Après la guerre en Ukraine, quelle vision pour l’Europe du futur ?

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a changé le statu quo qui se maintenait en Europe depuis la fin de la Guerre Froide. Dans la bouche des leaders politique, des intellectuels et des commentateurs, on n’a de cesse de répéter à longueur de journée « il faut une Europe plus forte ». Quand ils parlent de l’Europe, ils parlent non de la civilisation de l’Europe, mais de l’Europe politique. Quel futur pour l’Europe politique ? Question complexe… Dans un texte sur les élections portugaises, l’intellectuel conservateur portugais Jaime Nogueira Pinto avait justement présenté les trois visions du futur de l’Europe politique: l’Europe Fédéraliste, l’Europe des Nations et l’Europe euro-identitaire. Il y a cependant une certaine confusion au sein des électeurs européens quant à ce que chaque vision signifie. Car l’Europe des Nations est identitaire, tandis que l’Europe euro-identitaire est fédéraliste, mais pas comme celle des fédéralistes progressistes qui est anti-identitaire… Et je pense que cela mérite une explication.

Trois visions de l’Europe

Premièrement l’Europe Fédéraliste des progressistes, c’est-à-dire, l’Europe telle que la rêve une Angela Merkel ou un Emmanuel Macron, cette Europe là, est, comme le nom l’indique, fédéraliste, donc les États-Nations perdent leur indépendance au profit d’une Fédération d’États Européens, tout comme les États des États-Unis d’Amérique ont, en 1887, accepté de perdre toute indépendance au profit d’un État Fédéral, dont la capitale est Washington D.C. Dans le cas d’une Europe Fédérale comme le président Macron le souhaite, la capitale serait, par exemple, à Bruxelles, tandis que des villes comme Berlin ou Paris ne seraient plus que des capitales d’États membres de la Fédération, à la manière d’Albany, capitale de l’État de New York ou de Sacramento, capitale de l’État de Californie. Cette Europe aurait un seul but, l’économie. Avec une idéologie laissez-faire, laissez-passer, immigrationniste – étant donné que les personnes sont vues comme des biens, elles ne doivent pas être entravées – et libre-échangiste… Cette Europe là ne se préoccuperait guère de l’identité des peuples européens. Nous avons une preuve de cela avec le refus des leaders de l’UE d’inscrire les racines chrétiennes de l’Europe dans la Constitution Européenne, tout comme, dernièrement, le refus d’appuyer la Pologne dans sa lutte contre l’immigration illégale extra-européenne.

L’Europe des Nations a une vision radicalement différente, elle prétend redonner la souveraineté aux pays européens en retirant certains, sinon la quasi-totalité, des pouvoirs de la Commission Européenne1. Pour les adeptes de cette vision, l’Union Européenne usurpe sa fonction initiale en s’attribuant des pouvoirs qui ne devraient pas lui appartenir avec comme objectif la création d’une Europe Fédérale qui détruirait la souveraineté des nations. Les adeptes de cette vision souhaitent que chaque État-Nation membre de l’Union Européenne reprenne en main sa propre souveraineté, que ce soit économique (avec la sortie de l’euro), que ce soit sur le plan de l’agriculture (selon eux la PAC – Politique Agricole Commune – fut un désastre pour la plupart des pays membres), ou bien encore que chaque État-Nation reprenne le contrôle de ses frontières avec l’abolition de l’Espace Schengen pour ne citer que quelques exemples. Ils voient l’UE comme une pieuvre qui envoie ses tentacules dans chaque capitale pour en dominer la politique intérieure et extérieure. Ils sont bien sûr pour la protection des identités de chaque peuple européen, en cela ils s’opposent également à l’UE, dont les bureaucrates sont perçus comme ennemis de toutes identités européennes, voulant diluer les Nations européennes dans un magma mondialiste. Les adeptes de cette vision d’Europe des Nations ne sont pas tous d’accord quant au futur de l’UE. Une partie souhaite en sortir et carrément abolir l’UE, comme c’était par exemple le cas du Front National avant 2017, les autres souhaitent simplement que l’UE perde une grande partie de ses compétences et n’existe que pour servir les intérêts des pays membres, au niveau par exemple du protectionnisme face aux géants américains ou chinois. Le défenseur le plus connu de l’Europe des Nations est Jean Marie Le Pen.

