Député, un CDD en or…(Bis)

Nous vous proposons une nouvelle rubrique, pas forcément régulière, dans laquelle Bernard Morvan vous relève quelques perles recueillies ici ou là dans la presse…ou ailleurs.

  • Economies – Tugdual Perennec (divers) a de grandes ambitions. Candidat dans la circonscription de Châteaulin-Carhaix, il présente ainsi les choses : « Ma candidature est indépendante des partis : il ne faut pas être obligé de suivre en permanence un chef de file. » Il croit beaucoup en son expérience professionnelle : « J’ai réalisé qu’en deux mois, dans une entreprise, on peut faire des économies de près de 100 000 euros. Mes connaissances me permettront de défendre au mieux votre argent. Je mettrai en place des recherches d’économies sans pour autant réduire les services (suppression d’intermédiaires, réduction des marges indécentes) » Autre proposition que beaucoup trouveront intéressante : « Je souhaite travailler sur la transparence des banques avec l’affichage obligatoire de leurs barèmes. » (Le Télégramme, Brest, mardi 24 mai 2022). Evidemment, il faudrait nommer Perennec ministre des Finances. Pourtant, il oublie que l’Etat et le monde de l’entreprise ne fonctionnent pas avec la même logique. Un chiffre qui le passionnera : à la fin de 2021, la dette publique atteignait 2 813,1 milliards d’euros. Autre secteur où il aura du grain à moudre lorsqu’il sera installé à Bercy : « Les crédits alloués aux armées ont progressé de 35,9 milliards d’euros en 2019 à 40,9 milliards d’euros en 2022 », d’après un rapport de la Cour des comptes (Le Figaro, jeudi 12 mai 2022) ; en 2021, les dépenses militaires de la France représentaient 1,95 % du PIB (L’Express, 5 mai 2022). Les 100 000 euros ne suffiront pas !
  • Immigration – A Brest centre, Anne Gélébart (LR, UDI, Nouveau centre) veut « être la représentante d’une droite forte, qui considère les problèmes régaliens de sécurité et de maîtrise de l’immigration comme prioritaires pour préserver l’unité de la nation et la qualité de notre vivre ensemble. » (Le Télégramme, Brest, mardi 24 mai 2022). Vaste programme. Puisqu’elle s’intéresse à la « maîtrise de l’immigration », nous lui suggérons de prendre à bras le corps la question du regroupement familial – ce serait un début. Nous lui souhaitons bien du plaisir pour obtenir l’abrogation du « décret n° 76-383 du 29 avril 1976 relatif aux conditions d’entrée et de séjour en France des membres des familles des étrangers autorisés à résider en France » ; ce décret a été signé par un Premier ministre de droite appelé Jacques Chirac. Et à aucun moment la droite au pouvoir n’a songé à le faire disparaître – Nicolas Sarkozy n’a jamais essayé lorsqu’il habitait à l’Elysée.
  • Stellantis – Habituellement, les candidats aux élections législatives sont soit des professionnels de la politique, soit des fonctionnaires, soit des professions libérales, soit des cadres sup. Il n’y a qu’à Lutte ouvrière que l’on voit des gens appartenant aux classes populaires sur la ligne de départ. C’est le cas à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande : le candidat présenté par Lutte ouvrière Fabrice Lucas est technicien dans l’automobile (Stellantis, usine de Chartres-de-Bretagne), et la suppléante Catherine Lederlé est peintre en bâtiment. Leur conviction : « Ce sont les luttes des travailleurs qui peuvent faire reculer le grand patronat et les gouvernements à son service » (Ouest-France, Rennes, mardi 24 mai 2022)
