Loire-Atlantique : le département veut-il rendre l’Ukraine antipathique ?

Michel Ménard, président du conseil départemental de Loire-Atlantique, n’a pas la réputation d’être une flèche. Sa nouvelle bévue n’arrangera rien. Pour manifester son soutien à l’Ukraine sous le feu russe, il a fait hisser le drapeau azur et or sur l’hôtel du département. Quatre mats sont dressés devant le bâtiment. Depuis des années, on y voyait flotter le logo de la Loire-Atlantique, le drapeau français, le drapeau européen et le Gwenn-ha-du. Devinez lequel des quatre Michel Ménard a fait amener pour lui substituer le drapeau ukrainien ? Gagné ! Le drapeau breton !

Hôtel du département de Loire-Atlantique avec le Gwenn-ha-du

Le Gwenn-ha-du flottait devant l’hôtel du département de Loire-Atlantique avant qu’on lui substitue le drapeau ukrainien


La Bretagne était un État souverain depuis plus de six siècles quand, en mai 1487, reniant le traité d’Angers, les Français l’attaquent en masse, prenant Ancenis, Châteaubriant, Vannes, etc., avant de buter sur Nantes, qui résiste héroïquement à sept semaines de siège. Puis vient la nouvelle offensive de 1488, la rupture par La Trémoille de la trêve conclue entre la France et la Bretagne et la sanglante défaite bretonne de Saint-Aubin-du-Cormier. La Bretagne demeure une entité territoriale, jusqu’en 1789, mais perd son indépendance.
L’Ukraine actuelle est née il y a à peine un siècle, comme l’une des républiques d’une fédération très centralisée, l’URSS. Elle n’a été reconnue comme un État à part entière, mais toujours membre de l’URSS, qu’en 1945. Encore était-ce une astuce de Staline pour disposer d’un siège supplémentaire à l’ONU… Bien entendu, son histoire est très complexe. Son territoire a longtemps été un puzzle rattaché par pièces, selon les époques, à la Russie, à la Pologne, à la Lituanie, à l’Empire ottoman, à la Hongrie, à la Tchécoslovaquie, etc.

Droit des peuples

Les charcutages étatiques internationaux, les gesticulations de gouvernements aventuristes et les brutalités des dictateurs ne doivent pas faire oublier le peuple ukrainien, maintes fois victime d’événements déclenchés par d’autres. Aujourd’hui, c’est sur lui que tombent les obus. Quand se décidera-t-on à considérer le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes au lieu de celui des États ? Pour savoir si le peuple ukrainien est russe ou non, le mieux serait de lui poser la question (qui ne recevrait peut-être pas la même réponse dans le Donbass qu’à Kyiv).
L’idée a effleuré Michel Ménard : ce n’est pas l’État ukrainien mais le peuple ukrainien que le département de Loire-Atlantique honore. Il affiche (en bas à droite sur la photo) son « soutien à la liberté des peuples ». Bravo ! Mais liberté bien ordonnée commence par soi-même. Si Michel Ménard entend profiter du drame ukrainien pour effacer le peuple breton, on ne marche pas.
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0 réponse à “Loire-Atlantique : le département veut-il rendre l’Ukraine antipathique ?”

  1. Pschitt dit :

    En effet, si M. Ménard voulait VRAIMENT manifester sa solidarité avec l’Ukraine, il aurait mis son drapeau à la place du logo départemental, assez moche d’ailleurs.

  2. Dazont dit :

    Je pense que la nuance échappe un peu à tout le monde ces jours-ci: il faut soutenir le peuple ukrainien dans un moment aussi tragique, et il aurait fallu soutenir le peuple du Donbass depuis longtemps et la situation actuelle pouvait (peut-être) être éviter. Mais il ne faut pas soutenir l’état ukrainien, corrompu et extrémiste.
    « Quand se décidera-t-on à considérer le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes au lieu de celui des États ? » Je pense que l’auteur ici recadre très bien le sujet. Une Europe en Paix serait sûrement une Europe où les peuples sont reconnues et représentés au sein d’une Europe fédérale et indépendante bien sûr. Mais cela ne va pas plaire aux nationalistes nostalgiques de l’époque coloniale…

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