L’UE sous influence d’ONG et de lobbys : « Un coup d’État permanent pour imposer un agenda en se substituant aux corps intermédiaires et à la contrainte du suffrage universel »

Nous évoquions il y a quelques jours la sortie d’un rapport important (à télécharger ici) et accablant sur des pratiques au sein des institutions européennes, et sur l’influence de lobbys et d’ONG sous la coupe de personnages comme Bill Gates, Schwab ou encore Soros.

Des lobbys et/ou ONG qui ont une influence dans le processus législatif européen, ce que les citoyens de nos pays n’ont pas (hormis lors des élections européennes.) Une réelle menace pour la Démocratie donc.

L’influence de Gates, Schwab et Soros dans le processus législatif européen.

Pour faire le point sur le dossier, nous avons interviewé l’auteur du rapport, Thibault KERLIRZIN, Consultant en stratégie d’intelligence économique.

Breizh-info.com : Qu’est-ce que la fondation Identité et Démocratie ?

Thibault KERLIRZIN : La Fondation ID est la fondation politique européenne rattachée au Parti Identité & Démocratie, alliance de partis populistes de droite (pour la France, le Rassemblement national). Il s’agit de son nom depuis 2019, qui a succédé au Mouvement pour une Europe des nations et des libertés (MENL, 2014-2019) qui disposait d’une fondation portant le même nom.

Présidée par l’eurodéputé Hervé Juvin, la Fondation ID publie régulièrement des rapports thématiques, disponibles en téléchargement sur leur site et en version papier sur demande adressée à la Fondation.

Breizh-info.com : Quel a été le déclencheur de la rédaction de ce rapport ?

Thibault KERLIRZIN : Une eurodéputée du Parti ID a lu mes livres Greenpeace, une ONG à double-fond(s) ? (2018) et Soros l’Impérial (2019) ainsi que mes divers travaux sur les ONG et George Soros, débutés en 2015. Voyant que ce type d’organisations est actif à l’échelle communautaire, elle m’a missionné pour étudier le sujet et déterminer, sur les plans quantitatif et qualitatif, quelle était l’influence réelle des ONG sur le processus législatif européen et donc sur nos vies. Après tout, elles ne disposent d’aucun mandat électif mais se prétendent les porte-voix de la société civile, et « indépendantes ».

Breizh-info.com : Quelles en sont les principales conclusions ?

Thibault KERLIRZIN : L’influence des ONG est réelle. Le rapport présente un panachage qualitatif et quantitatif illustré par des configurations multiples (rencontres avec des membres de la Commission, campagnes d’influence lors de consultations publiques, appartenance à des groupes d’experts, succès revendiqués et vérifiés, et des cas précis). Il n’est bien entendu par exhaustif : les ONG représentent environ 3 500 des 13 300 entités de lobbying (entreprises, cabinets, fédérations professionnelles, structures para-publiques, organisations religieuses, think tanks et universités), et toutes ne sont pas influentes.

Un certain nombre d’ONG (111 pour les États-Unis au moment de mon étude) n’a pas de bureau bruxellois mais reste de droit purement extra-communautaire. C’est le cas de certaines ONG parmi les plus influentes, notamment auprès de la présidence de la Commission : Fondation Bill & Melinda Gates, Global Citizen, World Economic Forum (WEF, Suisse). D’autres sont faussement européennes : Open Society European Policy Institute (branche bruxelloise de l’ONG de George Soros) ou essentiellement financées par des bailleurs de fonds extra-communautaires : Transport & Environment, European Climate Foundation, ONE…

Voici quelques exemples précis de leur poids :

  1. Le 26/01/2021, Ursula von der Leyen, en visioconférence pour Davos avec Klaus Schwab (président-fondateur du World Economic Forum), rendit hommage au Great Reset de ce dernier. Elle déroula par la suite son agenda programmatique pour l’Union Européenne. À la fin de son discours, Schwab la félicita en soulignant que son programme synthétisait le Great Reset, et qu’il était heureux que l’Union Européenne soit le fer de lance de son implémentation. Précisons que von der Leyen fut membre du Conseil d’administration de Davos d’août 2016 à 2019, et que la Commission européenne est membre du WEF – elle lui verse à ce titre des subventions, en plus de lui en accorder déjà en parallèle.

