Jean-Yves Le Gallou (La société de propagande) : « Goebbels et Boukharine étaient des amateurs » [Interview]

Voici un livre indispensable pour comprendre l’évolution mortifère de notre société occidentale : avec la société de propagande (éditions La Nouvelle Librairie) Jean-Yves Le Gallou frappe juste, et fort.

Si la propagande est un mot aujourd’hui difficilement assumable, cédant la place au terme poli de « communication », elle n’en demeure pas moins un des leviers de pouvoir les plus importants pour assurer l’unité et la cohésion des sociétés modernes. Ne disposant pas des mêmes moyens de coercition que les totalitarismes du XXe siècle, la société post-moderne doit assurer sa cohésion au moyen de dispositifs idéologiques de plus en plus efficaces, d’une propagande totale qui touche tous les aspects de la vie, du berceau au tombeau, à travers l’actualité, la publicité, les films, les séries, les jeux vidéo, les spectacles sportifs, les programmes scolaires, les fêtes officielles ou associatives, l’enseignement, etc.

La société occidentale contemporaine peut à bon droit être qualifiée de « société de propagande », une société où la propagande est massive et se trouve être le premier déterminant de contrôle du comportement social. Ce livre s’attache à examiner ce goulag mental imposé aux Européens afin d’y résister.

Et pour introduire votre future lecture..nous avons interrogé Jean-Yves Le Gallou

Breizh-info.com : Vous évoquez dans votre nouvel ouvrage le fait que nous vivons aujourd’hui dans une société de propagande totale, globale et mondiale. Quels exemples avez-vous de cette propagande généralisée ?

Jean-Yves Le Gallou : Pensez à la journée normale d’un de nos concitoyens : il se lève et branche la radio ou la télévision, 95% chances sur 100 pour qu’il tombe sur un média de grand chemin : ceux qui ne distinguent pas le vrai du faux mais prétendent nous dire où est le bien où est le mal. Il, elle, « iel », part au boulot : en voiture ou en transport en commun, et le, la, voilà exposé, é-ée, à des messages publicitaires qui l’incitent à consommer toujours plus et qui promeuvent l’homo festivus et le métissage : plus de 30% des publicités faisant figurer des couples sont ethniquement mixtes avec une nette préférence pour l’homme noir et la femme blanche.

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Dans les trains et les métros il sera de surcroit saturé de messages vocaux effrayants : « attention aux picks-pockets », « tout bagage abandonné sera détruit », « portez le masque », etc. Arrivé dans son entreprise – surtout s’il s’agit d’une multinationale – il devra respecter sa « charte éthique », veiller à « l’inclusivité » et adopter un comportement « éco-responsable ». Pendant la pause du déjeuner, il lui faudra tourner sept fois sa langue dans sa poche pour éviter toute blague « stigmatisante » qui pourrait le conduire devant le conseil de discipline. En rentrant chez lui il ingurgitera de nouveaux messages de propagande, avant d’aller faire ses courses dans un supermarché où il sera incité à « sauver la planète » dans le choix de ses yaourts ou du papier hygiénique. A la maison, les enfants de retour de l’école, pourront évoquer les cours reçus sur la tolérance envers les exigences de la communauté LGBT, le choix de leur orientation sexuelle, les bienfaits de la « diversité » ou les crimes de l’esclavage et de la colonisation. L’école ce n’est plus le grand enseignement c’est le grand endoctrinement. Enfin, petite soirée détente devant une série où le roi Arthur est noir et le wokisme en HD. Pour être complet je pourrai aussi évoquer la littérature, le sport spectacle et le théâtre judiciaire. Jamais à aucun moment de l’histoire les hommes n’ont eu la tête aussi gavée de propagande !

Breizh-info.com : Vous parlez d’un système qui s’emploie notamment à tout « simplifier » dans le but de créer un ennemi unique. Là encore, qu’entendez-vous par là ?

Jean-Yves Le Gallou : Une des règles de la propagande c’est la simplification et l’ennemi unique. L’ennemi des oligarques qui contrôlent les maîtres de la propagande est clairement défini : c’est l’homme fidèle à ses racines ethniques, culturelles, historiques, religieuses ; c’est le national, l’identitaire, le patriote, le catholique, celui qui est attaché aux permanences anthropologiques, aux valeurs traditionnelles et à son terroir. Et le même message de diabolisation est répétée, dupliquée, orchestrée par tous les canaux possibles.

Breizh-info.com : Parmi les grandes armes de la propagande, la publicité. En quoi celle-ci est-elle employée, aujourd’hui, à des fins de destruction de l’homme Européen ?

Jean-Yves Le Gallou : La publicité – 2% du PIB, une paille ! – est par nature réductrice : il s’agit de centrer l’homme sur l’acte d’achat. Mais publicité et propagande sont aussi intimement liées. La publicité est une arme au service du politiquement correct. Une arme à double détente : par les messages qu’elle délivre, par les médias qu’elle choisit de financer ou non. Un seul bénéficiaire à tout cela : l’idéologie progressiste, l’idéologie arc-en-ciel.

  • L’arc en ciel du drapeau sud-africain sur la « diversité »,
  • L’arc en ciel du drapeau LGBT,
  • L’arc en ciel de Greenpeace pour l’alarmisme climatique.

