Finale de la Ligue des champions au Stade de France : comprendre la « razzia » pour éviter sa répétition

Samedi 28 mai, la finale de la coupe de la Ligue des champions au stade de France à Saint-Denis a tourné au chaos. De nombreux spectateurs et supporters des équipes du Liverpool FC et du Real de Madrid ont été victimes d’agressions et de vols. L’aveuglement des plus hauts responsables de l’Etat face à cette vague de délinquance est un motif supplémentaire d’inquiétude pour les Français. Il est pourtant indispensable de tenter de comprendre ce qui s’est passé pour éviter la répétition de tels événements.

Un bilan qui reste à établir

Le bilan des exactions commises au stade de France et dans ses alentours le soir du 28 mai est en cours de consolidation. Il ne pourra au mieux être établi que dans quelques semaines, si tant est que le ministère de l’intérieur communique à ce sujet. D’ici là, c’est à partir d’un faisceau d’indices et d’informations éparses qu’il faut évaluer le nombre de personnes agressées et volées et de délinquants impliqués dans ces événements.

Des agresseurs par centaines

Lors de son audition devant le Sénat le 1er juin, le ministre de l’intérieur a fait état de 81 interpellations dans le secteur du stade de France et plus globalement de 105 interpellations à Paris et en Seine Saint Denis. Des syndicalistes policiers ont apporté des précisions sur le profil des personnes interpellées : une cinquantaine d’entre eux seraient des « sans papier », en fait des clandestins. Parmi eux se trouvaient des mineurs ou pseudo mineurs non accompagnés. L’impossibilité de tous les identifier aurait abouti au classement sans suites des garde à vue de nombre d’entre eux et à leur libération. Selon des informations recueillies par le journal Valeurs actuelles auprès de la police nationale, les premières personnes interpellées étaient très majoritairement issues de pays du Maghreb.

Plus généralement, les agresseurs, qui pour beaucoup n’ont pas été interpellés, étaient selon des sources policières « des délinquants venus d’autres villes limitrophes ». Leur nombre est évalué à plusieurs centaines, dans une fourchette oscillant selon les estimations entre 300 et 500.

Les plaintes des victimes ne cessent de s’accumuler

Outre les victimes de vols et d’agressions, des personnes ont été blessées lors de l’accès au stade, en raison des problèmes de gestion des flux (faux billets, etc.). Des supporters ont été aspergés de gaz lacrymogène, pressurisés dans des files d’attente, etc. Au total, selon des informations communiquées à l’AFP, près de 238 personnes ont été prises en charge par les différents services de secours.

Si une centaine de personnes ont déposé plainte auprès des services de police après le match, la brièveté du séjour en France des supporters étrangers n’a pas permis à toutes les personnes agressées de faire cette démarche. Le ministre de l’intérieur a annoncé le 2 juin que les Espagnols et les Britanniques victimes de faits de délinquance peuvent déposer plainte dans leur pays à compter du 6 juin.

Le club de football du Liverpool FC documente actuellement la demande d’enquête qu’il va transmettre aux autorités françaises, via un formulaire de plainte en ligne. Une journée après son lancement, plus de 5 000 formulaires avaient déjà été remplis.

« Ils attaquaient sans hésiter »

Selon plusieurs témoignages, les jeunes délinquants opéraient fréquemment en bandes, parfois d’une trentaine d’individus. La sauvagerie des modes opératoires décrite par des témoins est saisissante. De nombreux supporters anglais et espagnols ont été menacés, agressés puis dépouillés. Un journaliste policier confie au Figaro : « « ils attaquaient sans hésiter les femmes, les enfants, les personnes âgées ; des victimes ont été déshabillées intégralement ». L’un d’entre eux indique concernant les agresseurs : « ils avaient des couteaux, des machettes, des barres de fer ».

Outre les agressions en vue de dérober les effets personnel de supporters, des jeunes femmes et des femmes ont été victimes d’agressions sexuelles. Un témoin confie avec effroi : « J’ai vu des filles de moins de 12 ans pleurer parce qu’elles ont été touchées par ces monstres ». Aux alentours du stade de France, des voitures ont été fracturées afin d’y dérober des objets. Le retour en métro de certains supporters sur la ligne 13 a également été émaillé d’agressions et de vols.