Une critique qui est faite aux adeptes de l’Europe des Nations par les adeptes de l’Europe Fédérale peut être résumée ainsi par les mots de François Mitterrand « le nationalisme c’est la guerre ». Ainsi, ceux qui désirent une Europe Fédérale comme M. Macron ou Mme Merkel affirment que la mort de l’UE et le retour de nations fortes pourraient faire ressurgir les « nationalismes chauvinistes» et par conséquent les guerres, car il y aurait la volonté de certains peuples de se réunir comme ce fut le cas dans les Balkans dans les années 90 du siècle précédent où le nettoyage ethnique fut utilisé de triste mémoire. Les adeptes de l’Europe des Nations se défendent en disant qu’au contraire il y aurait une entraide entre les nations européennes, que les pays n’ont que des intérêts personnels, et qu’il faut simplement mettre sur la table des négociations ces intérêts personnels pour arriver à une bonne entente.

Enfin nous avons les défenseurs d’une Europe euro-identitaire. Comme le nom l’indique, les euro-identitaires croient en l’importance suprême de l’identité des peuples et dans la nécessité de les protéger contre le danger de la globalisation qui, à travers les flux commerciaux qui emmènent des flux de migrations massifs, menace l’existence même des différents peuples européens. Ils sont, sans aucun doute, des amoureux de leur Patrie Charnelle respective, en cela ils s’opposent aussi à l’UE et à ses bureaucrates, car tout comme les défenseurs de l’Europe des Nations, les euro-identitaires ne souhaitent pas voir les Nations européennes diluées, au risque de me répéter, dans le magma mondialiste. Pour les euro-identitaires, le mondialisme veut dire un Monde ouvert sans frontières, sans nations, sans identités, sans peuples définis, ou seuls compteraient les flux commerciaux et son corollaire de migrants. C’est un monde selon eux où l’argent est roi, où l’on ne parle qu’une seule langue l’anglais, un anglais réduit à 600 ou 700 mots. C’est un monde où une minuscule caste d’ultra-riche contrôlerait tout, où l’humain même deviendrait un produit de consommation comme les autres. Les euro-identitaires souhaitent donc s’opposer au mondialisme, d’où leur rejet de la vision d’un Emmanuel Macron ou d’une Angela Merkel.

Il faut toutefois noter une caractéristique importante, les tenants de cette Europe euro-identitaire sont aussi fédéralistes, mais pas comme le sont les progressistes. Pour eux, une Europe Fédérale doit être avant tout identitaire et donc exister pour justement protéger les identités nationales (française, anglaise, allemande, etc), les identités locales (bretonne, écossaise, flamande, etc) et aussi l’identité Européenne, c’est-à-dire ce que l’on pourrait appelé de « supra-identité », celle qui réunit les différentes identités locales dans la Civilisation de l’Europe, une Civilisation avant tout gréco-romaine, germano-païenne, chrétienne, qui puise sa très longue mémoire dans les cultes et traditions immémoriels des « vieux-européens » (selon les mots de Marija Gimbutas) et des « indo-européens » (il n’y a pour cela qu’à lire Georges Dumézil). L’Europe devrait donc, selon eux, devenir un seul et même pays, réunis dans une Fédération ou une Confédération, un peu comme les États-Unis d’Amérique. Car pour les euro-identitaires, face aux géants comme les USA, la Russie, le Brésil, l’Inde ou la Chine, les nations européennes moyennes, petites ou même minuscules en taille, ne font plus le poids. Une fédération européenne aurait le pouvoir économique, scientifique et militaire de s’opposer aux géants et même de devenir, selon ces euro-identitaires, la plus grande puissance mondiale, ré-embrassant à nouveau la grandeur perdue de l’Europe. Ils s’opposent logiquement aussi aux défenseurs de « L’Europe des Nations », car une « Europe des Nations » voudrait dire, pour les tenants de l’Europe-identitaire, une Europe morcelée en des nations moyennes et petites, incapable de faire le poids contre des géants comme ceux cités précédemment, que les géographes appellent des « pays continents ».

L’Histoire de retour en Europe

Voilà en somme les trois visions différentes de l’Europe du futur! Si la totalité des leaders européens socialistes, sociaux-démocrates et libéraux/ultralibéraux sont en faveur d’une Europe Fédérale vide d’identité mais économiquement ultralibérale, il n’en est pas ainsi avec les peuples européens. La constante augmentation des voix recueillies par les partis eurosceptiques, adeptes de la vision Europe des Nations, montre que des millions d’européens ont déchanté de cette Union Européenne. D’un autre côté, même l’électorat de certains partis dit « nationaux-populistes » n’est pas pas nécessairement pour la sortie de l’UE et de l’euro – certains analystes ont d’ailleurs estimé que les résultats de Marine Le Pen à l’élection de 2017 se devait aussi à son incohérence en ce qui concerne l’UE – et aurait préféré surtout une réforme de l’UE de l’intérieur. Et il ne faut pas non plus ignorer que les mouvements identitaires en faveur d’une Europe euro-identitaire gagnent en popularité chez les européens plus jeunes, il suffit pour cela de jeter un coup d’œil sur certains forums nationalistes pour se rendre compte que les anciens nationalismes sont de plus en plus substitués par un nationalisme européen qui, s’il existait déjà en tant qu’idée dans des mouvements tels que « Europe-Nation » dans les années 60, n’a jamais atteint la popularité actuelle.

