Législatives 2022. Vers une nouvelle gueule de bois pour le mouvement breton ? [L’Agora]

Y’a-t-il plus naïf et trouillard (pour être poli) qu’un militant breton ? C’est la question que je me pose, à quelques heures du premier tour des élections législatives. Etant moi-même un militant nationaliste breton convaincu, ayant moi-même milité dans plusieurs mouvements dits « indépendantistes » ou « nationalistes » bretons, tout en ayant cru aux Bonnets rouges jusqu’au lendemain de la manifestation de Quimper, je dois avouer être assez consterné par ce que je vois actuellement sur la « scène politique bretonne », que j’observe et commente (cela fait aussi partie de mon métier). Il est vrai que cela fait plusieurs décennies que ce mouvement est observé de l’extérieur avec curiosité tant politiquement, il n’aboutit finalement à pas grand chose.

Le mouvement breton ou l’art de se tirer une balle dans le genou

Lisez plutôt : un mois avant les élections législatives, le média d’opposition le plus lu sur Internet en Bretagne (c’est à dire le nôtre, www.breizh-info.com), le média proposant également le plus de matière originale (et quasi quotidienne) en langue bretonne, propose aux candidats aux élections législatives d’adresser leurs professions de foi, et, éventuellement, de répondre à des interviews. Soit dit en passant, le candidat a beaucoup plus à y gagner en terme d’audience que notre rédaction, sachant que les articles électoraux ou de politique politicienne n’intéressent qu’une petite partie du lectorat, quel que soit le canard d’ailleurs.

Et que pensez-vous que firent les candidats estampillés « autonomistes » ou « régionalistes » bretons ? Rien.

Du côté de l’UDB, Union Démocratique Bretonne, rien de surprenant, le combat « antifasciste » obsessionnel (pathologique ?) passant bien avant le combat breton.

Du côté du Parti Breton tout de même, parti qui prétend se distinguer de l’UDB (même si on a souvent du mal à voir la différence entre les deux sur le fond des idées), on se dit quand même que ça confine à l’autisme. La plupart des adhérents (et militants) du Parti Breton, même s’ils ne sont pas des milliers (le score aux législatives risque d’ailleurs de faire redescendre ce très petit monde sur terre), sont des lecteurs de votre journal préféré. Certains plus « honteux » que d’autres, comme si lire Breizh-info.com n’était pas très « avouable » en société, mais lecteurs quand même. Mais non, pour le PB, l’important, ce sont les interviews que personne ne lit dans les deux quotidiens les plus consultés de Bretagne (essentiellement pour la rubrique locale, les obsèques, et le sport) et l’agitation dans une micro-bulle sur les réseaux sociaux. Plus rude sera la gueule de bois dimanche.

Rongée par la trouille, une partie de ces militants bretons obéit au garde-à-vous à la terreur distillée par les gardes rouges « antifas » de l’Emsav. Des gardes rouges qui ne représentent qu’eux mêmes (ils ne sont qu’une poignée) mais qui donnent l’illusion médiatique d’avoir suffisamment d’influence pour torpiller le cas échéant toute velléité indépendantiste qui ne prête pas allégeance à la gauche et à l’antifascisme. C’est évident, Hitler est au bord de revenir au pouvoir et d’instaurer un nouveau Länder en Bretagne…

Un mouvement Breton finalement hors sol

Lisez par ailleurs les programmes : Langues de Bretagne, autonomie, statut de résident (en nous expliquant qu’on est breton du moment qu’on se sent breton, tout un programme…), réunification (en nous expliquant qu’on s’occupera éventuellement plus tard de l’état de délabrement sécuritaire de Nantes et alentours…) Tout cela est bien joli. Pertinent incontestablement. Mais ce que nos chers candidats et militants utopistes bretons ne pigent toujours pas, c’est QUE CE N’EST PAS LA PRIORITE de la population bretonne et/ou vivant en Bretagne. 

La priorité, comme partout d’ailleurs, c’est le pouvoir d’achat, c’est la sécurité, c’est l’hôpital et la santé, ce sont aussi les questions d’identité et d’immigration. Sur ce dernier point, le Parti Breton, comme l’UDB, ne proposent strictement rien. Enfin si, l’UDB agit quotidiennement aux côtés de ceux qui incitent à la migration en Europe et aux régularisations massives. Tout le monde peut devenir breton. Souriez, laissez vous remplacer (mais parlez Breton à Nantes, c’est l’essentiel !).

Le Parti Breton semble avoir totalement peur d’évoquer la question. On est loin, très loin du Parti nationaliste Basque, qui s’assume de droite, et qui évoque la question dans son programme. On imagine mal les cadres du PB organiser une manifestation à Brest, contre le Burkini dans les piscines, ou dénoncer l’explosion de la délinquance chez les mineurs isolés à Rennes, et dans toutes les principales villes bretonnes. Surtout ne pas évoquer le problème, on pourrait se faire taper sur les doigts par une gauche de terreur intellectuelle.