  • Site de rencontre – Laurence Maillart-Méhaignerie (LREM-Renaissance), député de Rennes-Cesson-Sévigné, voudrait bien faire un second mandat. Elle retrousse donc ses manches : « Nous ferons trois semaines de campagne sur le terrain, à la rencontre et à l’écoute des habitants des communes de la circonscription. Il est important que les électeurs se mobilisent, pour donner une majorité au Président. » (Ouest-France, Rennes, mardi 24 mai 2022). Si on comprend bien, il faut que la campagne électorale démarre pour qu’elle aille « à la rencontre » de ses électeurs. Que fait-elle le reste du temps ? Reçoit-elle les habitants de ses communes ? Les aperçoit-elle quelquefois ?
  • Majorité – Des projections donnent une idée de l’allure que pourrait avoir le Palais-Bourbon dans un mois. « La Nupes est créditée de 165 à 195 sièges (la gauche avait une soixantaine de députés dans la précédente Chambre) ; la majorité présidentielle, de 290 à 330 sièges (contre 350) ; le RN de 20 à 45 sièges (contre 6 députés à la fin de la législature) et LR-UDI de 35 à 65 sièges (contre 121) » (Le Monde, mardi 24 mai 2022). Rappelons que l’Assemblée nationale compte 577 députés (article 24 de la Constitution). Il faut donc que Laurence Maillart-Méhaignerie soit réélue « pour donner une majorité au Président »
  • Larsonneur – A Brest centre, la majorité présidentielle est représentée par trois candidats. A tout seigneur tout honneur, il faut compter avec le député sortant Jean-Charles Larsonneur (Agir, petit groupe macroniste de droite). Notre homme n’a pas bénéficié de l’investiture pour effectuer un second mandat ; Richard Ferrand, le grand manitou macroniste ne l’a pas voulu. « Le parlementaire s’est effectivement fait remarquer par des prises de position tranchées comme celle comparant l’élevage intensif, en partie responsable du phénomène d’algues vertes répandu en Bretagne, à un « holocauste quotidien ». Ses propos avaient déclenché l’ire du député voisin et président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand. Voilà sans doute la genèse de la non-investiture de Jean-Charles Larsonneur à qui le parti a préféré Marc Coatanéa. » (Benjamin Keltz, Le Monde, samedi 21 mai 2022). Pas content, Larsonneur s’épanche volontiers auprès des journalistes : « J’ai été pris pour un guignol, alors que j’ai servi loyalement la majorité et les habitants pendant cinq ans » (Le Figaro, mardi 10 mai 2022). Bien entendu, il rend Ferrand responsable de son infortune : « Cela s’appelle Renaissance, mais c’est plutôt Féodalités. C’est « Donjons et dragons » ! » (Libération, mercredi 11 mai 2022). Larsonneur fait donc du porte-à-porte ; il aurait eu intérêt à commencer plus tôt ce travail de base et à s’intéresser aux préoccupations de ses lecteurs. Ce n’est pas parce qu’on est membre de la commission de la Défense nationale au Palais-Bourbon et qu’on s’intéresse aux tensions dans l’est de l’Europe qu’il est payant électoralement d’organiser une réunion publique sur le thème « Guerre en Ukraine : quels enjeux pour la France et l’Europe ? » (Le Télégramme, Brest, lundi 28 mars 2022). Le pouvoir d’achat, la santé, la sécurité, l’immigration, voilà des sujets qui intéressent les gens. Au fait, combien il y avait-il de spectateurs à sa réunion ?
  • Sept circonscriptions – La Bretagne sera présente dans quelques circonscriptions aux élections législatives en Loire-Atlantique. Pour le Parti breton : Gildas Perrot (Nantes-Saint-Herblain) ; Maélig Trédan (Nantes-Nort-sur-Erdre) ; Jacky Flippot (Châteaubriant) ; Donatienne Jossic (Guérande) ; Evelyne Desmarie (Saint-Nazaire) ; Maryse Renaudin (Paimboeuf) ; Maxime Cheneau (Vertou). Pour l’UDB : Gwenaël Duret (Nantes-Saint-Herblain) ; Hervé Carro (Saint-Nazaire). Liste fournie par Presse Océan (samedi 21 mai 2022). Une question : pourquoi l’UDB ne présente pas de candidat à Nantes ? Que fait Pierre-Emmanuel Marais ? On connaît les difficultés rencontrées par les petits partis à trouver l’argent nécessaire pour financer les campagnes – les sympathisants généreux ne sont jamais très nombreux. Le Parti breton et l’UDB n’y échappent pas, vu leur incapacité à atteindre le seuil des 5 % des suffrages exprimés qui assure le remboursement par l’Etat de la campagne officielle.