  2. Global Citizen, déjà largement financée par la Fondation Gates (46 millions d’euros), est l’ONG qui a obtenu le plus de meetings avec la présidence de la Commission depuis 2019. Von der Leyen a revendiqué travailler étroitement avec elle sur la question du COVID. Sur ce sujet, nous retrouvons aussi l’influence du WEF (pass sanitaire / vaccinal en plus du Great Reset), de la Fondation Gates (rencontres avec la Commission, financement de structures comme GAVI et le dispositif COVAX, le Pandemic Action Network ou la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations, dite CEPI).

  3. Transparency International, proxy des réseaux Soros (et opportunément silencieuse sur les optimisations fiscales de ce dernier), dispose d’une expertise reconnue et d’un poids correspondant sur les Pactes d’intégrité qu’elle a créés (outil récompensé de prévention contre la fraude), son Indice de perception de la corruption, le cadre juridique sur la protection des lanceurs d’alerte (bien que silencieuse sur Assange), etc.

  4. ECRE (financée notamment par des ONG extra-UE comme l’Open Society, l’Oak Foundation ou la Fondation Charles Léopold Mayer, ces deux dernières étant suisses), PICUM ou EPIM sur le Fonds social européen (ESF+) en faveur des migrants, dont des propositions se retrouvent par exemple dans la Résolution du Parlement européen du 4 avril 2019 (cf. articles 3, 4, 6, 7, 8, 13 et 27).

Les ONG sont en outre à intégrer dans une toile plus globale où évoluent d’autres types d’entités enregistrées sur le registre de transparence de la Commission européenne. Prenons l’exemple de Bill Gates :

  • Premier propriétaire terrien des États-Unis (et intéressé sur l’agriculture européenne via sa Fondation).

  • Fondateur de TerraPower qui produit des mini-centrales nucléaires et est à Bruxelles le seul client du cabinet Boundary Stone Partners (fondé par des proches de la Maison-Blanche, anciens fonctionnaires du département de l’Énergie).

  • Bailleur de fonds de l’Imperial College de Londres, avec 70 subventions pour un total de plus de 280 millions de dollars.

  • Plus les entités déjà mentionnées (GAVI, COVAX, CEPI, etc.).

Breizh-info.com : Quels sont les buts de ces influenceurs de renom dans le processus de l’Union Européenne ?

Thibault KERLIRZIN : Au niveau élémentaire, il s’agit pour les ONG de conserver leur capacité d’action, de défendre les idées auxquelles leurs militants croient pour certains de manière sincère, et de continuer à bénéficier de financements publics et privés. Il leur faut donc agir et fonctionner de la même manière qu’une entreprise.

Mais au niveau supérieur, ces acteurs – et surtout leurs patrons et ces influenceurs de renom auxquels vous faites référence – participent de la guerre pour l’hégémonie du pouvoir politique et économique dont ils sont l’excroissance sociétale et les feuilles de vignes. C’est un coup d’État permanent pour imposer un agenda en se substituant aux corps intermédiaires et à la contrainte du suffrage universel : droit anglo-saxon, Agenda 2030 (pour un aperçu pratique, voir le cauchemardesque projet NEOM construit dans le désert saoudien…), Great Reset, euro et identité numériques, mélangisme et dilution du sentiment d’appartenance par l’importation de migrants en flux illimités. Circonscrire l’Union Européenne par une maîtrise des trois côtés du triangle politique-économique-sociétal revient à avoir les coudées franches pour imposer – en fonction des résistances institutionnelles et des lobbies concurrents – ce que Klaus Schwab nomme « the Great Narrative » (le grand récit). Ces influenceurs ne sont bien entendu pas des électrons libres (aussi puissants soient-ils) mais s’inscrivent dans des réseaux et des filiations plus discrets. Ils se retrouvent en tout cas, pour l’essentiel, sur une vision commune de l’avenir : plus de contrôles, moins de libertés, une écologie punitive, et une « terraformation » de l’Union Européenne pour en faire une chambre d’enregistrement alignée sur des intérêts essentiellement américains et mondialistes. Bref, décider de la vie des gueux du berceau au cercueil sans leur demander leur avis.

