« Vivre sans argent ». Interview de Björn Duval, à la recherche de l’autosuffisance

Vivre sans argent ? C’est possible affirme Björn Duval dans un livre que nous avons déjà évoqué ici paru chez Albin Michel.

Si vous avez le sentiment de passer votre vie à travailler pour gagner un salaire que vos factures et vos dépenses mensuelles font fondre comme neige au soleil, alors vous n’êtes pas les seuls ! C’est ce que ressentait Björn Duval qui voyait, année après année, son niveau de vie diminuer tandis que son salaire restait le même. En 2010, Björn décide de changer de mode de vie et d’apprendre à se passer d’argent pour assurer ses besoins vitaux.

Ses premiers pas vers l’autosuffisance, Björn nous en dévoile toutes les étapes et les techniques dans ce guide pratique richement illustré de photographies, dessins et schémas.

Les survivalistes, les écologistes, les décroissants et toutes les personnes qui ne veulent plus dépendre de la société de consommation trouveront dans ce livre les bases indispensables à un projet de vie en autonomie, en ville comme à la campagne : Comment se lancer ? Comment choisir son terrain ? Quel type d’habitat privilégier ? Comment s’approvisionner en eau ? Fabriquer des toilettes sèches ? Pratiquer la permaculture ? Stocker ses aliments ? Produire son énergie ?

Et pour aller plus loin, nous avons interviewé son auteur.

Breizh-info.com : Pouvez vous vous présenter à nos lecteurs ? Qu’est-ce qui vous a amené à vouloir tendre vers l’autonomie ?

Björn Duval : J’étais un modeste employé de la classe moyenne qui voyait ses revenus rester les mêmes alors que le coût de la vie augmentait peu à peu, j’ai alors commencé à éliminer le maximum de choses possibles qui me coutaient de l’argent tous les mois.

La plus grosse dépense c’était mon loyer. Pour la supprimer je suis partie vivre dans une caravane sur un verger que j’avais acheté pour 5000 euros, moins d’un an de loyer. Et puis j’ai avancé en éliminant une dépense après l’autre.

Aujourd’hui je suis toujours un modeste employé de la classe moyenne, mon salaire net est de 1800 euros, ce qui est presque 200 euros plus bas que ce que je gagnais à l’époque et, pourtant, avec un salaire inférieur, mon niveau de vie est très largement supérieur. Je vis dans une maison en pierre de taille de 250 m² avec plus de 6 hectares de terres répartis tout autour de mon village pour produire aussi bien le bois qui me chauffe qu’une confortable partie de ma nourriture. Ça ne s’est pas fait en 5 minutes et ça a demandé beaucoup de travail mais, sur le long terme, me passer d’argent m’a rendu plus riche.

Breizh-info.com : Est-ce que cela n’a pas été difficile au départ ?

Björn Duval : J’ai commencé ma démarche il y a une douzaine d’années. Ce ne sont que les uns ou deux premiers mois sur chacun des terrains que j’ai occupés qui ont pu être vraiment difficiles (en tente sans électricité sur le deuxième terrain par exemple). Donc si on rapporte ces uns ou deux mois difficiles à une douzaine d’années alors c’est très peu, presque insignifiant. En fait ce n’est que le tout début qui a été difficile, le reste était vite assez confortable. Par contre il faut travailler, beaucoup, mais ça on en parlera un peu plus loin…

Breizh-info.com : Quels principaux obstacles avez vous rencontré dans votre parcours ?

Björn Duval : L’eau a systématiquement été la chose pour laquelle il y a eut le plus de difficultés. Cela peut être l’eau bouseuse à l’autonome en raison de pluies excessives qui rendent l’eau des sources impropre à la consommation ou, à l’inverse, l’été trop sec où l’on se retrouve à rationner les usages de l’eau.

Breizh-info.com : Vous publiez, en cette année 2022, un livre intitulé « Vivre sans argent ». Qu’est ce que vous entendez y proposer, vous qui animez par ailleurs une chaine Youtube « ma ferme autonome » (« vivre sans argent » encore avant) ?

