1967 : un concert gratuit de Mireille Mathieu à Fougères

Breizh-Info s’arrêtera le 31 décembre s’il manque 60 000 euros

Depuis 2013, vous lisez Breizh-Info gratuitement. Le journal ne vit que de ses lecteurs : sans votre soutien d’ici la fin de l’année, il n’y aura pas de Breizh-Info en 2027.

23 200 € réunis sur 60 000 € (39 %) — il manque encore 36 800 €.

Publicité

Donner par PayPal
Virement ou chèque

Lire l’appel en entier

Chers lecteurs, chères lectrices,

Les caisses de Breizh-Info sont vides. Pour tenir une année de plus, il nous faut 60 000 euros avant le 31 décembre. Si cette somme n’est pas réunie, le site cessera de paraître, 13 ans après sa fondation.

Depuis 2013, Breizh-Info vous informe chaque jour, en accès libre : des articles, des enquêtes, des entretiens, une revue de presse quotidienne, et une voix bretonne qui dit ce que la presse installée tait ou travestit.

Pas un euro d’argent public

Pendant que les grands titres de la presse encaissent chaque année les aides publiques, Breizh-Info fonctionne sans subvention d’État, sans milliardaire actionnaire et sans la manne publicitaire des grands groupes. Cette indépendance a un prix : nous ne dépendons que de vous. Quand les dons ne suivent pas, personne ne vient combler le trou.

60 000 euros d’ici le 31 décembre

Cette somme correspond à une année de fonctionnement du journal, ni plus ni moins. Si chaque lecteur attend que les autres donnent, personne ne donnera. 2 minutes suffisent, ce soir plutôt que la semaine prochaine. 10 euros, 50 euros, 100 euros, 1 000 euros : chaque don compte. Et si vous le pouvez, optez pour un virement mensuel : c’est ce qui permet au journal de voir plus loin que le mois suivant.

Comment donner

PayPal : faire un don en ligne ([email protected])

Virement (mensuel si possible), à l’ordre de ASPA (pour Breizh Information)
IBAN : FR76 1220 6004 0056 0172 3120 604

BIC : AGRIFRPP822

Chèque à l’ordre de Breizh Information ASPA : BP 201, 29834 Karaez/Carhaix Cedex

Publicité

On pourrait écrire un ouvrage consacré aux hommes politiques qui sont venus se faire élire député en Bretagne. On peut citer quelques parachutés : hier Alain Madelin (Redon), aujourd’hui Matthias Tavel (Saint-Nazaire). Conséquence de la centralisation politique : à Paris, leur parti –  de droite ou de gauche – leur a attribué une « bonne » circonscription en Bretagne où ils pourront devenir député facilement. L’ouvrage « Michel Cointat – Itinéraire d’un homme politique de De Gaulle à Mitterrand » (éditions Jean  Picollec, 2022) raconte avec précision « comment ça se passe » ; son fils Alain Cointat  nous montre son père à la recherche d’une circonscription : Haute-Marne, Nîmes, jusqu’à ce que « Matignon » – c’est-à-dire le conseiller du Premier ministre Georges Pompidou chargé des investitures – lui propose Fougères ; il sera donc le candidat du parti gaulliste (UD-Ve République) pour les élections législatives de mars 1967. La campagne démarre le 4 janvier. Les militants sont nombreux : il y a ceux qui mettent sous plis les tracts, ceux qui téléphonent, ceux qui distribuent les journaux, ceux qui remplissent les salles, ceux qui collent les affiches… Heureuse époque !

L’arrivée du « général Fracasse »

Donc tout se présente bien jusqu’au 15 janvier. Ce jour-là, « la campagne prend une autre tournure. Le général Pierre Guillain de Bénouville annonce sa candidature. Ce compagnon de la Libération, proche de Marcel Dassault et ami de Mitterrand, est très connu des électeurs de la circonscription. Il les avait représentés à l’Assemblée nationale jusqu’en 1962. L’UNR l’avait exclu pour ses positions trop engagées en faveur de l’Algérie française (…) Candidat sans étiquette, Pierre de Bénouville, administrateur de sociétés, directeur de Jours de France, entre avec fracas dans la bataille. Surnommé « le général Fracasse », il organise une campagne à l’américaine. Dépense des sommes folles. Fait venir pendant plusieurs jours sur le champ de foire le grand cirque Bouglione et distribue 35 000 entrées gratuites aux électeurs. A chaque représentation, Pierre de Bénouville se produit sur la piste et prononce un discours de sa voix fluette et éraillée.

Il se présente à l’improviste au supermarché près des caisses. Dès qu’une ménagère, le cabas chargé, arrive pour payer, il se précipite : « Permettez à votre futur député de vous l’offrir ! ». Avec candeur, il tente d’autres actions saugrenues. Son journal Jours de France offre cinq minijupes à toutes les épouses des maires ruraux de la circonscription ! L’histoire ne dit pas si elles en ont fait bon usage… On n’a jamais vu un tel spectacle, une telle débauche d’argent. Du délire ! » Mais Alain Cointat oublie d’évoquer un « argument » formidable de la campagne de Bénouville : ce dernier fait venir Mireille Mathieu qui est à l’époque une immense vedette populaire – les électeurs ont droit à un concert gratuit. Notons qu’il faudra attendre la campagne présidentielle de 1974 pour voir des artistes se produire au profit d’un candidat, à savoir Valéry Giscard d’Estaing.