Je l’ai déjà dit, d’autres l’ont écrit de longue date : sans un mouvement politique breton qui rompt avec la République française, qui applique en amont de la sécession géographique, la sécession mentale – cela passe par le fait de ne pas reprendre toutes les vieilles lunes universalistes, droit de l’hommiste, inventées par cette même République depuis 1789 – rien n’y fera, les partis ne seront perçus que comme des pâles copies de partis français déjà existants.

L’UDB le sait parfaitement d’ailleurs, puisque sans alliance avec des partis français plus influents qu’elle, jamais elle n’aurait envoyé des élus à la Région. Des élus qui l’ont tout de même été par une ultra minorité du Peuple breton, souvenez-vous l’abstention, tout en pouvant disposer de l’argent public – notre argent, nos impôts – distribué comme bon leur semble.

Sans cette rupture, sur le fond comme sur la forme – qui consiste aujourd’hui pour le militant breton à se placer du côté de la victime, du colonisé, plutôt que de l’aventurier, du conquérant, de celui qui a réellement envie de construire un avenir pour son peuple – rien ne sera possible. Douar ha Frankiz peut gesticuler dans tous les sens et appeler à l’unité bretonne, à partir du moment où il épouse les lubies sociétales du moment, tout en refusant l’union « avec l’extrême droite », ce parti raisonne sous influence d’un côté du wokisme anglo-saxon, de l’autre sous la coupe de l’idéologie républicaine française, qui a certes contaminé beaucoup en Europe.

Au soir du premier tour des élections législatives, les militants bretons vont s’apercevoir, consternés de nouveau, que quasiment partout dans la Bretagne, les candidats Reconquête, NUPES, Rassemblement national, seront largement devant eux, dans toutes les circonscriptions de Bretagne. Ils vont s’apercevoir qu’en Loire-Atlantique, les votes pour les partis bretons terminent dans les dernières positions. Ils vont s’apercevoir que l’abstention massive et le vote blanc seront exponentiels par rapport au vote breton. Et ils ne se remettront toujours pas en question. Ils diront que c’est la faute à la sous médiatisation (eux qui auront refusé des tribunes qui leur étaient offertes). Ils diront qu’ils n’ont pas l’argent des grands partis. Mais s’en sont-ils déjà donnés les moyens ? N’ont-ils pas, eux aussi, des professionnels, des entrepreneurs, et des astuces, dans leurs rangs ? Ils se rallieront à la lutte contre « la menace d’extrême droite » ou « la menace jacobine » en Bretagne. Ils écouteront le Kan Bale an ARB le poing levé. Puis plus rien. Silence radio. En attendant les prochaines élections que la République française aura la bonté d’organiser.

Et pendant ce temps, nos villes de Bretagne deviennent des copies des métropoles françaises, où l’on peut crever à 18 ans renversé par un sous homme pratiquant le rodéo urbain sans s’inquiéter de son entourage. On peut crever de faim et vivre dans des conditions indignes parce que les salaires ne suivent plus, les taxes explosent, les impacts d’un monde ouvert s’abattent chaque jour un peu plus. On peut crever d’overdose, via la dope vendue à tous coins de rue désormais par des bandes organisées, identifiées, installées de fraîche date pourtant mais qui ont un peu plus d’influence en Bretagne que n’importe quel parti autonomiste breton. On peut se prendre un coup de lame ou de tesson de bouteille, à Rennes, à Nantes, ou se faire tripoter les seins, à Brest, par là encore, des individus dont les ancêtres n’avaient sans doute pas grand chose en commun avec Nominoë, Les Bonnets rouges, Cadoudal, Yann Sohier ou la famille De Rohan. Et pendant ce temps, on s’apprête à crever dans la rue d’ici quelques années parce que nos services d’urgence auront fermé. On s’apprête à avoir les dents qui tombent parce que plus assez de dentistes en Bretagne. On s’apprête à ne plus pouvoir être propriétaire, envahis par le haut que nous sommes sur les côtes et en ville, et à ne plus supporter d’être locataires ou bénéficiaires de logements sociaux, envahis par le bas que nous sommes également…

On s’apprête finalement à disparaître, dans quelques décennies, en tant que peuple civilisé, enraciné, heureux de « vivre ensemble ».

Mais l’essentiel, c’est surtout qu’on parle breton à Rennes et que Nantes revienne en Bretagne non ? Tas de c…!

