Paris-Roubaix. Sonny Colbrelli dompte les pavés devant les 106 chevaliers de la route rescapés de l’enfer du Nord [Reportage]

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Paris-Roubaix 2021. Une course mémorable, dantesque, qui restera dans les annales du cyclisme, si bien que l’on peut s’interroger sur la Une du 4 octobre du journal l’Equipe, plus grand quotidien sportif, qui a préféré rendre hommage à un repris de justice (Bernard Tapie) à la carrière d’escroc professionnel plutôt qu’à Colbrelli et aux 105 autres chevaliers de la route rescapés de l’enfer du Nord.

Une course remportée donc par l’Italien Sonny Colbrelli, intenable en cette fin de saison, devant deux rescapés de la boue, de la pluie, du vent, de la galère, en l’occurence le jeune Florian Vermeersch ainsi que Mathieu Van der Poel. Retour sur un week-end fantastique de cyclisme.

Lizzie Deignan remporte le 1er Paris-Roubaix féminin de l’histoire

Car dès le samedi, une page de l’histoire de Paris-Roubaix a été ouverte, avec la course féminine, une première, remportée par la Britannique Elisabeth Deignan  qui a réalisé un numéro après une échappée de plus de 80 km (sur un parcours de 116 pour les femmes).

A 32 ans, Lizzie Deignan ajoute cette classique du cyclisme à un palmarès déjà fourni. La Britannique, a notamment remporté Liège-Bastogne-Liège en 2020, les Strade Bianche et le Tour des Flandres en 2016. Elle a surtout été sacrée championne du monde en 2015 et a décroché la médaille d’argent aux Jeux olympiques de Londres en 2012.

Le podium à Roubaix est complété par la Néerlandaise Marianne Vos, l’une des favorites au départ, et l’Italienne Elisa Longo Borghini. Première Française du classement, Audrey Corgon-Ragot termine à la huitième place.

Une page d’histoire à laquelle les amateurs de cyclisme, qui connaissent la dureté de ces pavés, ont répondu présent sur le bord des routes. A Orchies, où nous étions alors, les Flamands connaisseurs de vélo étaient massés en nombre, et heureux d’encourager ces filles courageuses, qui faisaient parfois peine à voir tant elles semblaient souffrir sur des pavés martyrisant leurs corps…

Petit coup de chance pour les filles, la météo leur aura été (façon de parler) plus clémente que le lendemain, pour les hommes qui ont sans doute compris ce que pouvait signifier « l’enfer du Nord ».

Sonny Colbrelli et les chevaliers du pavé

Après cette course féminine et la reconnaissance des secteurs pavés qui ont fait l’histoire du Paris-Roubaix, l’attente se faisait grande à l’approche de la journée du dimanche, et à la course des hommes. A quoi devaient-ils penser, dans leurs hôtels de Compiègne, en voyant le déluge de pluie, et en sachant, pour les plus expérimentés, ce qui les attendraient le lendemain, sur les pavés du Nord.

Des pavés qui parfois, dès la veille, étaient transformés en patinoire à ciel ouvert, maculées de boue. Pour y avoir marché dessus durant plusieurs heures, de la Trouée d’Arenberg à Pont Gibus en passant par Mons en Pévèle, nous étions certains, dès le samedi soir, que la bataille serait rude et que la course ressemblerait sans doute à une grande loterie.

C’est un peu ce qui s’est passé au final ce dimanche 3 octobre, jour de gloire pour les braves qui se sont présentés au départ de la course. Dès le km 0, une chute impliquant deux coureurs. S’en suivi une grosse bataille pour prendre l’échappée, et des coureurs arrivant sur le premier secteur pavé avec 15 minutes d’avance sur le pronostic horaire le plus rapide…

Devant, dans l’échappée de 31 coureurs, des beaux noms parmi lesquels Gianni Moscon, Tim De Clerq, Bissegger, Ballerini, Van Avermaet et un certain Florian Vermeersch, …si bien que l’on s’est demandé pourquoi les hommes derrière laissaient à ces costauds autant d’avance (jusque trois minutes).

