Estonie. Martin Helme (EKRE) : « Nous devons faire tout ce que nous pouvons afin que les Ukrainiens soient en mesure de stopper les Russes » [Interview]

Martin Helme est le président du Parti populaire conservateur d’Estonie (EKRE). Il a été ministre des Finances de son pays de 2019 à 2021. Lionel Baland l’a rencontré pour Breizh-info, et l’a interrogé. Une interview qui confirme une fois de plus la crainte majeure qu’ont de nombreux mouvements et personnalités, à l’Est, très divers pourtant, vis à vis des Russes. Une crainte qui en conduit énormément à ouvrir grand les bras aux Américains et à l’OTAN, vu comme des libérateurs…

Breizh-info.com : Quelle est la situation de votre parti ? De combien de députés disposez-vous ? 

Martin Helme : Nous avons 19 députés sur un total de 101, soit environ 1/5 du Parlement. Nous sommes dans l’opposition, mais, jusqu’au début de l’année dernière, nous prenions part au gouvernement. En ce moment, l’Estonie connaît une crise gouvernementale. En conséquence, nous ne savons pas ce qui va arriver.

Breizh-info.com : Quel est votre point de vue à propos de la guerre en Ukraine et de la Russie ? 

Martin Helme : Je partage l’opinion du Premier ministre britannique Boris Johnson : « Les Russes s’arrêtent quand ils sont arrêtés. » Nous devons faire tout ce que nous pouvons afin que les Ukrainiens soient en mesure de stopper les Russes. Et, bien sûr, je désire que les Ukrainiens récupèrent tous les territoires qu’ils ont perdus.

Breizh-info.com : Une minorité russophone vit en Estonie. Certaines, parmi les personnes qui la composent, votent-elles pour vous ? 

Martin Helme : Oui. Le nombre d’entre elles qui votent pour nous fluctue au fil du temps, mais elles représentent environ 10 % de nos électeurs.

Breizh-info.com : Combien de députés européens avez-vous ? Pensez-vous que, dans le futur, il sera possible de construire un grand groupe au sein du Parlement européen avec tous les partis patriotiques. 

Martin Helme : L’Estonie dispose de 7 députés européens et nous en avons 1. Je suis fortement partisan de cette option, mais je sais que cela est difficile et je suis conscient que cet objectif ne pourra être, éventuellement, atteint qu’après les prochaines élections européennes de 2024. Mais nous devrons travailler à cela. Les partis patriotiques et souverainistes qui sont opposés à plus de centralisation en Europe doivent coopérer, tant que possible.

Breizh-info.com : Quelles sont les relations que vous entretenez avec les partis nationalistes ou patriotiques des pays voisins ? 

Martin Helme : Nous sommes en bons termes avec le parti les (vrais) Finlandais. Nous entretenons des relations de travail avec un parti patriotique letton qui prend part au gouvernement de ce pays. Nous n’avons pas ce type de contact avec une telle formation politique en Lituanie, mais la scène politique y est très dynamique, donc la situation est un peu difficile. Nous avons des relations avec le Parti du Peuple danois et, bien sûr, avec les formations politiques membres du parti européen Identité et Démocratie auquel nous appartenons. Nous rencontrons celles-ci assez souvent et entretenons avec elles de très bonnes relations.

Breizh-info.com : Quel est votre opinion à propos de l’Intermarium, une possible future alliance des pays situés entre la mer Baltique, la mer Noire et la mer Adriatique ? 

Martin Helme : Cela dépend comment cette idée est appliquée. Mais, en tant que telle, elle a beaucoup de substance.

Vous êtes pour l’Otan ? 

Martin Helme : Oui, bien sûr. Je suis très inquiet car l’OTAN n’a pas bien effectué son travail de préparation et n’a pas assez planifié la défense sur son flanc est. Nous, les Estoniens, le disons depuis des années. Elle ne s’est pas assez préparée militairement à une éventuelle attaque russe et ne dispose pas d’assez d’armes pour la repousser. L’OTAN a beaucoup de travail à réaliser pour pallier rapidement cette carence. Mais, bien sûr, nous avons besoin d‘alliés.

Avec quel parti gouverniez-vous en Estonie ? 