Il y aurait sûrement beaucoup plus à dire sur le sujet, mais ce n’est pas l’objectif de ce texte de présenter les différentes visions que les adeptes des partis de droite – conservatrice, identitaire, national-populiste, radicale ou d’extrême-droite – ont du futur de l’Europe. Sinon, nous aurions pu tout autant parler de la vision dite « euro-sibérienne », d’une Europe Fédérale qui s’étendrait de Lisbonne à Vladivostok, vision partagée par exemple à un moment de sa vie par l’auteur de droite identitaire Guillaume Faye mais qui est minoritaire de nos jours. Il y avait aussi la vision assez populaire de «L’Europe aux cent drapeaux» de Yann Fouéré. Ou alors de ces américains et européens dont l’objectif à moyen ou long terme est celle de la création d’une Fédération Occidentale entre les EUA et l’Europe, vu comme appartenant à une même Civilisation Occidentale, de Seattle à Kiev, pour faire face à la Russie et à la Chine. Nous rencontrons des adeptes de cette vision surtout sur des forums internet en Europe et aux USA, mais elle aussi est minoritaire, même si il n’est pas rare de voir dans les commentaires de sites internet tel celui d’American Renaissance de Jared Taylor des adeptes de cette vision. On pourrait lui donner le nom, faute de mieux, d’Occidentalo-identitaire (à ne pas confondre avec l’Occidentalisme).

Une chose est sûre, avec cette invasion russe de l’Ukraine, l’histoire est rentrée à nouveau en Europe. Il serait temps de se pencher sur le futur de notre continent et de l’extraordinaire Civilisation que les peuples européens ont su créer au long de plus de 5.000 ans.

Jérémy Silvares Jerónimo

« La Commission Européenne incarne et défend l’intérêt général de l’Union. Elle constitue le moteur de son système institutionnel. Les quatre principales fonctions de la Commission consistent à proposer des textes législatifs au Parlement et au Conseil, à gérer et à mettre en œuvre les politiques communautaires, à faire respecter le droit communautaire (mission qu’elle partage avec la Cour de justice) et à négocier des accords internationaux, principalement en matière d’échanges commerciaux et de coopération. » Source : https://ec.europa.eu/health/scientific_committees/opinions_layman/artificial-light/fr/glossaire/abc/ce.htm

Crédit photo : Institut Iliade
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0 réponse

  1. « les États des États-Unis d’Amérique ont, en 1887, accepté de perdre toute indépendance au profit d’un État Fédéral » Non, c’est faux, ils ont leur indépendance sur d’innombrables points. Ils la perdent sur le théâtre extérieur, ce qui est nécessaire pour donner une grande force à leur union.

    1. Il me semble que la formulation est d’ailleurs de dire que restent aux mains des états les pouvoirs qui ne sont pas spécifiquement transférés au gouvernement fédéral.

