Cimetières et autres lieux de mémoires en Bretagne

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Débutons par un truisme : toutes les civilisations ou, si l’on préfère, toutes les cultures se reconnaissent et s’identifient par leur rapport au sexe, à l’argent et à la mort.

Les Bretons nourrissent un lien particulier avec l’au-delà, qu’il remonte à la protohistoire, qu’il tienne à leurs racines celtiques, à leur christianisation. Bernard Rio est là pour nous le rappeler.

Tout commence à Téviec, un îlot au large de Quiberon. En 1928, on met à jour un habitat avec ses sépultures, il date de Mésolithique, 5500/5300 avant notre ère. Les tombes sont creusées sous des foyers contenant des mâchoires de cerf et de sanglier. Celle que l’on peut voir, reconstituée, au muséum de Toulouse, montre deux squelettes recroquevillés parés de colliers de coquillages, avec autour d’eux silex, pointes de flèches, stylets, hameçons… Avant d’être ensevelis, l’homme et la femme ont été saupoudrés d’ocre et « coiffés » de bois de cerf.

Au fil des millénaires, la mort prend possession de hauts lieux à découvrir à travers toute la Bretagne.

Le parcours proposé est thématique. Les cimetières marins, les rites et les sites voués aux disparus en mer (la proëlla), les enclos, les ossuaires, les « boites à chef », les figurations de l’Ankou, les lanternes des morts… Une place est faite aux cimetières des abbayes, une autre encore aux « champs des morts » des victimes civiles et militaires de la Révolution, de la guerre franco-prussienne de 1870 (le terrible camp de la mort, à Conlie, dans la Sarthe), des deux guerres mondiales et je ne dis pas tout.

L’intérêt de cet ouvrage tient à la qualité des textes. Rio connaît parfaitement son affaire. Il a fait appel à un photographe, Jean-Claude Mesle qui nous donne une iconographie formidable de tout ce patrimoine funéraire. Un soin particulier pour la cartographie qui rend tout ce travail accessible, disponible sur le terrain.

On cheminera du cimetière marin de Saint-Michel-en-Grève (Côtes-d’Armor) à la baie des Trépassés à Cléden-Cap-Sizun. On ira s’incliner devant le Mur des disparus en mer à Ploubazlanec (Côtes-d’Armor) qui égrène les pêcheurs disparus lors des campagnes morutières.

D’autres haltes pour admirer l’enclos paroissial de Guimiliau (Finistère), méditer devant l’ossuaire de Lanrivain (1548). Sans oublier le mémorial dédié à Cadoudal (Auray), celui de la Grande guerre édifié entre 1922 et 1932 à Saint-Anne-d ’Auray. In fine, sublime, le tombeau de François-René de Chateaubriand, au Grand Bé, à Saint-Malo. Un  Breton qui avait la mort à l’âme.

Jean Heurtin

* Bernard Rio, Jean-Claude Mesle, Cimetières et autres lieux de mémoire en Bretagne Editions Ouest-France, 29 euros.

Crédit photo : DR
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1 COMMENTAIRE

  1. La fascination qu’exerce la mort sur les peuples d’essence religieuse et tourné vers le surnaturel comme les Bretons, ne doit doit pas être perçu comme une crispation morbide et angoissée. C’est au contraire la marque d’une maturité dans ce domaine.
    S’approprier la mort, passage vers l’au-delà, oser regarder la mort en face, rendre familier ce passage en la reconnaissant comme partie intégrante de l’Existence, c’est le but de toute initiation. Car la mort, est de loin le problème qui hante le plus les humains.
    Celui qui maîtrise la mort, maîtrise la vie et de fait maîtrise le salut et la vie éternelle…..

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