L’entrée dans les premiers secteurs pavés a ensuite transformé la course en une partie de chacun pour soi, où le rôle des équipiers, enfin de ceux qui survivaient à la patinoire géante, n’avait plus réellement d’importance. Sauve qui peut général, et au final, une énorme accélération de Mathieu Van der Poel, qui parviendra, à la sortie de la trouée d’Arenberg, à faire plier Wout Van Aert géné par une chute devant lui. Mais également à pousser les Asgreen, Lampaert ou encore Stybar à la faute…réduisant les chances de victoire de la Quickstep à néant après la crevaison, au plus mauvais moment, de Florian Sénéchal que l’on espérait pourtant voir potentiellement triompher cette année.

Devant, le tri entre les 31 échappés de la matinée s’est rapidement fait, Florian Vermeersch se retrouvant une première fois à l’avant en compagnie d’Ekchoff, avant de fausser compagnie à ce dernier…puis d’être repris par un groupe avec Van der Poel, Moscon, et la sangsue Colbrelli, toujours bien placé, toujours au bon endroit, au bon moment…

Moscon parviendra à fausser compagnie à tout le monde, et à foncer vers la victoire. C’était sans compter une crevaison, puis une chute, qui auront raison de lui. Ne restait plus alors pour Colbrelli, Van der Poel et Vermeersch, les trois mousquetaires du jour, à se disputer la victoire au sprint sur le vélodrome de Roubaix. Et à la fin, l’Italie a battu les Flandres et les Pays bas…Colbrelli laissait exploser les larmes, les cris, la joie d’un chevalier épuisé, qui est allé au bout de lui même, comme ses compagnons d’infortune, pour remporter ce pavé qui aura, à jamais sans doute, une saveur si particulière pour le champion d’Europe en titre.

Derrière ces trois fantastiques, tous novices d’un Paris-Roubaix (ce qui n’était plus arrivé depuis 1955 pour le vainqueur), Moscon, dépité, passe juste à côté du bol de sangria. Arrivèrent ensuite Laporte, premier français, toujours bien placé cette saison et qui mériterait largement de remporter quelque chose de beau, mais aussi Van Aert, de nouveau décevant, de nouveau en difficulté dès qu’il s’agissait de peser sur la course. Enfin n’exagérons pas…il termine 7ème, avec Boivin, Haussler, Rutsch ou encore Lampaert.

Et derrière eux..ils seront encore des dizaines, jusqu’à la 96ème place, à terminer dans les délais (96ème Emils Liepins à 28min). Mais ce n’est pas tout, car certains, bien que largués, bien qu’ayant passé une journée de cauchemar, se sont accrochés, portés par un public parfois déchainé, applaudissant et encourageant avec un immense respect aussi bien Colbrelli en tête que Van Baarle, Tepstra (ancien vainqueur) Sinkeldam, Bodnar…ou encore Tom Paquot, qui arrivera en larmes sur le vélodrome de Roubaix, hors délai, 40 minutes après le vainqueur. Il s’est fait la peau pour finir, parce que bien qu’hors délai, en terminant cette course totalement incroyable, il a été, lui aussi, adoubé chevalier de la route et du pavé ce dimanche 3 octobre.

Au final, quel week-end, quelle course ! Et la bonne nouvelle, c’est qu’il ne faudra pas attendre une année complète pour revivre cela…puisque le prochain Paris-Roubaix aura lieu dans 6 mois, entre les deux tours de l’élection présidentielle, le 17 avril 2022 !

A défaut d’un président, les chevaliers seront de retour sur le pavé, quel que soit le temps…mais cette fois ci pour consacrer un nouveau roi !

YV

Crédit photo : breizh-info.com
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