Les suites judiciaires

Mardi 31 mai s’ouvrait le premier procès suite à la calamiteuse soirée du 28 mai. 6 individus étaient assignés en comparution immédiate devant le Tribunal judiciaire de Bobigny pour vols au préjudice de supporters. Faute de possibilité d’audiencement, seuls trois d’entre eux ont été jugés. Bien que reconnu coupable des faits qui lui étaient reprochés, l’un des prévenus a été condamné à une peine avec sursis. Un clandestin s’est vu infliger une peine de « semi-liberté » car il aurait du travail. Le palestinien condamné à 10 mois de prison ferme pour avoir notamment agressé un policier s’est pour sa part vu notifier une interdiction de territoire.

Le déni, encore et toujours

Si le ministre de l’intérieur a reconnu des erreurs dans l’organisation du maintien de l’ordre lors de la finale de football, ses explications sur le fait que la présence de nombreux supporters sans billets ou avec des billets falsifiés seraient à l’origine des désordres peinent à convaincre. Certes, ce phénomène peut avoir contribué à créer des cohues aux entrées du stade, qui ont été contenues de façon pour le moins étonnante par l’usage de gaz lacrymogène à l’encontre de supporters pacifiques. Mais cette explication fait l’impasse sur d’autres faits bien plus graves. Le président de la République a quant à lui dans une interview donnée le 3 juin au journal La Dépêche évoqué un « problème de violence » et indiqué qu’il y a « un immense chantier à mener sur les réseaux sociaux ».

En refusant de pointer la responsabilité des jeunes délinquants qui ont agressé de nombreux supporters anglais et espagnols, en refusant de divulguer leur nationalité, tant le ministre de l’intérieur que la président de la République font douter de leur capacité à bien jauger les événements qui se sont produits. N’est-ce pourtant pas un préalable pour éviter leur répétition ?

Un retour d’expérience qui reste à faire

Si les réseaux sociaux peuvent avoir aidé les délinquants à se passer le mot pour organiser leur razzia au stade de France, d’autres facteurs ont pu être bien plus déterminants :

-la porosité des frontières nationales à l’heure où l’immigration clandestine redouble en mer méditerranée, comme le soulignait récemment l’agence Frontex ;

-la présence en France de jeunes délinquants, fréquemment issus du Maghreb, de plus en plus nombreux, que les pouvoirs publics peinent à renvoyer dans leurs pays, compte tenu du droit protecteur pour les mineurs et du refus de leurs pays d’origine de les récupérer ;

-la faiblesse de la réponse pénale aux faits de délinquance, qui est parfois perçue par des individus à la culture éloignée de celle qui a cours en France, comme un encouragement à la récidive.

Il a fallu du temps pour que les agressions sexuelles lors de la nuit du réveillon en 2015 à Cologne soient connues dans toute leur ampleur, en raison du tabou qui interdisait de désigner leurs auteurs. 7 ans plus tard, lors du passage à l’an 2022, c’est à Milan que ce genre d’événement s’est reproduit. Le 28 mai au stade de France, la motivation première des agresseurs lors de leur expédition collective était selon plusieurs sources le vol. Mais le bilan complet de cette soirée catastrophique tarde également à être connu. Emmanuel Macron était très fier d’avoir obtenu l’organisation de la finale de la Ligue des Champions pour le « rayonnement » de la France. Le fiasco total en marge de cette compétition devrait l’amener à faire un examen critique à 360°. Mais en a t-il la volonté ?

Paul Tormenen

Crédit photo : DR
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2 réponses

  1. Le déni total de leur grande incompétence a gérer un événement international et le problème de la délinquance en France. En fait quand on y regarde de plus près c’est tous les jours que cela se passe, sauf que là, les «raclures » s’étaient données rendez vous pour une grande razzia générale et même pas inquiétés…
    Impressionnant avec quelle couardise ils veulent nous enfumer, à vomir 🤢

  2. ce ministre qui trouvait nauséabond de demander la nationalité des racailles arrêtées, s’est laché en accusant les anglais ! deviendrait il d’estrêêê droaaate?

Les commentaires sont fermés.

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