Martin Helme : Nous étions dans le gouvernement avec un petit parti conservateur et un parti centriste. Ils sont notre choix naturel pour une future alliance, mais la scène politique estonienne est aussi très dynamique ! Nous n’excluons personne automatiquement, dans le cadre d’une participation au pouvoir. Mais, par exemple, nous avons tellement peu de points communs avec le Parti social-démocrate que nous ne pouvons quasi pas envisager de gouverner avec lui. Je ne l’exclus pas en parole, mais conçois mal, en pratique, un tel rapprochement.

En Estonie, un parti représentant la minorité russophone existe-t-il ? Est-ce un problème pour vous d’aller, dans le futur, au pouvoir avec lui ? 

Martin Helme : Oui, le Parti du centre capte la plus grande proportion d’entre eux.

À l’époque soviétique, 1/3 de la population d’Estonie était composé de Russes, qui avaient migré vers chez nous et sont pour la plupart restés. En conséquence, de nos jours, ¼ des électeurs sont russes ou russophones. C’est un fait. Dans une démocratie, fonctionnant normalement, ils doivent avoir une représentation dans la vie politique et le Parti du centre constitue une partie de celle-ci. Je ne vois pas un problème en cela. En revanche, des Russes vivant en Estonie sont ouvertement hostiles et, selon moi, ces gens doivent être expulsés vers l’étranger. Mais ce sont deux sujets différents.

Des monuments soviétiques existent-ils encore en Estonie ? 

Martin Helme : Oui, il y en a. Nous essayons de nous en débarrasser et il y a eu des débats très intenses à ce propos. Certains sont encore en place et d’autres ont été enlevés. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la discussion à ce propos est, à nouveau, intense.

Propos recueillis par Lionel Baland

Photo : DR

[cc] Breizh-info.com, 2022, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

7 réponses

  1. Martin HELME  » Nous devons faire tout ce que nous pouvons afin que les Ukrainiens soient en mesure de stopper les Russes » Je note qu’il dit NOUS, C’est-à-dire : Armons nous et partez! Si ce monsieur veut comme il dit stopper les russes, qu’il prenne un fusil et montre l’exemple.

    1. ben ouais! qu’il rejoigne bhl et laurent joffrin qui tentent de recruter avant d’aller sur le front!

  2. On comprend l’inquiétude de l’Estonie. En Ukraine comme en Géorgie, Vladimir Poutine a mis en oeuvre une tactique impérialiste fondée sur la présence de minorités russes, avec des revendications de plus en plus vives aboutissant à une répression « justifiant » une intervention militaire et la mise en place d’un pouvoir fantoche pour protéger la minorité russe. Le risque existe clairement dans les pays baltes. Poutine n’oserait pas ? Et pourquoi hésiterait-il devant l’Estonie s’il n’a pas hésité devant une Ukraine dix fois plus puissante ?
    A propos, quand vous écrivez « Une crainte qui en conduit énormément à ouvrir grand les bras aux Américains et à l’OTAN, vu comme des libérateurs… », vous avez sans doute voulu écrire « vus comme des protecteurs », mais votre lapsus est intéressant. Dans les pays baltes, le sentiment d’un rôle « libérateur » de l’OTAN existe : il y a encore une trentaine d’années, ces peuples étaient prisonniers de l’Union soviétique. A tort ou à raison, ils considèrent que la pression de l’OTAN a contribué à la chute du soviétisme et donc que l’OTAN a joué pour eux un rôle libérateur. Vladimir Poutine, dans son oeuvre de reconstitution de l’Union soviétique, réactive parallèlement ce sentiment.

    1. l’OTAN n’ a joué aucun role dans la chute du communisme , le communisme s’est effondré seul , du fait de la corruption , de l’idéologie , des options économiques folles .En revanche pour les pays de l’est ( POLOGNE, ETATS BALTES , UKRAINE surtout ,) la haine de la RUSSIE liée à l’histoire ancienne , est alimentée par les lobbies nationaux issus de l’émigration venant de ces pays depuis un siècle en particulier aux USA .En Pologne les familles possédant des parents aux USA sont nombreuses ;L’état profond US utilise ce levier pour leur vendre des armes , au détriment de l’UE et des pays européens , et harceler la Russie .un jeu dangereux qui peut finir très mal

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