Algérie : catharsis de l’absence [L’Agora]

Brest

Une bonne guerre se finit toujours par une catharsis générale et sanguinaire. La victoire de 14, de 45. L’épuration, les femmes tondues. Obligatoire ! Le général Alcazar dans Tintin déplorait d’ailleurs ce sentimentalisme qui empêchait les gagnants de la Rivolouçion de massacrer du perdant.

Car la dernière mode ces 50 dernières années est au « pardon ». Très chrétien ça ! Faut pardonner à tout va. Les soldes du pardon. Galeries Mitraillettes. En Afrique-du-Sud, par exemple, tout le monde s’est pardonné. Les anciens tortionnaires de l’apartheid ont pardonné aux anciens assassins de l’ANC qui eux-mêmes ont fait des bisous aux anciens bourreaux de l’Inkatha zoulou. Cool ! En Irlande du Nord idem. Et au regard de l’exiguïté du territoire, les lascars d’autrefois se côtoient facilement dans les rues des centres-villes. Au Pays Basque, les « artisans de la paix » et l’organisation Bakebidea ont fait venir Gerry Adams, Kofi Annan, et quelques autres pour servir de médiateurs et de maîtres d’œuvre dans la sortie de conflit entre ETA et l’Etat espingouin. Résultat : quelques années après, les menacés de mort croisent facilement leurs anciens menaceurs. Et les policiers tortionnaires, leurs victimes. Il a fallu « pardonner » et proposer une solution aux anciens pistolleros. En Amérique du Sud, c’est aussi le processus qui est toujours en vigueur en Colombie puisque les FARC sont devenus un parti légal (Force Alternative Révolutionnaire Commune) et une Commission Vérité et Réconciliation a réglé la question des éventuelles poursuites contre l’une ou l’autre des parties. C’est con qu’Alfonso Cano soit mort, il aurait pu faire un deuxième gosse à l’assistante parlementaire de la Bétancourt et demander au président colombien d’être le parrain !

Tout cette pardonnerie nous vient des Sud-Africains au départ. Paix des Braves. Commission vérité machin. Amnistie. Réinsertion. Compteurs à zéro. Depuis ils exportent la méthode. C’est d’ailleurs une des seules choses que l’Afrique-du-Sud démocratique et multi-raciale exporte désormais.

Mais pourquoi est-ce que la Hamon nous parle de tout cela ?

Parce que près de chez nous, un conflit a été plus ou moins réglé de cette façon. Et cela nous concerne. Je veux parler de la décennie noire en Algérie ou « guerre civile algérienne » des années 90. Notre fidèle lectrice Yvette Prétet sait de quoi elle parle. Pour sortir du merdier, les Généraux ont dû proposer l’immunité aux anciens islamistes qui se sont plus ou moins réinsérés dans la société algérienne ou… chez nous ! Avec leurs couteaux et leurs fantômes.

Le problème de cette « solution Sud-Africaine » à la résolution des conflits, c’est qu’il n’y a pas de catharsis. Pas de gentils et de méchants officiels. Les victimes côtoient les bourreaux et personne ne sait plus qui a vraiment gagné. Quelle morale a été la bonne ? Quel camp a été le bon ? Aucun et tous.

 Et cela a pourtant de l’importance. Pour la Seconde Guerre mondiale, par exemple, l’Europe entière s’est relevée après 45 sur une certitude absolue : Hitler était le mal incarné et que les gentils avaient gagné. Les 30 Glorieuses ont presque fait oublier les horreurs de la décennie 40 et nous nous sommes tous construits sur le mythe de la France Résistante contre les salauds de collabos. C’est con, mais tout cela « fait nation » et « purge » les mémoires collectives.

L’Algérie post-62 s’est construite là-dessus également : le méchant était la France colonisatrice. Le gentil : le peuple algérien guidé par le FLN. Les traîtres : les harkis. Je ne sais pas où sont placés les Messalistes dans l’histoire par contre. A la place des cocus sûrement…

Par contre, le conflit des années 90 n’a pas fait l’objet de ce traitement binaire et « purgatoire ». Le FLN est resté au pouvoir mais, en même temps, la société algérienne a été islamisée et arabisée. C’était dans l’accord avec les barbus. La paix contre l’amnistie et l’islamo-arabisation de la société ! Notamment au niveau linguistique. Finalement, ce sont presque les barbus qui ont gagné ! Victoire culturelle au minimum…

Résultat : il existe des millions de personnes en Algérie qui sont devenues cinglées avec cette résolution « liquide » du conflit. Selon une étude suisse, 3 millions d’Algériens auraient besoin de soins psychiatriques car ils ne savent même pas si ceux qui ont tué leur famille étaient les bons ou les méchants ou s’ils étaient eux-mêmes dans le camp des vainqueurs ou des vaincus.

Il est évident que le mal-être des Algériens en France et notamment des jeunes vient également de là. Et, de la Grèce à l’Allemagne en passant en ligne droite par le Japon, l’on sait que les fins de guerre (civile pour la Grèce et 39-45 pour l’Allemagne) mal digérées donnent parfois des résurgences de violence des décennies après. Faute de catharsis et en raison de chapes de plomb non levées, les enfants voire les petits-enfants des anciens méchants tournent dingues. Le phénomène de la Fraction Armée Rouge allemande ou de l’Armée Rouge Japonaise prennent, par exemple, racine là-dedans.

On ne m’enlèvera pas de l’idée que cette catharsis non-réalisée, de cette « catharsis de l’absence », de la décennie noire algérienne a toujours des conséquences en France actuellement. Chez les nouveaux arrivants comme chez les descendants d’anciens immigrés. Que leur haine à notre égard mais aussi à l’égard de leur propre pays prend sa source dans une longue histoire ravivée par la guerre d’Algérie ET par la guerre civile des années 90.

Et c’est nous, Bretons et Français, qui devons gérer le poids de cette « catharsis de l’absence ». La France accueille, en effet, chaque année, des milliers d’immigrés souffrant de problèmes psychiatriques. L’assassin (« présumée » dira la loi) de la petite Lola faisant partie du lot… Elle s’en fait même une gloire de soigner toute la folie du monde ! Bah voyons ! Tout cela encombre nos hôpitaux psy, alors même, qu’en ces temps de post-confinement, nos nationaux ont déjà tant besoin de soins en la matière..

Anne-Sophie Hamon

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3 réponses

  1. Pour rester entre Français, il y a eu des drames épouvantables : par exemple, le grand résistant François Mitterrand a dû non seulement côtoyer, mais en plus rester ami avec le kollabo René Bousquet avec qui il avait sympathisé à Vichy.

  2. Et les Algériens se mettent très vite à l’anglais!…pour mieux pouvoir communiquer avec la CIA sans doute…
    Merci Anne-Sophie pour ce papier aussi véridique que savoureux!

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