Breizh-info.com : Lorsque Chomsky et Herman ont rédigé le livre « La Fabrication du consentement » en 1988, il semblerait qu’ils étaient encore loin d’imaginer tous les aspects de la propagande médiatique en démocratie. Que n’avaient-ils pas vu émerger ?

Jean-Yves Le Gallou : Ce que j’essaie de montrer dans La société de propagande c’est que nous avons affaire à une propagande mondiale, à une propagande totale, à une propagande globale, qui va bien au-delà des seuls médias. Des scientifiques, des experts, des statisticiens, des sondeurs sont arraisonnés par l’idéologie dominante. La littérature – du Nobel au polar – est mise au service des minorités activistes. Les procès-spectacles – regardez ceux du Bataclan ou de l’attentat de Nice – ne sont plus utilisés pour faire émerger la vérité mais pour conditionner l’opinion. C’est fascinant.

Breizh-info.com : En quoi ce consentement fabriqué au sein de l’opinion est-il bien plus dangereux et pernicieux que les idéologies totalitaires du 20ème siècle ?

Jean-Yves Le Gallou : Goebbels et Boukharine étaient des amateurs (ou des copieurs) ! Le vrai maître de la propagande c’est l’américain Edward Bernays, neveu de Freud et auteur du maitre ouvrage Propaganda. Ses travaux sont antérieurs aux exercices des propagandistes des régimes nazis et communistes. C’est lui qui les a inspirés. Et surtout qui leur a survécu : ce sont ses méthodes d’influence qui continuent de gouverner nos esprits. On nous vend la guerre en Ukraine comme Bernays avait vendu l’entrée en guerre des États-Unis en 1917.

Un point important à signaler : le temps disponible en dehors des contraintes du travail extérieur ou domestique n’a jamais été aussi important qu’à notre époque. Ce temps consacré au divertissement n’est pas du « temps libre » mais du temps disponible pour le conditionnement. Le Grand Conditionnement.

Breizh-info.com : Pour faire face à ce déferlement, vous en appelez, vous aussi, à la Sécession et à la Reconquête. De quels outils puissants disposons-nous aujourd’hui pour se faire ?

Jean-Yves Le Gallou : La sécession doit être médiatique, territoriale, éducative, politique. Pour cela l’essentiel c’est le développement de notre esprit critique pour prendre du recul sur les lubies progressistes et les manipulations des médias comme des industries culturelles et de divertissement, L’esprit critique c’est la membrane protectrice du temps disponible de notre cerveau, assiégé par la propagande.

La reconquête ? C’est la reconquête de notre identité par le retour à la lecture et aux humanités.

Breizh-info.com : Qu’est-ce que la fenêtre d’Overton et en quoi est-il indispensable de la déplacer sur notre droite ?

Jean-Yves Le Gallou : La fenêtre d’Overton, du nom d’un juriste et politologue américain conservateur, explicite le champ des positions politiques dicibles dans l’opinion publique : Ce cadre se déplace – ou plutôt est déplacé – par ceux qui définissent le domaine des idées autorisées. C’est ainsi qu’au cours des trois dernières décennies des idées impensables sont progressivement devenues d’abord radicales, puis envisageables, acceptables, raisonnables, populaires, sinon obligatoires. Pendant que des idées initialement évidentes sont progressivement devenues critiquables, contestables, radicales, sinon extrémistes, voire interdites.

Breizh-info.com : Avez-vous un exemple ?

Jean-Yves Le Gallou : Oui, la liberté d’expression ! Nous sommes passés de « il est interdit d’interdire » à « la liberté d’expression, c’est liberticide, il faut la réguler ». « Réguler » ? C’est-à-dire censurer !

Il faut inverser le mouvement pendulaire de la fenêtre d’Overton et la ramener à droite toute !

Breizh-info.com : Les nations d’Europe centrale, dont la sortie de la société de propagande communiste est encore fraiche, doivent-elles être des boussoles pour les Européens de l’Ouest ? 

Jean-Yves Le Gallou : La glaciation communiste a été un conservatoire et c’est ce qui explique que les valeurs conservatrices ont encore leur place en Hongrie, en Pologne et, plus à l’est en Russie. Mais il faut rester vigilant la propagande progressiste et wokiste s’invite dans les grandes métropoles. Avec l’appui de l’État profond américain et du parti démocrate qui ont fait la peau de Trump en 2020. Résistons !

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
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3 réponses

  1. Ce que dit Jean-Yves Le Gallou de la fenêtre d’Overton est capital : la propagande résulte moins d’une manipulation imposée d’en haut que d’un déplacement du champ des idées et valeurs admises. Fonctionnaires, publicitaires et enseignants (il ne faudrait surtout pas les oublier, leur rôle est capital) ne s’inscrivent pas dans un complot idéologique, ils disent ce qu’ils croient qu’on attend d’eux qu’ils disent, et le rationalisent pour se l’approprier. C’est largement suffisant ! La fenêtre d’Overton glisse progressivement dans un certain sens, jusqu’à ce que des événements la perturbent en provoquant des réflexions et des émotions. Samuel Paty ou le Bataclan en sont des exemples.

  2. La fenêtre d’overton s’appelle de nos jours le politiquement correct . Et la propagande, la persuasion, sont malheureusement indissociable de la démocratie ….le problème naît du jour où tous les moyens pour faire passer certaines idées sont entre les mains d’un même clan ; nous y sommes.

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- Sécession la première parution de Yann Vallerie, rédacteur en chef de Breizh-info -

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