Géopolitique. Un rapprochement entre l’Arabie Saoudite et l’Iran pourrait changer le visage du Moyen-Orient

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Le 20 octobre, le prince Faisal bin Farhan al-Saud, ministre saoudien des Affaires étrangères, a rencontré à Riyad (Arabie saoudite) l’envoyé spécial de Washington pour l’Iran, Robert Malley, afin de discuter de la question des négociations nucléaires avec l’Iran.

Changement de politique chez les Occidentaux ?

Des actions conjointes visant à mettre fin au soutien iranien à des groupes censés menacer la sécurité régionale ont également été discutées. La semaine dernière, le prince Fayçal a mis en garde contre la « dangereuse accélération » des activités nucléaires iraniennes. Le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, a déclaré que les discussions en cours avec l’Arabie saoudite sur la normalisation des relations diplomatiques étaient « cordiales » et se déroulaient « dans une atmosphère amicale et positive ». Ce contraste évident témoigne de la complexité de la situation actuelle.

La semaine dernière, la République d’Iran a repris ses exportations vers le Royaume pour la première fois depuis l’arrêt des échanges bilatéraux l’année dernière. Au cours de la dernière année fiscale iranienne qui s’est terminée le 20 mars 2021, l’activité commerciale entre les deux pays avait atteint zéro. Il s’agit clairement d’un réchauffement des relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Toutefois, des tensions subsistent.

L’Iran et le Royaume d’Arabie saoudite mènent depuis longtemps un conflit par procuration, souvent décrit comme la guerre froide du Moyen-Orient. Même si cela était impensable jusqu’à très récemment, des négociations ont eu lieu – un quatrième cycle de pourparlers a eu lieu fin septembre – et beaucoup s’attendent à une annonce de normalisation prochaine. Le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, a déclaré au début du mois que ces pourparlers, qui ont débuté secrètement en avril, allaient dans la bonne direction, mais qu’ils étaient jusqu’à présent gardés secrets par les deux parties.

Un responsable commercial iranien a récemment déclaré qu’il pourrait y avoir des opportunités commerciales en Arabie saoudite pour les hommes d’affaires iraniens. L’Agence France Presse a cité un diplomate français anonyme affirmant que Riyad souhaite réellement mettre un terme à sa querelle de cinq ans et que les deux parties auraient déjà convenu de la réouverture de leurs bureaux consulaires.

Les relations bilatérales entre les deux pays ont cessé en 2016 lorsque certains miliciens iraniens ont pris d’assaut l’ambassade saoudienne à Téhéran. Il s’agissait à son tour d’une réponse à l’exécution saoudienne du cheikh Nimr al-Nimr, un éminent militant chiite.

Cette affaire comporte un aspect religieux important : L’Arabie saoudite est souvent considérée comme la principale puissance sunnite, tandis que l’Iran serait le principal acteur chiite. Il est intéressant de noter qu’en termes de politique étrangère, de nombreuses nations islamiques du Moyen-Orient se sont alignées sur l’une de ces deux puissances en fonction de ce clivage religieux. La Syrie, par exemple, n’a pas de majorité chiite, mais est dirigée par le président Bachar el-Assad (membre d’une secte chiite hétérodoxe) qui compte sur les milices chiites – dont le Hezbollah soutenu par l’Iran – pour combattre les rebelles majoritairement sunnites. C’est pourquoi la rivalité Téhéran-Riyad apparaît parfois comme presque essentielle.

Au cours des deux dernières années, cependant, certaines mesures ont été prises par les deux pays pour améliorer leurs relations, bien que lentement.

Le retour à l’accord de 2015 – le Plan d’action global conjoint (PAGC) – est ce qui est discuté actuellement. L’Arabie saoudite avait critiqué le JCPA pour ne pas avoir abordé la question du programme de missiles de l’Iran, et de ses mandataires dans la région. En 2018, l’ancien président américain Donald Trump s’est retiré de cet accord, puis a réimposé des sanctions sévères à Téhéran. Riyad a soutenu la décision de Trump. Par la suite, l’Iran a repris ses activités d’enrichissement d’uranium. Joe Biden a, à son tour, signalé qu’il souhaitait négocier avec l’Iran un retour au respect de l’accord de 2015.