La Hongrie contre Soros. Un combat pour la civilisation [Documentaire]

Breizh-info.com : Pourquoi selon vous nos dirigeants ne réagissent pas ?

Thibault KERLIRZIN : Au niveau européen, je vous ai illustré les liens entre von der Leyen (elle-même non élue) et le World Economic Forum. La démocratie est un joli mot sur le papier. Mais lorsque des organisations non-élues servent des objectifs communs aux fonctionnaires européens, il importe peu à ces derniers que ces lobbies soit légitimes. Dans ma conclusion de Soros l’Impérial, je rappelais que les DC leaks (câbles issus de l’ONG de Soros, aujourd’hui supprimés) publiés en 2016 avaient révélé un document où l’Open Society avait cartographié ses « alliés fiables » au Parlement européen, ce qui représentait 226 des 751 députés européens d’alors.

Au niveau national, l’une des explications se trouve dans le programme des Young Global Leaders du World Economic Forum. Donnons-en quelques membres : Emmanuel Macron, Gabriel Attal, Amélie de Montchalin, Jacinda Ardern (Nouvelle-Zélande), Annalena Baerbock (ministre fédérale des Affaires étrangères d’Allemagne), Alexander de Croo (Premier ministre belge), Sanna Marin (Première ministre finlandaise)… Ils sont donc tout bonnement les relais de l’agenda de Klaus Schwab dans leur pays respectif, Schwab qui en 2017 se félicitait d’ailleurs que le WEF ait « pénétré les cabinets » des gouvernements de plusieurs pays au moyen de ses Young Global Leaders. Rappelons d’ailleurs qu’en 2018, Schwab déclara à Darius Rochebin que son Young Global Leader Macron était « le guide » pour renouveler l’Europe.

En somme, nous alternons sur ces deux niveaux entre alignement partisan et corruption morale (et peut-être financière mais ce serait à des enquêteurs et / ou à des journalistes d’investigation de le déterminer). Mais il y a d’autres raisons :

  • L’omerta sur le sujet dans les médias. Les ONG sont vues comme des parangons de vertu, désintéressés et au service du bien commun. Ce silence voire cette méconnaissance sont je pense essentiellement de bonne foi, les journalistes restant peu versés dans cet aspect de la guerre économique. Nous verrons si ce rapport les pousse à se questionner.

  • La collusion entre les médias et certaines ONG (la Fondation Gates finance Le Monde et en est partenaire, l’Open Society Initiative for West Africa – OSIWA – est partenaire de la section Afrique du quotidien).

  • Le suivisme du narratif collectif, ce « grand récit » où les ONG agissent dans l’intérêt général.

  • L’absence de pression dans le sens inverse. Aujourd’hui, ce qui n’existe pas médiatiquement n’existe pas. À partir du moment où des personnalités politiques ou des influenceurs s’empareront de ce sujet (chez Mike Borowski je mentionnais Booba au regard de ses dernières prises de position) et où les journalistes décideront d’étudier cet aspect de la guerre cognitive, les choses progresseront peut-être.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR

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0 réponse

  1. Ce n’est pas un hasard si la Russie dissout une à une toutes ces « ONG » sur son territoire : récemment une ONG Française : le Millénaire. qui ne faisait, ni plus ni moins que de la propagande anti -russe sur leur propre sol…

  2. frotter sa cervelle contre celle d’autrui disait montaigne,
    mais j’en ai plus que marre de ces gens qui nous disent comment penser et vivre
    marre de ces zélites qui veulent nous imposer leurs vues,

- Sécession la première parution de Yann Vallerie, rédacteur en chef de Breizh-info -

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