Anticapitalisme, féminisme, écologie et métissage : Mélenchon en meeting « immersif et olfactif » à Nantes

Dans la lignée de ses hologrammes de la campagne de 2017, Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France insoumise, a tenu dimanche 16 janvier à Nantes son premier meeting « immersif et olfactif », devant plus de 3000 personnes. On y a entendu tous les thèmes de la gauche actuelle : l’anticapitalisme, le féminisme, l’écologie et le métissage. Novateur sur la forme, mais sans surprise sur le fond…

 Ce meeting est assurément d’un nouveau genre. Il s’appuie sur un dispositif permettant la diffusion d’images à 360 degrés. Pour y parvenir, pendant 4 jours, 75 techniciens ont monté une structure dont les quatre murs d’une largeur de 50 mètres sont composés d’écrans, sur lesquels 16 vidéoprojecteurs projettent des images collant au discours. Un dispositif olfactif était également prévu, mais l’utilisation de masques FFP2, distribués à l’entrée du meeting, l’a rendu inefficace.

Très peu de spectateurs issus de la « diversité »

L’importante publicité autour de ce spectacle gratuit a certainement attiré de nombreux curieux. Beaucoup sont venus en famille, mêlant les générations. Mais n’en déplaise à Mélenchon, il y avait très peu de spectateurs issus de la diversité. Si plusieurs spectateurs restent prompts à se mettre debout, le poing dressé, la majorité reste silencieuse et n’applaudit presque pas.

La première partie du meeting est imaginée par Clémentine Autain, communiste et féministe, députée de La France Insoumise. L’acteur Olivier Rabourdin, la comédienne Mireille Perrier, le délégué syndical Xavier Mathieu ou l’humoriste Bruno Gaccio lisent des textes d’auteurs engagés. C’est l’occasion de défendre les luttes féministe et antiraciste. Si le terme de « grand remplacement » est utilisé, c’est pour dire que celui-ci n’existe pas. Lorsque « l’hymne des femmes », chanson créée en 1971 par des féministes, se fait entendre, certains se lèvent, le poing dressé… On se souvient encore des paroles : « Depuis la nuit des temps, les femmes nous sommes le continent noir… Levons-nous femmes esclaves et jouissons sans entraves… ». La crainte du réchauffement climatique n’est bien sûr pas oubliée : « Avec l’accélération du changement du climat, nous parlons de notre propre génération, ici et maintenant. Nous devrions d’ailleurs cesser de parler. Il faut hurler » ! On reconnaît enfin des textes de Robespierre et de Jean Jaurès, mêlant ainsi révolution française, socialisme, féminisme, écologie et antiracisme… Chaque courant de la gauche actuelle peut ainsi y trouver son compte !

La seconde partie du meeting est portée par Mélenchon, qui va s’exprimer pendant une heure. Son entrée sur scène se fait plutôt simplement, sans mise en scène particulière, peut-être pour ne pas trop accentuer le culte de la personnalité.

Un vrai tribun

 Bien vite, on comprend que Mélenchon est en grande forme. Son élocution est excellente. Les variations du timbre de sa voix collent à l’intensité de son propos. Il faut le reconnaître, il s’agit encore d’un vrai tribun.

Son premier thème porte sur le combat social. Il dénonce le capitalisme qui serait, selon lui, à la racine de tous nos problèmes. Il propose ainsi d’abaisser l’âge de la retraite à 60 ans pour 40 annuités et « l’augmentation du salaire minimum à 1.400 euros nets ». Il veut mettre en place « l’héritage maximum à 12 millions d’euros. Au-delà on prend tout ». Ceci permettant de financer pour les jeunes « l’allocation d’autonomie de 1063 euros par mois ». Il veut bien sûr reconstruire les services publics : « pour réparer les dégâts que ces gens ont fait pendant trente ans… en détruisant l’hôpital public, en démolissant l’école, en détruisant les transports collectifs ». Portée par sa fibre sociale, cette partie du discours qui rappelle les idées anciennes de la gauche est la plus applaudie par le public.

Contre le pass sanitaire

Il dénonce également le pass sanitaire, lequel n’est d’ailleurs pas demandé pour rentrer à son meeting. On s’aperçoit que ceux qui se taisaient jusqu’ici se mettent alors à applaudir. Sans doute s’agit-il d’autres électeurs qui, venus par curiosité, se retrouvent dans cette critique des lois liberticides.

La créolisation…

Puis il expose l’idée de la créolisation, qu’on a toujours de la peine à distinguer du métissage. S’affiche alors sur les murs un texte d’Edouard Glissant : « La créolisation pour moi, c’est le métissage des cultures qui produit de l’inattendu ». Ce passage est moins applaudi. Mais il est vrai qu’il y a très peu, dans le public, de personnes d’origine étrangère. C’est néanmoins pour Mélenchon l’occasion de critiquer la candidate du Rassemblement national, loin devant lui dans les sondages : « Il faut dire à Marine Le Pen que les gens, ils ne viennent pas en France par plaisir. Et moi ce que je propose, c’est qu’ils n’aient plus besoin de s’en aller, parce que j’en ai marre que la mer Méditerranée soit le plus grand cimetière du monde, avec 30.000 migrants qui ont déjà disparu ». On aimerait qu’il développe des arguments lorsqu’il affirme sérieusement que « l’immigration a été le facteur n°1 de progrès dans l’histoire de l’humanité » !

On apprend alors que les thèmes du meeting sont l’espace (« la verticalité »), le numérique (« l’horizontalité ») et la mer (« la profondeur »).

Pour illustrer le programme de Mélenchon sur l’espace, les écrans diffusent des images de la Terre vues de l’espace. Mélenchon s’enflamme : « il n’y a qu’un seul écosystème qui permet la vie des êtres humains : cette planète bleue ». Il dénonce alors le programme des U.S.A. qui vise à privatiser l’espace. Les mesures proposées par Mélenchon sont le désarmement de l’espace et la création d’une université francophone de l’espace.

Pour le thème du numérique sont diffusées des images emmenant les spectateurs au milieu des câbles Internet. Mélenchon défend « l’anonymat des données personnelles ». Il propose une souveraineté en ce domaine, par la création de serveurs nationaux, et non américains, dans le cadre d’une « relocalisation électronique ».

Le thème de la mer

 Vient le thème de la mer. Entouré d’écrans représentant la mer, semble-t-il ému, il crie « Thalassa », tandis que les spectateurs entendent le son des vagues. Il s’écrie « voici la mer. Elle contient 66 fois l’énergie dont nous avons besoin. Elle est là pour toujours. Voici l’horizon de sortie du nucléaire ». Il prône alors l’éolienne en mer, ce qui ne ravit pas tout le public…

 Enfin, se sentant obligé de rentrer dans le jeu politicien, Mélenchon précise son refus d’une primaire de la gauche. Il énonce « nous ne sommes pas concernés par les mésaventures du centre gauche de Mesdames Taubira et Hidalgo ».

Comme il l’affirme pour conclure, si les électeurs lui faisaient confiance comme en 2017 (19,58 %), il se retrouverait probablement au second tour. Ce signal sera-t-il étendu par les électeurs de centre-gauche qui font actuellement le choix de soutenir le président Macron ? On pourrait alors connaître une configuration inédite où cinq candidats (Le Pen, Zemmour, Pécresse, Macron et Mélenchon) se retrouveraient dans un mouchoir de poche pour accéder au second tour…

Pascal Marie

Crédit photos : DR et Breizh info
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