La guerre en Ukraine et le crépuscule de l’Occident [L’Agora]

Face à la guerre en Ukraine, nous sommes sommés de choisir notre camp selon un manichéisme absolu, en l’occurrence derrière une Amérique, redevenue le champion des plus hautes valeurs humanistes. Ceux qui émettent quelques objections le feraient au nom d’un « parti pris anti-américain virulent ».
La réalité historique qu’il faut bien regarder en face et qui devrait nous conduire à mieux percevoir la façon dont le monde apprécie quant à lui l’Amérique, donc l’Occident, est pour le moins contrastée :

– Le génocide indien comme acte fondateur (pour le coup, le mot, fût-il anachronique, est rigoureusement approprié).

– La conquête des Philippines conduite avec une sauvagerie sans égale.

– La réduction en lumière et chaleur de 300 000 habitants d’Hiroshima et Nagasaki, pour l’essentiel civils de tous sexes et âges, sans objectif militaire, alors même que le Japon était soumis à un blocus hermétique, sans ressources, que la maitrise américaine dans les airs et sur mer était totale et que le mikado faisait des offres de cessation des hostilités. Si crime contre l’humanité il y eut ce fut bien dans ce moment-là.

– Durant la « guerre froide », l’appui systématique et sans états d’âme à des dictatures de tous poils en Amérique, en Grèce et en Extrême-Orient.

– Dans la même période, 10 000 jours durant, la mise à feu et à sang du Viet-Nam, et ses prolongements laotiens et cambodgiens, avec le résultat pitoyable que l’on sait et dont, avec le recul, on recherche vainement ce qui pouvait justifier des victimes qui se comptent par millions… Là encore, indéniable « crime contre l’humanité »…

– À peine l’implosion de l’empire soviétique survenue, en guise de « nouvel ordre mondial », un interventionnisme sans frein qui, via l’Irak, allait mettre, pour le coup la planète à feu et à sang, au prix de mensonges d’état désormais avérés.
Sans omettre, au prix de semblables mensonges, l’opération kosovare et le bombardement de la Serbie 45 jours durant, qui permet de redonner une nouvelle vie à une Otan dont nul ne voyait plus la justification.
…Encore ne s’agit-il là que des faits historiques les plus saillants.
Or, dans le même temps, et aujourd’hui plus que jamais, tout cela au nom de valeurs hautement proclamées : la dignité de l’homme, son intégrité, sa liberté ! Comment, hors Occident, n’y verrait-on pas qu’hypocrisie et duplicité ?
Je pensais pour ce qui me concerne que l’Europe, après avoir pris sa part au cours des siècles passés à une semblable hypocrisie, avait désormais pour vocation et destin de remettre l’Occident sur le droit chemin, seule voie susceptible d’assurer, dans le nouveau monde qui émerge, la pérennité de notre civilisation, mieux encore, d’en favoriser la renaissance et, pour cela de se dégager de l’emprise de son avatar d’outre-Atlantique.
Au lieu de cela, nous voilà revenus au banc des rameurs de la galère américaine, pour un naufrage de concert programmé…
Douloureuse perspective au soir de nos vies….

Général d’Armée (2S) Jean-René Bachelet

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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5 réponses

  1. Non, face à la guerre en Ukraine, nous n’avons pas été sommés de nous aligner sur les Etats-Unis. L’agression russe du 24 février a d’abord suscité un mouvement d’indignation EN EUROPE. De nombreux Etats européens ont apporté une aide à l’Ukraine avec l’adhésion manifeste de leur population. Certes, dans un second temps, les Américains ont plus ou moins repris le leadership, ne serait-ce que par l’importance des moyens qu’ils peuvent mettre dans l’aide à l’Ukraine. Et puis, les pays les plus exposés par une éventuelle poursuite de l’expansionnisme russe (pays baltes, Pologne, Finlande…), et donc les plus désireux d’y mettre le holà maintenant, ont tendance à se croire mieux protégés par les Etats-Unis que par l’Europe. On le déplore assurément, mais peut-on vraiment le leur reprocher ? Enfin, nous n’avons pas vraiment le choix. Faudrait-il abandonner l’Ukraine sous prétexte que les Américains lui sont favorables ?

  2. Ce général dit exactement ce que je pense.
    Probablement pour ne pas faire trop long, il ne mentionne pas les 1,2 millions de victimes civiles d’Irak, les chaos provoqués partout au Moyen Orient, et surtout les agressions permanentes des USA, aidés par son vassal servile qu’est l’UE, vis à vis de la Russie depuis 1990.
    La Russie n’a plus rien à voir avec l’URSS et ne souhaite (souhaitait ?) qu’être amie avec l’UE comme du temps des tsars.
    Je comprends que, pour ne pas être démantelée comme tous les pays dans lesquels les USA se permettent d’intervenir, la Russie n’ait pas d’autre choix que d’arrêter les USA de faire des coups d’état (en livrant des milliards de US$ d’armements à des gens peu recommandables) dans toutes les républiques autours de ses frontières.
    La solution est très simple : Tout revient à la normale si l’occident arrête ses livraisons d’armes. Mais ce n’est pas l’intérêt des USA dont le cauchemar serait « l’Europe de l’Atlantique à l’Oural » (De Gaulle).

    1. Ainsi, la Russie aurait attaqué l’Ukraine pour arrêter préventivement les Etats-Unis ? Avec pour résultat de les faire intervenir, applaudis par la plupart des pays européens et de pousser la Finlande et la Suède dans les bras de l’Otan ! C’est vraiment une politique à la Gribouille — qui se jetait dans le ruisseau pour ne pas être mouillé par la pluie.
      La Russie désire être l’amie de l’Europe « comme du temps des tsars » ? Du temps des tsars, la Russie a été l’amie ou l’ennemie, selon les cas, de différents pays d’une Europe qui n’était pas une unité politique. Elle a été dans le même camp que la France au milieu du 18e siècle (Guerre de 7 ans), puis coalisée contre la Révolution aux côtés de l’Autriche et de l’Angleterre, puis en paix avec Napoléon, puis en guerre avec lui, puis en guerre avec la France, l’Angleterre et la Turquie du temps de la Guerre de Crimée, etc. Evitons donc les conclusions hâtives. D’ailleurs, la guerre en Ukraine n’est pas le choix de la Russie mais celui d’un homme, Poutine. Son temps à lui n’est pas celui des tsars, c’est celui de l’URSS. Il a été élevé pour mener une politique de puissance, et ça correspond bien à ses attitudes de rouleur de mécanique qui bute les terroristes jusque dans les chiottes. Il a toujours agi en ce sens depuis vingt ans, avec la Tchétchénie, la Georgie, la Crimée, à présent l’Ukraine. Pour une fois, il s’y casse les dents, et c’est une bonne chose si ça lui fait renoncer à ses prochaines cibles évidentes (la Moldavie pour la Transnistrie, la Lituanie et la Pologne dans l’idée d’une continuité avec Kaliningrad, l’Estonie et la Lettonie où les importantes minorités russes se plaignent sans arrêt, peut-être la Finlande).

  3. cette guerre est pain béni pour la propagande , ici aussi, à la Réunion, les journaux locaux commentent la flambée des prix par la sempiternelle « à cause de la guerre en ukraine », comme si même les tomates locales étaient produites là bas! ils nous prennent pour des idiots mais ça marche

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