Il est des matins qui s’ouvrent dans une lumière trompeuse, comme si le ciel s’ingéniait à masquer la tragédie prête à surgir. À Minneapolis, ce mercredi d’août 2025, les enfants de l’école catholique de l’Annonciation prenaient place dans les bancs de leur église pour la première messe de l’année scolaire. On avait choisi comme devise les mots du prophète Jérémie : « Un avenir rempli d’espérance ». Tout semblait respirer la paix, les vitraux baignés de soleil, les voix enfantines récitant le Psaume 139, invocation candide à l’amour de Dieu. Puis vint le fracas, vitres éclatées et métal rugissant, et l’innocence s’effondra.
L’assassin n’était pas un inconnu. Robin Westman, vingt-trois ans, ancien élève de l’établissement, avait changé de nom en 2020, lorsque ses parents obtinrent de la justice du Minnesota la reconnaissance de sa transition, de Robert à Robin. La famille, issue de cette bourgeoisie libérale de Saint Paul qui fait profession de modernité, s’était félicitée de cette mutation, drapant son fils des couleurs du drapeau trans. Mais l’âme de Westman n’était qu’un chaos. Dans sa chambre, les enquêteurs ont retrouvé des carnets griffonnés en anglais et en alphabet cyrillique, saturés de haine antijuive et antichrétienne. Ses armes étaient couvertes d’inscriptions sacrilèges : « Où est ton Dieu », un Christ percé d’un couteau sur une cible de tir. Sur ses chargeurs, cette formule abjecte : « Six millions n’étaient pas assez ». Et dans son journal intime, cette phrase glaçante : « Je ne le fais pas pour un message, je le fais pour moi, parce que je suis malade ».
Tout est là : un être brisé, prisonnier d’une identité trans qu’il regrettait, mais dont il n’osait se défaire, englué dans une haine tournée à la fois contre lui-même et contre le monde. Ses carnets exhalent une fureur sans objet, un désordre mental fait de slogans militants, de références aux tueurs de masse, d’obsessions antisémites et de blasphèmes antichrétiens. « Free Palestine », « Tuez Trump », « Israël doit tomber », autant de graffitis rageurs tracés aux côtés de croix inversées et de listes macabres. Un bric-à-brac de névroses où se mêlent l’idéologie et la démence.
La presse américaine, fidèle à son lexique, parla d’« active shooter », comme si la formule standard pouvait contenir l’horreur. Mais derrière les chiffres, deux enfants morts, quatorze autres blessés, il y a la réalité nue : un peuple qui ne sait plus protéger ses sanctuaires. Les prêtres, les parents, les maîtres jetèrent leurs corps pour couvrir les petits. En vain. Pour nous, Européens, imaginer une messe de rentrée scolaire conclue dans le carnage demeure presque inconcevable.
Ce drame s’inscrit dans une mécanique plus vaste. L’Amérique officielle, gouvernée par des démocrates prisonniers de leurs totems, a choisi l’idéologie au détriment de l’ordre. La police de Minneapolis, démoralisée depuis l’embrasement de 2020 du Black Lives Matter, réduite à moins de la moitié de ses effectifs, ne peut plus remplir son rôle. Les écoles catholiques, jadis havres de discipline, deviennent des cibles pour des esprits en ruine. Le FBI, contraint par l’évidence, a qualifié l’attentat d’acte de terrorisme intérieur visant les catholiques.
Mais dans l’heure même où les corps des enfants étaient encore chauds, le maire Jacob Frey choisit d’instrumentaliser le drame. « J’ai entendu beaucoup de haine dirigée contre notre communauté trans », déclara-t-il, détournant l’attention des victimes vers la protection d’un récit idéologique. Et, comme si l’indécence n’avait pas de limite, il ajouta qu’il ne fallait pas se contenter de prières, oubliant que les enfants priaient lorsqu’ils furent fauchés. Le gouverneur Walz, la vice-gouverneure Flanagan, l’Attorney General Ellison, ces mêmes figures qui, en 2020, avaient attisé l’incendie des rues après la mort de George Floyd, se montrèrent incapables d’expliquer comment leur « État refuge » avait livré des enfants à la mitraille.
Andy Ngo, journaliste indépendant, a noté avec raison que l’occultation est devenue réflexe. À Nashville, en 2023, lorsque la tireuse Audrey Hale, trans également, massacra six personnes dans une école chrétienne, l’identité de l’assassin fut minimisée et son journal occulté. Deux ans plus tard, la même mécanique se reproduit : silence sur le profil, prudence dans les mots, renversement de l’accusation contre ceux qui posent des questions. Ainsi, le sang des enfants s’efface derrière l’injonction de « ne pas stigmatiser ».
Guillaume Faye avait annoncé cette convergence des catastrophes : crises identitaires, chaos social, effondrement spirituel, dissolution de l’autorité. À Minneapolis, tout cela se noue dans une même scène. Le progressisme se flatte de défendre la vie, mais il engendre la mort. Les sanctuaires deviennent des abattoirs, les familles sont seules, l’État détourne le regard.
Carl Schmitt avait donné la clef : l’essence du politique est la distinction de l’ami et de l’ennemi. Un État qui refuse de désigner l’ennemi cesse d’être un État. À Minneapolis, l’ennemi était là, palpable : une idéologie haineuse, un militantisme transgressif transformé en délire homicide. En refusant de le nommer, en accusant au contraire ses concitoyens de « haine », Jacob Frey a confirmé que l’État moderne, lorsqu’il se nie lui-même, abdique sa raison d’être et ouvre la voie à la guerre civile larvée.
Ernst Jünger aurait pu dire que les sociétés modernes, lorsqu’elles se dissolvent, n’offrent plus à leurs membres que deux issues : la fuite dans l’anarchie ou la fuite dans le nihilisme. L’assaillant de Minneapolis incarne tragiquement cette seconde voie. Mobilisé par le néant, il n’avait plus d’autre horizon que sa propre destruction, mais il voulut qu’elle fût partagée par les plus innocents.
Ainsi se rejoignent Faye, Schmitt et Jünger : la tempête annoncée, l’ennemi nié, le nihilisme armé. Minneapolis, ville sanctuaire proclamée du progressisme, est devenue l’autel sacrificiel d’une idéologie qui dévore ses propres enfants.
Reste le silence des familles, un silence qui n’appelle ni slogans, ni sermons idéologiques, mais la vérité. Pourquoi tant d’énergie pour protéger une idéologie, si peu pour protéger les innocents ? Pourquoi l’autel de l’Annonciation s’est-il mué en boucherie ? La réponse se lit dans les pierres ensanglantées : une société qui sacrifie ses enfants pour sauver ses dogmes est une société qui a déjà choisi la mort.
Balbino Katz, chroniqueur des vents et des marées
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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