Pendant ce temps, les États-Unis se sont concentrés sur l’Asie de l’Est dans leurs efforts pour contrer la Chine. Le Quad, et même AUKUS sont de bons exemples de ce changement. Un autre développement surprenant a été la décision de Washington concernant sa position sur les Houthis soutenus par l’Iran – elle a cessé de les considérer comme une organisation terroriste. M. Biden a également suspendu les ventes d’armes à l’Arabie saoudite. Certains experts ont même émis l’hypothèse que ces mesures étaient un message à Téhéran indiquant la bonne volonté de Washington de négocier sur le programme nucléaire iranien.

Pour les puissances européennes et les États-Unis, la navigation dans le Golfe a toujours été de la plus haute importance stratégique et elle le reste – elle est essentielle au transport du pétrole, et donc tout conflit dans la région qui menacerait cette liberté de navigation inviterait les États-Unis à intervenir. Par conséquent, du point de vue américain, un « partage du pouvoir » entre l’Arabie saoudite et l’Iran dans la région (même s’il est tendu) serait le bienvenu.

Une position iranienne confortée

L’ouverture saoudienne à l’Iran est aussi largement due à une série de petites victoires iraniennes. Que ce soit en Syrie, au Liban ou en Palestine, Téhéran a aujourd’hui plus d’influence politique au Levant et à l’étranger que Riyad. En outre, la position saoudienne au Yémen s’est affaiblie. Le Royaume n’a tout simplement pas réussi à vaincre les Houthis soutenus par l’Iran.

L’ouverture saoudienne à l’Iran est aussi largement due à une série de petites victoires iraniennes. Que ce soit en Syrie, au Liban ou en Palestine, Téhéran a aujourd’hui plus d’influence politique au Levant et à l’étranger que Riyad. En outre, la position saoudienne au Yémen s’est affaiblie. Le Royaume n’a tout simplement pas réussi à vaincre les Houthis soutenus par l’Iran.

Les conséquences d’un rapprochement saoudo-iranien pourraient être importantes. Dans un tel scénario, si le reste du monde arabe suivait Riyad, cela changerait la face du Moyen-Orient. Il s’agit toutefois d’une équation complexe. Les accords d’Abraham eux-mêmes ont été rendus possibles en grande partie grâce aux efforts saoudiens visant à encourager leurs partenaires arabes régionaux et à leur donner en quelque sorte le feu vert. Le Royaume saoudien est perçu par l’Iran comme étant à la solde d’Israël dans la région et l’Iran est considéré par Israël comme la plus grande menace à laquelle il est confronté. Cela ne va pas changer dans un avenir prévisible.

On peut toutefois s’attendre à des concessions mutuelles sur un certain nombre de points. Cela s’inscrirait dans le droit fil d’une série de démarches pragmatiques de l’Arabie saoudite en matière de politique étrangère, telles que la recherche d’une amélioration des relations avec la Turquie, la fin de l’embargo sur le Qatar et même quelques gestes de bonne volonté à l’égard de la Syrie. Quant à l’Iran, Riyad souhaiterait certainement que Téhéran exerce son influence sur les Houthis au profit de l’Arabie saoudite. En retour, le Royaume pourrait proposer à la République islamique d’accepter de relancer l’accord nucléaire, et peut-être même de faire des compromis sur un futur rôle politique des Houthis dans un Yémen pacifié.

Par conséquent, bien que les pourparlers entre l’Iran et l’Arabie saoudite aient le potentiel de construire un futur rapprochement, compte tenu de toutes les tensions en jeu et de décennies de méfiance mutuelle, il serait trop optimiste, voire naïf, d’espérer une réconciliation simple et rapide.

Uriel Araujo (Infobrics, traduction breizh-info.com)

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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1 COMMENTAIRE

  1. blabla politicard
    ils se chamaillent sur un point de détail mais sont en stricte adéquation sur le fond du problème : tuer des juifs et des mécréants comme le prone le coran

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