Yann Vallerie

Précision : les points de vue exposés n’engagent que l’auteur de ce texte et nullement notre rédaction. Média alternatif, Breizh-info.com est avant tout attaché à la liberté d’expression. Ce qui implique tout naturellement que des opinions diverses, voire opposées, puissent y trouver leur place.

Crédit photo : DR
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12 réponses

  1. Tout-à-fait d’accord sur le constat en tant que nationaliste breton. Que faire à part voter Reconquête, non pas pour ses idées anti bretonnes mais pour la sécurité, premier devoir régalien de l’Etat ?

    1. D’accord aussi avec cet article pessimiste mais hélas très réaliste, mais pas au point de vous suivre pour voter pour Reconquête plutôt que pour le Parti Breton en dépit de la sympathie que j’éprouve pour EZ et ses idées pour lequel j’ai d’ailleurs voté au premier tour des présidentielles.

  2. Merci pour votre article, habitant Rennes depuis 30 ans, je suis consterné par la décrépitude de cette ville, 30% Melanchon…

  3. Dans la 6ème circonscription du Finistère , j’aurais pu me laisser tenter par un vote breton avant de voir la terrine des candidats qui veulent transformer l’Océan en piscine pour éoliennes . Je voterai donc pour un candidat du RN même si le normand Pennelle me gave !

  4. Bien vu. Les partis électoralistes bretons que vous citez sont à côté de la plaque. Inutile de s’attarder sur l’UDB dont la dangerosité pour l’essence bretonne est mille fois plus grande que celle des partis jacobins classés à l’extrême droite. Quant au Parti breton, on ne peut que reprocher comme à tout parti de droite ( même hexagonal) sa sacro-sainte peur de l’adversaire de gauche. Tout dans ce parti respire la fadeur, le « politiquement correct », la modération à tout prix pour laisser le Breton dans sa somnolence. Tout à l’image de leur drapeau et de leurs discours. Ces gens-là n’inspirent aucune confiance pour les suivre. Autant de raison pour les boycotter.

  5. J’avais approché le Parti Breton à ses débuts . J’avais été convaincu par les frères Divard que j’avais rencontrés dans leur maison de vacances à Crozon . J’ai participé à un congrès à Rennes et j’avais fait la connaissance de gens intéressants . Malheureusement le Finistère fut confié à des transfuges du PS qui cherchaient à se caser , enfin je suppose …
    Finalement je me suis présenté aux cantonales de 2004 pour le MRB . J’avais fait 1.43% .Il semblerait que les Bretons n’ont pas encore assez souffert …

  6. Enfin un coup de gu… qui fait écho à l’indignation ressentie par beaucoup d’entre nous ! Merci, même si les choses ne semblent pas prêtes à évaluer, ça soulage.

  7. Les essais visant à réduire ou supprimer les résidences secondaires fleurissent en ce moment chez nombre de partis politiques bretons.
    Bien que l’idée semble intéressante, elle bute sur un obstacle sérieux: les Bretons expatriés.
    Leur maison familiale au pays est-elle une résidence secondaire?
    Ce fut mon cas. Expatrié de 1977 à 2012, j’avais gardé ma maison à Tregastell pendant toutes ces années. Aurait-il fallu que je la vende pour ne plus être honni par ces Ayatollahs de la résidence secondaire ?
    Lisez le petit livre de Nil Caouissin et faites-vous une opinion.
    Pour ma part, je reste attaché à la liberté.

    1. Je suis, moi aussi, attaché à la propriété. Ce qui nous différencie de l’engeance rouge. Chacun est libre de louer son bien à qui, il veut, tout en restant responsable des maux qui pourraient advenir de ses locataires. Le problème de la multiplication des résidences secondaires ne concerne, à mon avis, que les biens achetés par les NON-BRETONS. Seules des taxes hautement dissuasives sur ceux qui n’appartiennent pas à notre communauté de sang et de culture, seraient à même de réduire notablement ce problème. Mais pour cela, il serait fou d’attendre quoi que ce soit de l’Etat franco-jacobin qui a toujours privilégié toutes les communautés, sauf la nôtre. Seul, un Etat national breton y pourvoirait.

  8. Il y a quand même une rubrique très lue dans les quotidiens bretons et pas sur Breizh-info : les avis d’obsèques. Mais il n’est pas très sûr que les partis bretons et leurs candidats soient pressés d’y figurer.

  9. La Bretagne est notre terre de Reconquête. Yann a entièrement raison dans son analyse. C’est pour cela que je suis membre de Reconquête et ai voté pour leur candidat ce matin. Sécurité et immigration sont les deux problèmes à résoudre avant toute chose. Les soi disants partis bretons nous polluent depuis 30 ans et n’ont pas fait avancer d’un iota l’idée bretonne.

Les commentaires sont fermés.

- Sécession la première parution de Yann Vallerie, rédacteur en chef de Breizh-info -

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