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La saga médiévale Les Piliers de la Terre, de Ken Follett, reste bien connue notamment pour sa description de l’édification d’une cathédrale. Elle fait l’objet d’une superbe bande dessinée.
Le premier album, qui se déroule en Angleterre, au XIIème siècle, commence par un prologue. Le royaume est ravagé par une famine. Un navire, parti des côtes normandes vers l’Angleterre, sombre lors d’une tempête. L’unique héritier du roi d’Angleterre fait partie des victimes. Une seule personne survit. Bien plus tard, à Londres, Stephen profite du décès de son oncle le roi pour se faire couronner, avec l’appui de nobles et de clercs subjugués par ses promesses. Pendant ce temps, suite aux témoignages d’un prêtre, d’un moine et d’un chevalier, un homme soupçonné d’avoir volé un calice dans une église va être pendu sur la place publique. Ellen, sa femme, prise pour une sorcière, leur promet de mourir dans d’horribles souffrances…
Le récit débute véritablement en 1139, au château du comte de Shiring. William Hamleigh est éconduit par Dame Aliena, la fille du Comte Bartholomew, qui refuse de l’épouser. Dans une colère noire, il jure d’obtenir ce qu’il veut, de gré ou de force. Il arrête les travaux de la maison qu’il avait fait construire pour eux. Dès lors, les bâtisseurs et artisans n’ont plus de travail. Tom, modeste maître bâtisseur, rêve alors de construire la plus grandiose des cathédrales. Lui et sa famille prennent la route pour chercher du travail ailleurs. Mais c’est l’hiver. Sa famille souffre du froid et de la faim. En chemin, en pleine forêt, après une attaque de bandits, la femme de Tom meurt en couches. Tom abandonne le nourrisson et repart avec sa fille et son fils. Pris de remord, il fait demi-tour, mais le nouveau-né a disparu. Il rencontre alors la troublante Ellen, rebelle et solitaire, vivant dans la forêt avec son fils Jack. Ils lui viennent en aide et lui révèlent que le bébé a été secouru par un moine. Ensemble, ils prennent la route, bravant le froid. Ellen devient rapidement la compagne de Tom. À quelques lieues de là, le frère Philip se rend à l’abbaye de Kingsbridge, en crise depuis la disparition du prieur.
Dans le deuxième album, Tom, Ellen et leurs enfants arrivent à Kingsbridge. Ils sont accueillis par les moines et le père Philip, le nouveau prieur. Découvrant que la cathédrale est en piteux état, Tom se propose d’en devenir le maître bâtisseur. Mais le père Philip n’a pas les moyens de le payer. Cependant, la nuit, un incendie ravage le toit de la cathédrale. L’édifice s’écroule rapidement. Tom, qui a aidé Philip à sortir le cercueil de Saint-Adolphe, le patron de la cathédrale, lui propose, en échange du gite et du couvert, de la reconstruire. Philip doit d’abord chercher un financement et en parle à l’évêque Waleran…
Publiée en 1989-1990, la saga médiévale Les Piliers de la Terre, de Ken Follett, à l’important succès (15 millions d’exemplaires), avait déjà eu les honneurs d’une série télévisée produite par Ridley Scott, d’un jeu vidéo, d’un jeu de plateau et d’une comédie musicale. En plus de la construction d’une cathédrale, l’architecture gothique remplaçant la romane, elle décrit la croissance de Kingsbridge, de village reculé à grande ville, ainsi que la richesse croissante des marchands, au point qu’ils sont capables de tenir tête à l’aristocratie féodale.
C’est au tour d’une bande dessinée, qui se développera en 6 tomes, de raconter cette histoire médiévale. Dans la préface de ce tome 1, Ken Follett révèle sa satisfaction devant cette adaptation particulièrement soignée. C’est Didier Alcante, admirateur de Ken Follett, qui tenait à la réaliser. Il reste connu pour La Bombe, bande dessinée en noir et blanc retraçant les étapes qui ont mené à la création des premières armes atomiques des États-Unis : Trinity et Little Boy. Il nous offre un scénario fluide et respectueux du texte original, malgré quelques coupes inévitables. Les différentes intrigues présentées dans le premier tome s’entremêlent dans le tome suivant. L’importance du projet éditorial permet de bien présenter les caractères des personnages, notamment Tom et Philip, auxquels le lecteur s’attache rapidement. Didier Alcante explique que « Tom est obnubilé par la construction d’une cathédrale, à laquelle s’ajoute une dimension religieuse, très importante au Moyen-âge. Il cherche à rendre gloire à Dieu, à lui offrir quelque chose de beau et d’éternel » (Casemate n°174, décembre 2023, p. 32).
Le dessinateur Steven Dupré, par son trait réaliste, reconstitue à merveille l’Angleterre du XIIème siècle, notamment ses châteaux, monastères, églises et cathédrales. Pour y parvenir, il a bénéficié de l’aide du fils de Didier Alcante, qui a reconstitué la cathédrale fictive de Kingsbridge en maquette 3D. Certains cadrages sont superbes, comme la vision de Kingsbridge, vue d’en haut, sous la neige, en dévoilant toute la majesté. La colorisation de Jean-Paul Fernandez est de toute beauté.
Le respect du détail est dû à l’aide précieuse d’un Docteur en Histoire de l’Université de Namur, Nicolas Ruffini- Ronzani.
Kristol Séhec
Les Piliers de la Terre, t. 1, Le Rêveur de cathédrales, 104 pages, 19 euros ; t. 2, Le Feu de Dieu, 88 pages, 17,50 euros. Editions Glénat.
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