    2. Tout d’abord, merci pour vos commentaires. Je souhaite néanmoins apporter quelques précisions sur la phrase suivante : « les États des États-Unis d’Amérique ont, en 1887, accepté de perdre toute indépendance au profit d’un État Fédéral ». Je ne me suis pas appesanti sur ce sujet car cela m’a paru secondaire par rapport au thème. Cependant merci pour ces remarques constructives.
      Les États américains ne sont pas indépendants, ils sont autonomes. Dans la chaire de « fédéralisme » mon professeur mettait toujours le doigt sur cette différence.
      Ils gardent beaucoup de pouvoir en effet ! Chaque État a son propre droit, ses législations spécifiques, des polices qui fonctionnent de manière différentes, des règles sur l’agriculture, sur la médecine… Lors du coronavirus par exemple, ils pouvaient choisir d’enfermer ou non leurs citoyens. Mais ils ne sont pas indépendants. Ils n’ont pas de personnalité juridique internationale.
      Oui, ils ont beaucoup de pouvoirs, ils n’ont en contrepartie pas d’armée – les gardes et « milices » d’États ne peuvent pas attaquer un autre pays – car il existe pour cela les US Armed Forces. Les États américains ne maintiennent pas non plus de relations externes avec d’autres États comme la France par exemple. Donc chaque État a de grands pouvoir, mais tout ce qui concerne les relations extérieures/Diplomatie, les services secrets, les forces armées et la guerre, ou le Spatial, l’immigration, cela appartient à l’État Fédéral. Seul l’État Fédéral a la personnalité juridique internationale dans le cas américain.
      Pour étayer un peu plus ce sujet, et je cite, «la Constitution des EUA dit que chacun des États accepte : de transférer certains attributs de la souveraineté au gouvernement fédéral (politique monétaire, d’immigration, de défense) ; de partager certains pouvoirs avec le gouvernement fédéral (…) ; de garder certains pouvoirs au niveau local (l’exercice du droit, de la médecine).
      Maintenant en Europe il est vrai que nous assistons à autre chose, c’est la première fois que les États-(Nations) sont obligés de suivre des règles absurdes telles que « le calibrage des pommes » ou le « poids réglementaire des patates », mais ils ne parlent pas la même voix sur certains sujets internationaux, et il n’y a pas d’armée européenne, l’UE ne protège pas les frontières… Donc finalement j’aurais même pu dire que l’UE détruisait en soit le concept de Fédération et devenait un État unitaire de type jacobin, en détruisant les particularités identitaires de chaque nation européenne.
      Or politiquement, et même dans sa philosophie, le fédéralisme sert à une chose : permettre que des États s’unissent pour devenir plus forts face à d’autres puissances mondiales, surtout en ce qui concerne le pouvoir militaire (la défense toujours), tout en permettant que chaque État garde ses particularités propres. C’est le cas aux USA, en Inde, au Brésil, au Canada, etc… C’est le contraire dans l’UE et c’est quelque chose d’assez absurde si on y réfléchit.
      Mais cela serait le thème d’un autre texte, qui pourrait s’appeler « L’Union Européenne en tant que concept anti-fédéraliste ».
      Bien à vous!

  2. J’adhère à 100% au commentaire de Jean-Philippe de Lespinay = Chaque Etat des USA conserve une part d’autonomie. J’ajoute quelle est de + en + confisquée aux Etats membres de l’U.E. Sachant que la guerre Ukraine/Russie va accélérer considérablement la mainmise oppressante de la Commission Européenne. Avec la prime funeste d’ un « élargissement » débridé (A l’Ukraine dixit Van Der Leyen/ A la Turquie dixit Thierry Breton etc…)

    1. L’UE marche un peu à l’envers en effet, elle ne permet pas vraiment de sécuriser et d’unir l’ensemble (par la gestion de l’immigration, de la défense et de la diplomatie) mais s’introduit dans la gestion de la vie quotidienne des différents peuples (débats sur l’éducation, sur les valeurs à protéger en terme de religion, de sexualité,etc.. et bien sûr réformes poussives sur la régulation du travail, sur l’agriculture…). C’est tout l’inverse d’un système fédéral…
      Alors oui, contre les atlantistes adepte du choix nº1 de cet article et les nostalgiques de l’ère coloniale du choix nº2, il faudra bien dessiner un avenir plus proche du nº3, avec une Europe indépendante des USA, fière de sa diversité (toute sa diversité) et avec des prises de décisions au plus près des gens (l’esquisse des eurorégions avec des parlements et gouvernements propres) et un parlement qui ne se contente pas de subir les volontés de la commission mais a une véritable fonction démocratique, pourquoi pas jusqu’à nommer les chefs de gouvernement. Au vu de la culture européenne médiane, l’UE ne peut être qu’un régime parlementaire, les européens dans l’ensemble n’ont pas ce délire du grand chef comme les français.

  3. Cela aurait put être  » La grande Europe de l’Atlantique à l’Oural », mais çà sera « la grande Europe de l’Oural à l’Atlantique ».
    Vite!

  4. Le futur de ce continent sera idyllique, et je pèse mes lettres, quand les ennemis absolus de l’Europe qui l’occupent auront dégagé : les €uropéens qui l’occupent depuis 20 ans, qui dirigent cette €urope et qui l’ont conçue depuis Giscard d’Estaing, rédacteur de la Constitution €uropéenne..
    Ensuite chaque peuple, sera représenté par un Etat dirigé, éclairé & aimé par le Coeur de chaque peuple: le Roi.
    Ce sera la troisième forme de la Royauté pour tous les peuples, après celle de David pour un peuple : le peuple juif & et pour des peuples; celle des Nations européennes .
    Pour lors, les peuples de l’Europe sont appelés à s’unir, de l’Atlantique à l’Oural, ou de l’Oural à l’Atantique, ou les deux.
    Ce que ne veulent pas les €uropéens.

- Sécession la première parution de Yann Vallerie, rédacteur en chef de Breizh-info -

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