  • Droite conservatrice – Au premier tour de l’élection présidentielle, Eric Zemmour avait obtenu en Loire-Atlantique 42 761 voix (5,33 %). Malgré ce score modeste, Reconquête ! présente des candidats dans les dix circonscriptions. Carole Godon se présente à Nantes-Orvault. « Il s’agit de confirmer les résultats de la présidentielle, de montrer que Reconquête ! a toute sa place, de travailler le terrain pour devenir un acteur incontournable d’une future union des droites et des patriotes », estime-t-elle (Ouest-France, Loire-Atlantique, mardi 17 mai 2022). On retrouve le même discours avec Sandra Bureau, candidate Reconquête ! à Châteaubriant ; elle agit « pour défendre une droite nationale, conservatrice et sociale à l’Assemblée nationale » (Ouest-France, Loire-Atlantique, jeudi 19 mai 2022). La mieux placée pour répondre à cette illusion – « l’union des droites » – s’appelle Marine Le Pen : « Je considère que l’union avec Eric Zemmour n’était pas possible. Parce que nous n’avons pas la même vision stratégique (…) Certes, il y a l’insécurité et l’immigration, mais il y a aussi la politique sociale. Il me paraît difficile de demander aux électeurs du RN d’aller voter pour des députés qui voteront la retraite à 65 ans. Il n’y a là aucune rancune. Mais ces divergences stratégiques sont trop importantes » (Le Figaro, samedi 14-dimanche 15 mai 2022). Le politologue Jean-Yves Camus, chercheur à l’Iris, est encore plus radical : « Le vote RN possède une dimension de classe qui rend peu audible l’union des droites » (Le Figaro, mercredi 27 avril 2022). On peut donc sourire en relisant les déclarations de Sébastien Pilard, responsable en Pays de Loire de Reconquête ! et porte-parole d’Eric Zemmour : « Eric Zemmour sera au second tour ». Très sûr de lui, il ajoute : « Eric Zemmour est le seul à pouvoir additionner des électeurs du RN et de LR » (Presse Océan, mardi 5 avril 2022). On connaît le résultat…
  • Questionnaire – Gaël Le Bohec (LREM), député de Redon, avait eu une idée originale : diffuser des questionnaires à 360 °, aussi appelés « feed back 360 », pour évaluer « son action et la tenue de ses engagements tout au long de ses cinq années de mandat » (Ouest-France, Ille-et-Vilaine, vendredi 11 mars 2022). On suppose que le résultat de cette consultation n’était pas fameux car Le Bohec ne s’est pas représenté.
  • Une gaulliste « centriste » – Petite tambouille brestoise, la circonscription de Brest-centre avait été accordée à l’UDI au détriment de LR. Mais l’UDI étant incapable de trouver un candidat à Brest, les centristes ont sous-traité la place à Anne Gélébart (LR). Laquelle explique : « Je reste adhérente à LR, le changement de crémerie n’était pas nécessaire » (Le Télégramme, Brest, mardi 10 mai 2022). On lui souhaite bien du plaisir puisque Valérie Pécresse a obtenu 4,58 % des suffrages au premier tour de la présidentielle dans la circonscription. Cette ancienne professeur de philosophie a une façon bien particulière de présenter son positionnement ; il paraît qu’elle se veut « gaulliste sociale, de sensibilité centriste ». Voilà qui ressemble à un oxymore. Un gaulliste – un vrai – n’est pas centriste et un centriste – un vrai – n’est pas gaulliste. Tout les sépare : l’Europe, l’Otan, l’atlantisme, la question sociale…

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Une réponse

  1. élire le moins honnête, le plus beau parleur, en espérant en recueillir des miettes par « ruissellement » …. on a vu tapie à l’oeuvre et bien d’autres, des petites culottes par une députée larem dernièrement, l’impunité quasi certaine pour d’autres, la gamelle est bien grasse

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