Jean-Yves Le Drian méritait sa décoration pour « bons et loyaux services »

Privilège rare : Emmanuel Macron en personne a fait Jean-Yves Le Drian officier de la Légion d’honneur. Les invités (ministres, anciens présidents du Stade rennais, industriels de la Défense, élus bretons…) ont eu droit à un discours convenu que le président de la République a terminé par une phrase susceptible de plaire à tout le monde : « Vous avez puisé votre force tranquille dans l’universalisme républicain nourri au particularisme breton » (Le Télégramme, Bretagne, samedi 26 novembre 2022).

Effectivement, Macron avait une dette envers Le Drian. En effet, le jeudi 23 mars 2017, le ministre de la Défense nationale de François Hollande annonce son ralliement à Emmanuel Macron, alors candidat à la présidence de la République. L’une des raisons invoquées par Le Drian : « Comme la majorité des Français, je refuse que le choix de l’élection présidentielle se réduise à un choix entre l’extrême droite et une droite dure. Je ne me résous pas non plus à ce que la candidate du Front national soit en tête au premier tour. Devant les menaces qui existent et pour la capacité de la France à agir dans le monde, nous ne pouvons pas prendre ce risque. » (Ouest-France, vendredi 24 mars 2022). Et lors du meeting organisé au Zénith de Nantes, Jean-Yves Le Drian était assis au premier rang ; c’était la première fois que les deux hommes s’affichaient à un même meeting. L’ancien ministre de l’Economie s’est empressé de lui rendre « un hommage tout particulier » et de promettre de « poursuivre le travail entamé depuis cinq ans » par le ministre de la Défense en matière de lutte contre le terrorisme. « Il mène ce combat, sur tous les fronts, avec cet esprit de responsabilité, d’équilibre, et de respect de notre Etat de droit et de nos valeurs » (Le Télégramme, jeudi 20 avril 2017). Peu avant le meeting, Jean-Yves Le Drian a dit tout le bien qu’il pense d’Emmanuel Macron : « Il représente le rassemblement, la responsabilité, la confiance, l’optimisme, la détermination, et je me sens de plain-pied avec lui » (Le Monde, jeudi 20 avril 2017).

En Bretagne, tous les élus socialistes ne suivent pas Jean-Yves Le Drian dans son ralliement. La critique la plus vive vient de Marylise Lebranchu, ancien ministre et maire de Morlaix, qui soutient Benoît Hamon : « C’est moche et ce n’est pas ma conception de la politique. Ce choix va contre Benoît Hamon et les socialistes. Moi, je suis socialiste et de gauche. Aujourd’hui, Jean-Yves Le Drian se met à la bordure du PS. Dans son programme, Emmanuel Macron prévoit de s’occuper des gens qui vont bien. Pas des gens qui ne vont pas bien » (Ouest-France, Bretagne, vendredi 24 mars 2022). Même son de cloche avec Isabelle Thomas, député européen et porte-parole de Benoît Hamon : « Je suis profondément déçue. Le Jean-Yves Le Drian que je connais accordait beaucoup d’importance à la loyauté et à la parole donnée. Ce ralliement à Macron marque une rupture totale avec ces valeurs » (Ouest-France, Ille-et-Vilaine, vendredi 24 mars 2022)

Un bail de dix ans

Jean-Yves Le Drian a donc été ministre pendant dix ans. Cinq ans comme ministre de la Défense nationale de François Hollande et cinq ans comme ministre des Affaires étrangères d’Emmanuel Macron. Précédemment, il avait été secrétaire d’Etat à la mer dans le gouvernement d’Edith Cresson (18 mai 1991-2 avril 1992) ; il parvient alors à modifier le statut des dockers, ce qui lui vaudra d’être battu aux élections législatives de 1993. Il est également franc-maçon (Grand Orient de France). Philippe Giuglielmi, ancien grand-maître du GOD, dit de lui qu’il est un « maçon très fidèle » (Mediapart, 18 janvier 2016). Le Drian a été initié dans la loge Nature et philosophie de Lorient en 1982 (L’Express, 19 septembre 2012). Ce qui explique beaucoup de choses…

Voilà donc Le Drian officier dans l’ordre de la Légion d’honneur. Lorsqu’il était ministre, c’était lui qui distribuait les décorations en Bretagne et tout particulièrement dans son fief de Lorient. Il « arrosait » élus, patrons, copains… A tel point qu’on se demandait parfois les raisons d’une décoration ; ce fut le cas avec un obscur adjoint au maire de La Gacilly dont les mérites étaient minces. On peut supposer que les « frangins » bénéficiaient d’un traitement de faveur… Un élu LR du Morbihan racontait une blague qui faisait beaucoup rire : « Quand on croise une huile locale qui n’arbore pas la Légion d’honneur, on se marre : « Tiens, t’es fâché avec Le Drian ? ». (Le Canard enchaîné, 16 décembre 2015). Mais il lui manque la plus belle des décorations pour un Breton : l’ordre de l’Hermine.

Bernard Morvan

Crédit photo : DR

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7 réponses

  1. Il finira bien par l’avoir, le collier de l’Hermine, mais il l’aurait déjà eu s’il avait réussi à imposer à Hollande la réunification du pays. Maintenant, il habite Rennes, alors la réunification …, ce ne doit plus être un sujet essentiel pour lui.

  2. Pourri parmi les pourris, Le Drian est bien à sa place avec les amis de Macron. Bien au chaud, il a su quitter le radeau de la méduse socialiste pour se faire copain-copain avec le pire président de tous les temps et évidemment, il est récompensé à la mesure de sa trahison du peuple Français (et Breton !). Par contre, je lui suggère de faire gaffe que si Macron s’arrête trop brusquement il risque de se retrouver avec sa langue coincé dans le fion de Jupiter.

  3. Cet homme politique ne la mérite pas car il n’a cesser de penser à sa carrière et à son portefeuille comme nombre de ses collègues

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