Björn Duval : De nos jours, l’argent a remplacé le travail. Un nombre croissant de gens gagne de l’argent sans travailler. D’ailleurs, ce qui fait tourner le monde c’est la finance, un truc qui permet de gagner de l’argent en ne produisant absolument rien. Ma démarche c’est d’inverser cela et de travailler pour faire les choses que l’on ne va pas payer : faire pousser de la nourriture pour diminuer ses dépenses au supermarché, collecter et purifier son eau pour ne plus avoir de facture d’eau, planter ses arbres et couper son bois pour ne plus avoir de factures de chauffage, produire son électricité pour ne plus avoir de factures électriques, etc. Faire les choses soi-même plutôt que de les payer, remplacer l’argent par le travail.

Breizh-info.com : Dans une société en pleine crise, où les caddies (et les réservoirs d’essence) commencent réellement à se vider, votre livre ne tombe-t-il pas « à point nommé »?

Björn Duval : Il y a des crises purement conjoncturelles comme le COVID ou la guerre en Ukraine qui font monter les prix de tout. Mais nous sommes également au milieu d’une crise structurelle, plus profonde, indépendante de ces éléments conjoncturels, et c’est la classe moyenne en général qui risque peu à peu de disparaître. Mon livre peut sembler tomber « à point nommé » parce que les prix de l’essence ou de certains aliments augmentent en ce moment, mais il s’inscrit dans une démarche plus large qui vise à faire face à une baisse générale du niveau de vie.

Breizh-info.com : Quels sont les principes de base pour commencer à appliquer cette révolution intérieure ?

Björn Duval : Nos ancêtres maîtrisaient une ribambelle de savoirs dans des domaines extrêmement variés qui leur permettaient de faire eux-mêmes des choses que nous payons aujourd’hui avec de l’argent. La base c’est de commencer par ré-apprendre peu à peu certains de ces savoirs : apprendre à faire du beurre, du vinaigre et toutes sortes de choses que la plupart d’entre nous ne savent plus faire. Une fois que l’on sait faire quelque chose alors on devient libre de choisir si on veut gagner de l’argent pour l’acheter ou bien faire cette chose nous-mêmes. On n’est pas obligé de le faire, mais ça devient possible…

Breizh-info.com : Vous considérez vous comme un survivaliste (sans la connotation négative que donne à cette mouvance une certaine presse) ? Quel regard portez vous sur ces tendances en pleine explosion au sein de notre société ?

Björn Duval : Le mot « survivaliste » a été terriblement galvaudé. Si être survivaliste c’est se préparer à s’en sortir le mieux possible en cas de problèmes alors ma grand-mère était survivaliste. Elle avait ses poules et ses salades, elle faisait ses conserves et ses stocks, au cas où… Se préparer au pire a souvent permis à nos ancêtres d’obtenir le meilleur ou d’éviter le tragique. J’ai du mal à comprendre qu’on puisse donner une connotation négative à une démarche de préparation qui est saine, raisonnable et positive. Les gens qui posent problème quand les choses tournent mal ce ne sont pas ceux qui s’étaient préparés, c’est au contraire ceux qui n’étaient pas prêts. Stigmatiser les gens qui se préparent pour louer les gens qui ne font rien c’est inverser les valeurs.

Breizh-info.com : Vivre sans argent, c’est aussi finalement prôner une nouvelle hygiène de vie, loin de la société de consommation extrême dans laquelle nous sommes. N’est-on pas là finalement dans une nouvelle philosophie de vie, à s’imposer à soi même ?

Björn Duval : Je ne prône pas de vivre sans argent. Dans le livre j’explique comment le faire, mais tout en disant pourquoi je ne recommande pas de le faire complètement. Ce qui me semble raisonnable c’est déjà de dépenser moins d’argent et, surtout, de ne pas en dépenser pour ce qui relève des besoins vitaux : boire, manger, s’abriter, ne pas mourir de froid en hiver, etc.

