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Histoire de Bretagne. A la rencontre de Cadoudal (épisode 2)

Remise en contexte

Le premier épisode a retracé une bonne part de la vie de Cadoudal de sa tendre enfance et de ses engagements étudiants jusqu’à son engagement dans la chouannerie et s’est achevé, à la suite de l’échec de la seconde chouannerie, sur la prise de commandement de Georges Cadoudal de l’armée chouanne du sud de la Bretagne le 20 août 1799.

La troisième chouannerie

Le 15 septembre 1799, une importante réunion se tient entre les différents chefs chouans mais tous ne sont pas d’avis de reprendre les combats et certains préfèrent négocier avec une république qui met à feu et à sang la Bretagne. Devant ces réticences, le sang de Cadoudal ne fait qu’un tour et il se met à tonner « la guerre ! ». Il est finalement imité par les autres chefs Chouans se joignant à lui pour réclamer à grands cris la reprise des combats.

Un mois plus tard, ce qui est désormais la troisième chouannerie éclate et son succès s’avère fulgurant pour les troupes chouannes. Le jour même de la révolte, les Chouans s’emparent du Mans, plusieurs raids sont couronnés de succès tels que celui sur Nantes le 20 octobre, puis sur Saint Brieuc six jours plus tard. De nombreux prisonniers sont libérés et viennent grossir les rangs chouans. Cadoudal marche le 29 octobre à la tête de sa division d’Auray et s’empare de Sarzeau, ville symbolique, le premier signal de l’insurrection dans l’Ouest s’y étant déclaré le 13 février 1791. De nombreuses munitions sont récupérées ainsi que deux canons. Le chef chouan fait également relâcher les prisonniers républicains contre la promesse de ceux-ci de ne plus se battre contre les Chouans. De nombreuses escarmouches sont encore remportées par Cadoudal et ses hommes malgré les renforts républicains qui reprennent peu à peu du terrain. Mais un coup de tonnerre vient ébranler la situation le 18 brumaire de l’an VIII, soit le 9 novembre 1799. Ce jour-là un jeune général originaire de Corse, Napoléon Bonaparte, réussit son coup d’Etat et devient de facto le nouvel homme fort au pouvoir en France. Bonaparte supprime dès lors la loi des otages, rétablit la liberté religieuse et entame des négociations avec les royalistes.

Cadoudal craint que l’élan chouan ne soit brisé et prend dès lors des mesures drastiques. Il interdit les mariages sous peine de mort dans son armée et menace de fusiller tout homme qui déserterait.

Malgré cela, le Morbihannais est finalement contraint par la situation de se rendre à une conférence de paix avec ses généraux. Ces derniers sont opposés quant à la marche à suivre, certains voient d’un bon œil les propositions de paix offertes par ce nouveau régime bonapartiste, d’autres souhaitent poursuivre la guerre. Bonaparte profite cependant de ces négociations pour renforcer son armée à l’Ouest qu’il fait progresser en Bretagne après avoir signé la paix avec les derniers généraux vendéens dans les premiers jours de l’année 1800.

Face à l’importance de l’armée républicaine, Cadoudal doit se replier pour regrouper ses forces. La bataille finit par s’engager entre Chouans et républicains mais le brouillard et le manque de discipline militaire des Chouans, dont la plupart sont paysans et n’ont pas été formés au métier des armes, jouent en leur défaveur. Quatre cents Chouans mourront ce jour-là, se sacrifiant pour leur liberté et leurs traditions contre trois cents morts du côté républicain.

Cette bataille se révèle finalement être un échec pour les deux partis et Cadoudal se résout à traiter. Le général républicain Debelle aurait harangué le général chouan en lui disant qu’il était chargé de la part du Premier Consul de lui offrir « le grade de général de division et un commandement dans l’armée de Moreau ; en cas de refus, de lui envoyer sa tête », ce à quoi Cadoudal répond « Ma tête ! pour cela, il faudrait l’avoir, et je ne suis pas disposé à la céder. »

Georges Cadoudal se résigne et capitule finalement le 10 février 1800.

