du 11 janvier au 25 mars, a mobilisé 3 avions et 12 observateurs pour 208h de vols, 30h d’images et 417 000 photos prises sur 25 000 km. Ces données doivent désormais être traitées pour pouvoir être comparées à la campagne de 2013. D’ici à l’été 2021, une carte des observations sera établie, suivie fin 2021 d’une estimation d’abondance et enfin à l’été 2022 un rapport final avec modélisation des habitats. Ces données concerneront les mammifères marins du golfe de Gascogne et non les Unités de Gestion dans leur ensemble.

OBSCAMe / test des caméras embarquées et capteurs associés

Le projet OBSCAMe est mené par les ministères en charge de la pêche et de l’environnement ainsi que l’Office Francais ̧ de la Biodiversité, avec l’appui de la société SINAY, des Organisations Professionnelles et Comités Régionaux des Pêches ainsi que des organismes scientifiques Pélagis et IFREMER. Cinq fileyeurs sont désormais équipés de caméras embarquées, et vingt le seront d’ici la fin de l’année. L’objectif de ce programme est de mener une étude technique du dispositif : quelles sont les problématiques rencontrées en fonction des installations, comment traiter la donnée, quels sont les apports de ce type de dispositif par rapport aux suivis par observateurs embarqués, quels sont les coûts afférents au déploiement de ces dispositifs.

Déclarations, marquage des carcasses et poursuite de LICADO

Si le nombre de déclarations reste encore insuffisant au regard du nombre d’échouages, il est en nette progression par rapport à l’année dernière avec 84 déclarations enregistrées à date (les données pour les navires de moins de 12 mètres ne sont pas encore traitées pour les mois de mars et avril). Les structures professionnelles travaillent au quotidien pour sensibiliser et former les marins et sont confiantes sur l’élan de mobilisation au sein des armements pour l’avenir. Ces données sont essentielles pour améliorer la connaissance sur le phénomène et doivent être mises en perspective avec les différents autres programmes (observations en mer, échouages, marquage des carcasses).

Cette année, 57 bagues ont été posées sur des captures accidentelles, et 10 ont été retrouvées sur les plages du golfe de Gascogne. Ces données doivent encore être consolidées pour aider à améliorer l’estimation des captures basée sur les échouages. En 2020, la moitié des bagues posées avaient été retrouvées. Les tests au sein du programme LICADO se sont poursuivis tout l’hiver, avec des pingers optimisés pour les chalutiers et l’avancée des essais pour une déclinaison de la technologie sur les arts dormants en limitant au maximum les potentielles nuisances acoustiques. Des réflecteurs sur les filets permettant d’améliorer la visibilité de ces derniers pour les dauphins sont également testés. L’hiver 2020/2021 a été témoin d’une mobilisation très importante autour des captures accidentelles (6 millions d’euros investis au global pour les différents programmes). Organismes scientifiques, chercheurs, observateurs, pêcheurs, structures professionnelles, institutions, tous collaborent pour mieux comprendre le phénomène et y trouver des solutions pérennes, que ce soit pour les populations de mammifères marins ou pour les activités de pêche. Si l’État n’envisage pas de fermetures spatiotemporelles, c’est d’abord parce que les scientifiques du CIEM affirment qu’il n’y a pas ‘de signaux évidents de déclin dans l’unité de gestion’ (WKEMBYC, 2020, p. 42).

Aussi, il n’existe aucune solution qui ne soit pas déployée aujourd’hui. Ces différents programmes doivent être menés à leur terme pour que les actions envisagées soient les plus pertinentes et en cohérence avec la réalité de l’écosystème marin et des enjeux socio-économiques. Le programme SCANS prévu pour 2022 permettra de mieux évaluer l’abondance des dauphins communs dans l’Atlantique Nord-Est (référence pour l’Unité de Gestion).

« Les pêcheurs ont su montrer cette année qu’ils prenaient le problème à bras le corps. Tout n’est pas parfait mais le chemin parcouru montre que cette synergie entre professionnels et scientifiques est une méthode efficiente pour toujours mieux maitriser l’impact de la pêche sur la faune marine, tout en préservant le tissu économique lié au secteur. » indique pour conclure Jean-Luc Hall, DG du CNPMEM, le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2021, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

.
- Je soutiens BREIZH-INFO - spot_img

Objectif 1500 pots de confiture pour l’abbaye des Gardes !

Pour pouvoir continuer à faire des confitures (dont 2 “médaille d’or” au Concours Général Agricole en 2020 : cerises...

Le migrant clandestin étant rentré sur la pelouse lors d’OM-PSG…laissé libre

Dimanche soir avait lieu le match entre l'Olympique de Marseille et le PSG, pour le compte du championnat de...

Articles liés