Philippe Abjean : « En Bretagne, la cancel culture s’exprime sous des formes disparates » [Interview]

Le nouvel ouvrage du prolixe Philippe Abjean est sorti aux Editions Ar Gedour le 15 mars 2021, sous le titre « Apprends-moi les mots qui réveillent un peuple », reprenant les mots du poète groisillon Yann-Bêr Calloc’h pour un ouvrage destiné à un constat sociétal mais aussi à des solutions, des pistes de réflexions, pour ne pas être de ceux qui déplorent une fin mais ceux qui construisent.

Dans ce nouvel ouvrage, Philippe Abjean propose des pistes concrètes pour lutter contre la cancel culture en Bretagne. Exit le wokisme et le nihilisme d’un monde qui se perd. « Avec cet ouvrage,  j’entends proposer des projets culturels et mémoriels concrets et mobiliser ainsi des milliers de Bretons autour de la défense de leur identité. Montrer ainsi qu’en Bretagne on est en terre de résistance face au rouleau compresseur des GAFAM et à la menace transhumaniste qui s’annonce » dit l’auteur, en ajoutant  que « dans ce livre, sont évoqués quelques projets possibles qui seront nos Missions bretonnes comme avant nous celles de Julien Maunoir et Michel Le Nobletz qui voulaient eux-aussi réveiller l’âme d’un pays… » 

Pour en discuter, nous avons interrogé le fondateur de La Vallée des Saints.

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Breizh-info.com : On sent dans votre livre un cri d’alarme, concernant la disparition possible d’une certaine Bretagne, demain, si rien ne bouge. Pourquoi ce cri d’alarme ?

Philippe Abjean : Le cri d’alarme ne concerne pas que la Bretagne mais l’ensemble de la planète. Le rouleau compresseur de la mondialisation écrase rapidement les langues, les cultures, les nations avec pour objectif l’instauration d’un même marché mondial. Simplement, je crois que la Bretagne a la capacité de faire entendre une voix de refus en valorisant son histoire, sa culture, son âme propre. Et qu’à ce titre, elle peut faire école et inciter d’autres cultures à refuser cette américanisation du monde .

Breizh-info.com : En quoi la cancel culture touche-t–elle aujourd’hui nos terres ?

Philippe Abjean : En Bretagne, la cancel culture s’exprime sous des formes disparates : c’est l’effacement progressif de la langue bretonne malgré les remarquables efforts de plusieurs associations et des écoles Diwan. L’Église aussi a sa part de responsabilité en n’assurant pas aux cantiques en breton la place qui leur est due dans nos sanctuaires. C’est la fin progressive, annoncée, des anciennes communes absorbées dans des Communautés urbaines de plus en plus étendues et aussi des paroisses regroupées dans des ensembles paroissiaux indifférenciés. Avec ces évolutions, des histoires et des cultures locales s’effacent irrémédiablement… Quant aux paysages, ils sont défigurés par des zones commerciales semblables à celles que l’on trouve partout dans le monde. Plus profondément, la culture de l’effacement c’est la tristesse de constater que très peu de jeunes Bretons connaissent, non seulement la langue de leur pays, mais son histoire, sa culture… L’identité bretonne est menacée

Breizh-info.com : Loin de ne rester que dans la critique, vous évoquez, à la fois vos expériences concrètes au service du patrimoine breton, ainsi que des pistes, pour demain. Parlez-nous en ?

Philippe Abjean : Rien n’est irréversible car je crois aux volontés individuelles et collectives. De grands projets peuvent réveiller l’âme d’un peuple comme l’a bien montré Philippe de Villiers avec le Puy du Faou. C’est ce que j’avais imaginé avec la Vallée des Saints. Ces projets n’ont d’autre but que de redonner une fierté et la conscience d’appartenir à une communauté singulière, d’être héritiers d’une histoire dont nous n’avons pas à rougir. Il faut donc rassembler le peuple breton autour de vastes projets fédérateurs. Et qui soient porteurs d’une dimension spirituelle, ce qui est une provocation supplémentaire dans un univers matérialiste et consumériste. Parmi ces projets, figurent la sauvegarde des milliers de chapelles bretonnes, des légendes qui sont une part de notre culture populaire et de toute la mémoire chrétienne inséparable de la Bretagne.

Breizh-info.com : Vous évoquez la nécessité de rechristianiser une Bretagne qui s’est finalement oubliée. Mais ne sont-ce pas les Bretons qui doivent d’abord être rechristianisés à l’heure où les églises se vident, et où les chapelles se ferment de partout ?

Philippe Abjean : La crise de l’Église est profonde. Les causes en sont multiples. L’Église a sa part de responsabilité et elles est majeure. Au moment où la Bretagne redevient terre de mission, il y urgence à éveiller les vocations. En redonnant le goût du sacré, le sens de la transcendance et du dépassement, l’élan missionnaire, en rappelant les belles histoires des congrégations… Il faut renouer avec une foi populaire, relancer les pardons, les processions et faire redécouvrir la beauté des cantiques et des bannières. L’histoire de l’Église montre que ce sont les humbles qui, à chaque fois, ont redressé l’Église quand elle était à genoux. Ni les évêques, ni les cardinaux. L’Église doit être à contre-temps au lieu d’épouser les modes de l’époque.

Breizh-info.com : Pouvez-vous nous dire un mot sur StoneBreizh, votre projet de Stone Age breton, son avancée actuelle ?

Philippe Abjean : StoneBreizh, à savoir la construction d’un cromlech revisité, plus important que celui de Stonehenge outre-Manche, a pour ambition d’être un élément de cristallisation de l’identité bretonne, en remontant au plus loin de l’histoire. Il s’agit de rappeler que nous sommes issus d’un âge immense… Et avec lui, nous relancerons les fêtes des solstices et des feux de la Saint Jean qui mobilisaient, il n’y a pas si longtemps encore, les quartiers de nos communes. Notre souhait est de dresser le menhir qui se dressera au coeur du cercle en juin prochain à Carhaix .

Breizh-info.com : Quel est le credo qui vous guide, continuellement, et qui vous permet d’être un infatigable bâtisseur, éveilleur de peuple par excellence ?

Philippe Abjean : J’ai en horreur le défaitisme, le fatalisme, la résignation. En pays léonard, Alexis Gourvennec rappelait régulièrement que « là où il y a de la volonté, il y a un chemin »… Sans doute, suis-je partie prenante de cet esprit léonard. Persévérant et optimiste .

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
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