Le petit corse et le gros breton

Deux semaines plus tard, il rencontre le Premier Consul au palais des Tuileries. Toutefois, bien que Bonaparte soit impressionné par la stature et la prestance du « géant breton », Cadoudal ressort furieux de sa deuxième entrevue avec Bonaparte s’écriant « Oui oui, il change de ton, son pouvoir l’enivre… ce petit homme que j’aurais pu étouffer entre mes bras. Oh ! Il ne m’engageait point à prendre du service, il commandait, il ordonnait, il parlait en maître. Pacification, amnistie, tout cela n’est qu’un leurre. Attendons, et bientôt nous serons sous les verrous. »

Dédaignant les offres du consul qui lui propose même le grade de général de brigade, Cadoudal quitte Paris et s’embarque pour l’Angleterre afin de rencontrer le comte d’Artois, frère du défunt Louis XVI. Il est nommé chef de l’Armée catholique et royale de Bretagne et prend dès lors le commandement de l’ensemble des forces chouannes présentes en Bretagne.

Le chef chouan rentre en Bretagne avec la promesse du premier ministre britannique d’un renfort de 30.000 soldats anglais s’il réussit à en lever le double. La Bretagne chouanne est réorganisée et divisée en neuf régions aux ordres des lieutenants de Cadoudal.

La marche victorieuse de Bonaparte contre les Autrichiens à Marengo vient cependant bouleverser tout espoir de Cadoudal de voir les renforts anglais débarqués sur les côtes bretonnes. Le premier consul, face au refus de Cadoudal de le servir dans une armée républicaine qu’il avait passé son temps à combattre, décide de changer de stratégie et ordonne qu’on pourchasse le « gros Breton » et qu’on le fasse exécuter au plus vite. Plusieurs agents sont envoyés par le chef de la police Fouché afin d’assassiner le chef chouan, sans résultats.

Cadoudal ne reste pas sans réagir et envoie en représailles trois de ses officiers à Paris afin de mettre fin aux jours du Premier Consul. N’ayant pas reçu plus d’instruction sur la manière d’agir de la part de leur chef, les trois Bretons confectionnent une machine infernale qui explose en faisant 22 victimes sans toutefois parvenir à atteindre leur véritable cible. La répression s’abat rapidement sur la Bretagne qui est quadrillée par les troupes républicaines qui parviennent à arrêter et exécuter le plus proche ami de Cadoudal ainsi que son frère cadet.

Cadoudal se réfugie alors en Angleterre et y demeure de mars 1802 à août 1803, temps qu’il met à profit afin de préparer sa revanche contre Bonaparte. L’objectif est de rallier à sa cause certains chefs républicains opposés à la politique bonapartiste, tels que le général Moreau et le général Pichegru et de placer ce dernier provisoirement à la tête de l’Etat après s’être débarrassé du Premier consul.

Le 21 du mois d’août, Cadoudal débarque en Bretagne avec plusieurs de ses lieutenants. Le secret de leur arrivée en terre chouanne ne fait cependant pas long feu et Fouché, apprenant le retour du chef chouan grâce à l’interception d’un courrier de l’un de ses lieutenants, lance une vague d’arrestations. Plusieurs fidèles du colosse breton sont arrêtés et soumis à la torture. Les noms des principaux auteurs de la conspiration sont alors révélés et les généraux Moreau et Pichegru sont également mis aux arrêts.

Georges Cadoudal est finalement arrêté le 9 mars 1804 à Paris et malgré son héroïque résistance, le géant breton finit par succomber face au nombre d’assaillants.

Après plusieurs interrogatoires durant lesquels Cadoudal refuse de donner le nom de ses complices et assume pleinement sa volonté de restaurer un Bourbon à la tête de l’Etat, il est conduit à la prison du temple. Attendant sa mort dans la même prison où Louis XVI et Marie-Antoinette avaient vécu leurs derniers instants avant l’échafaud, Cadoudal ne regrette rien de son engagement si ce n’est d’être parvenu à le rendre victorieux.

Le 25 juin 1804, celui qui, pendant plus d’une décennie s’était battu contre les troupes républicaines afin de permettre aux Bretons de conserver leur foi et de remettre un souverain légitime à la tête de l’Etat, est monté à l’échafaud après avoir refusé l’amnistie qu’on lui proposait si ses hommes ne pouvaient en profiter également.

Confessé auprès de son abbé, le colosse breton ne redoute pas la mort et s’écrie trois fois « Vive le roi » avant que le couperet de la guillotine ne mette fin à sa vie.

Gwenn Mamazeg, Auditeur de la promotion Homère de l’Institut Iliade

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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