La création de la Brittany Ferries

Mais tout ce cirque ne paie pas puisque de Bénouville est largement distancé au premier tour et se retire. Quant à Michel Cointat, il est élu au second tour avec 622 voix de plus que le député sortant, Jean Le Lann (CNIP). A l’époque le cumul des mandats étant habituel, le député est élu maire de Fougères en mars 1971 et siège au conseil régional de Bretagne dont il est vice-président. « Il s’engage dans le projet audacieux de la Brittany Ferries de son ami, le Breton Alexis Gourvennec : création d’une société de transport maritime sous pavillon français pour accélérer le développement économique et touristique de cette région. Celle-ci pourra exporter ses productions en Angleterre et en Irlande et attirer par ces navettes une nouvelle clientèle de visiteurs (…) Il faut un véritable opérateur maritime pour assurer des liaisons transmanche. Dans cette perspective, il prend la présidence d’une société d’économie mixte (la Sabemen). Elle a pour objet d’alléger la dette de l’exploitant en assurant le portage des navires. C’est ainsi que la Brittany Ferries voit le jour. Sa flotte va se développer et la société connaître un bel essor », poursuit  Alain Cointat. Notons que l’armateur français CMA CGM va entrer au capital de la compagnie Brittany Ferries, dont les finances ont été fragilisées par la crise sanitaire, en convertissant en actions l’argent qu’elle lui avait prêté en septembre 2021. Les 25 millions d’euros de soutien financier sont donc transformés en actions, ce qui signifie une participation de CMA CGM dans le capital de la Brittany Ferries à hauteur de 12 %. « CMA CGM avait souscrit pour 10 millions d’euros d’obligations convertibles de Brittany Ferries et lui avait prêté 15 millions. » (Le Télégramme Economie, mercredi 15 mars 2023).

Pour revenir à 1967, on ne s’étonnera pas que de Bénouville ait pu mener « une campagne à l’américaine » puisque son sponsor s’appelait Marcel Dassault ; on sait que ce dernier était habitué à financer les campagnes électorales et les partis politiques – de droite et de gauche, sans oublier le Front national. Mitterrand, Lecanuet, Marchais et les autres passaient à son bureau situé au rond-point des Champs Elysées… Mais Alain Cointat a omis de nous préciser qui a financé la campagne de son père Michel Cointat ; on peut répondre à sa place : les fonds secrets de Matignon.

Bernard Morvan

Crédit photo : Heinrich Klaffs via Wikimedia (cc)
[cc] Breizh-info.com, 2023, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

4 réponses à “1967 : un concert gratuit de Mireille Mathieu à Fougères”

  1. Paul Delorme dit :

    Bonjour,

    Dommage qu’il n’y ait pas de lien sur le concert…

  2. J adore mireille

  3. Gaï de ROPRAZ dit :

    La Politique, c’est toujours -et cela restera- une histoire de pognon.

    Et rien ne changera. Il suffit de se demander pour quelles bonnes raisons, la plupart des politiques, lorsqu’ils perdent leur poste, jouissent de leur salaire (Mirobolant, c’est à dire bien superieur à la moyenne nationale) pendant plusieurs années ensuite, quand ce n’est pas à vie. Et qui finance ? Nous, le peuple abruti qui paye obscurement, sans le moindre « Merci », ses impôts qui nous sont imposés.

Publicité

LES DERNIERS ARTICLES

serbie

International

Serbie : Aleksandar Vučić reconnaît sa défaite, la Liste des étudiants décroche la majorité absolue

International

Brésil : Lula réélu après une remontée inédite, Flávio Bolsonaro demande l’annulation du scrutin

Ensauvagement, Politique

Grenoble : un car de sympathisants du RN attaqué à coups de barres de fer

Rugby, Sport

URC : le Leinster renverse le Munster, Édimbourg toujours invaincu en tête

A La Une, Culture, Culture & Patrimoine, International

Ferapth, rappeur français contre le régime communiste cubain : « Je veux être un porte-voix français pour les Cubains » [Interview]

Religion, Tourisme

The Way to Jerusalem : on a embarqué sur le Pélerinage de Jaffa à la ville Sainte [Chapitre 1]

Sociétal

Trappes : le verdict avant l’enquête

Economie, Ensauvagement, International, Sociétal

Émeutes en France : les annulations se multiplient dans le tourisme

International

Immigration légale : l’Union européenne a délivré un record de 3,9 millions de premiers titres de séjour en 2025

Sociétal, Tribune libre

Les émeutes en France sont-elles le reflet d’un karma collectif ? [L’Agora]

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.