La consommation excessive a éloigné les gens de toutes les choses qui étaient réellement importantes, comme la famille par exemple, dont la gestion devient elle-même un produit : vous pouvez même payer la Poste pour qu’un employé rende visite une fois par semaine à vos parents âgés. Vous pouvez choisir un forfait visite-parents comme vous pourriez choisir un forfait téléphonique. Je ne propose pas une « nouvelle » philosophie de vie, au contraire. Pour moi la nouveauté c’est notre société actuelle, la nouveauté c’est de payer un employé pour dire bonjour a ses parents une à cinq fois par semaine selon le forfait qu’on a choisi, ça c’est nouveau. Moi ce qui m’intéresse c’est justement de faire certaines choses comme on les faisait jadis. Pas pour tout bien sûr, il faut trouver un juste équilibre, mais à minima pour certaines « nouveautés » qui, selon moi, ne fonctionnent pas…

Breizh-info.com : Quels sont les premiers retours que vous avez sur le livre ?

Björn Duval : La sortie du livre est encore récente (un mois environ), par conséquent les premiers retours viennent principalement de ma communauté sur Youtube qui a trouvé un livre dans l’esprit de ma chaine et avec le même style, donc ils ont apprécié dans la mesure où j’approfondis des sujets déjà traités sur la chaine et, en plus, j’en aborde d’autres que je n’avais jamais évoqués comme la culture du riz, la vie en caravane ou l’élevage d’escargot.

Maintenant le livre commence aussi à toucher des gens qui ne connaissaient rien du tout au sujet de l’auto-suffisance et c’est un public dont je suis très curieux d’avoir des retours. La crainte était de faire un livre trop complexe qui ne soit pas accessible au grand public, il fallait être à la fois simple et précis. J’espère y être arrivé mais il est encore trop tôt pour avoir des retours de ce public plus large.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR

[cc] Breizh-info.com, 2022, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

0 réponse

  1. Ce n’est pas pour tout le monde : 6 hectares de terre cultivable pour chacun de 67 millions d’habitants de France, c’est illusoire. C’est, au maximum, un demi-hectare par famille.. Et donc bien moins vivable..

    1. Vous avez raison : ce n’est pas pour tout le monde ! Et je ne sais pas où cet homme a atterri pour pouvoir s’octroyer à la fois 6 ha et avoir désormais une maison de 250 m2 mais je lui conseille de tout faire pour soutenir le maire qui le lui a permis.
      J’habite depuis 20 ans dans un village où, quand nous sommes arrivés, les parcelles devaient mesurer au moins 1500 m2 (c’était 2500 mini l’année précédente). Aujourd’hui, le PLU et la communauté de communes rattachée à la grande agglomération ont totalement inversé la tendance : les parcelles ne doivent pas excéder 700 m2 ! Quant aux grandes maisons, c’est fini ! Et que dire du foncier ? En 20 ans, nous avons subi une augmentation de plus de 170%.
      Il n’est pas certain que cette personne se soit pliée à absolument toutes les contraintes administratives, ou bien elle a vraiment un « maire en or » ou bien encore elle vit dans un lieu tellement paumé (actuellement) que l’administration s’en désintéresse. Je pense au puits notamment : fini le temps où nous pouvions faire forer notre puits en toute autonomie (et « discrétion »). Aujourd’hui, c’est déclaration en mairie et tout le toutim… Alors bien sûr, si on n’a pas de voisin malveillant, on peut probablement s’en sortir, mais quand je vois le nombre de délations qu’il y a eu dans mon village pendant le premier confinement….

      1. Tout à fait d’accord on peut faire ce genre d’expérience à condition d’accepter de vivre dans un endroit « perdu » loin de tout. Il n’y a pas que ce critère, il y a l’âge, la formation culturelle et psychologique. Et c’est un choix de vie extrêmement difficile à adopter lorsqu’on est en famille avec des enfants en âge scolaire. Par contre lorsque le courage, les forces et qu’on a obtenu le but recherché… Quelle satisfaction! Bravo à l’auteur.

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