Mise à jour du mardi 2 juin, 9h00

Le medical examiner de Hennepin County a publié ce lundi un communiqué officiel sur la cause de la mort de George Floyd le 25 mai. Il la décrit ainsi : « Cardiopulmonary arrest complicating law enforcement subdual restraint, and neck compression » (arrêt cardio-pulmonaire suite à immobilisation forcée et compression du cou).

Le médecin légiste fait ainsi un pas en arrière par rapport à ses premières déclarations (reprises dans l’acte d’accusation contre le policier Derek Chauvin). Selon celles-ci, la cause du décès était triple : le geste du policier, l’état de santé de la victime et l’usage d’une substance non déterminée. Le communiqué ne retient finalement que la première. Mais il ouvre une bouteille à l’encre en l’assortissant d’« other significant conditions » (autres problèmes de santé notables) : George Floyd souffrait d’artériosclérose et de cardiopathie, il était intoxiqué au fentanyl et venait de consommer de la méthamphétamine. Il est probable que le procès de Derek Chauvin se jouera en partie sur le sens du mot « significant ».

Deux experts mandatés par la famille de la victime, Michael Baden et Allecia Wilson (l’un blanc, l’autre noire), ont de leur côté affirmé lundi que la mort est due à une asphyxie et contesté tout problème de santé préexistant. Les médias qui avaient ignoré les premières conclusions du médecin légiste se sont empressés de répercuter cette opinion divergente…

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De quoi est mort George Floyd à Minneapolis ? Question facile ! Tout le monde a pu voir dans une vidéo qu’il est mort étouffé sous le genou du policier Derek Chauvin. Et telle est la version presque unanimement répandue par la presse, sans parler des réseaux sociaux, qui ont déjà bouclé l’enquête, organisé le procès et rendu leur verdict. Or, en l’état, c’est une fake new.

Derek Chauvin a appliqué à George Floyd une technique bien connue, autorisée depuis longtemps dans certaines unités de police américaine, le neck restraint. Cette prise issue du jiu-jitsu est destinée à compresser l’une des veines jugulaires avec le genou. Elle n’a pas pour but de couper la respiration. De toute évidence, une personne qui parvient à crier : « I cannot breathe » (je ne peux pas respirer) respire encore. Cependant, le sujet est alors couché sur le ventre, position qui rend la respiration difficile, a fortiori si ses mains sont maintenues derrière le dos.

George Floyd n’est pas mort par asphyxie

Il ne s’agit pas ici de justifier la technique du neck restraint, contestée au sein même de la police américaine, encore moins l’usage qu’en a fait Derek Chauvin sur un suspect dont le comportement, les vidéos en témoignent, n’était pas violent. Il s’agit de souligner le contraste entre l’unanimité de la presse et des réseaux pour désigner « l’arme du crime », le genou du policier, et leur silence presque aussi unanime pour relater les conclusions de l’autopsie.

Celle-ci n’est pas encore publiée in extenso mais ses premiers résultats sont formels : George Floyd n’est pas mort par asphyxie ou strangulation du fait du neck restraint. Son décès est probablement dû tout à la fois à la combinaison de son immobilisation par la police, de son mauvais état de santé (maladie cardiaque et hypertension) et de la consommation d’une substance non déterminée. Les vidéos sont d’ailleurs éloquentes : George Floyd marche avec difficulté et doit être soutenu par deux policiers pour traverser la rue. Il s’effondre sur lui-même au moment de monter dans la voiture de police, avant toute violence policière.

L’autopsie, il est bon de le souligner, n’a pas été réalisée par un médecin dépendant de la police mais par le medical examiner de Hennepin County. Le statut de medical examiner, étroitement réglementé par la loi du Minnesota, assure l’indépendance de son titulaire, qui est obligatoirement un pathologiste ayant une qualification en médecine légale.

Des informations inexactes rarement rectifiées

L’attention de la presse et du public a évidemment été accaparée par les émeutes qui secouent les États-Unis depuis le 25 mai. Cependant, un souci d’exactitude de l’information aurait au moins dû conduire la presse à rectifier ses commentaires antérieurs sur la cause du décès de George Floyd. Beaucoup de lecteurs n’ont entendu parler de l’autopsie que lorsque la famille du défunt a annoncé son intention de faire réaliser une contre-autopsie par un expert de son choix ! En l’occurrence, elle aurait désigné le docteur Michael Baden, 85 ans, ancien medical examiner de New York et vedette médiatique.

Les lecteurs français ont-ils été mieux informés ? Pas vraiment. Néanmoins, au détour d’un article sur Derek Chauvin, francetvinfo.fr a cité un extrait de l’acte d’accusation évoquant explicitement les premières conclusions de l’autopsie. Seul RT France a publié un article consacré au sujet, sous le titre : « Une première autopsie indique que George Floyd ne serait pas mort asphyxié, la famille conteste ». Notons que le public belge a été mieux traité : rtbf.be a publié un titre explicite le 30 mai. Plusieurs autres organes belges ont titré sur la contre-expertise annoncée par la famille, faisant état ipso facto de l’autopsie conduite à Minneapolis.

Alors que les résultats de l’autopsie étaient connus depuis deux jours, Anne-Claire Coudray assurait encore le 31 mai, dans le journal de 20 heures de TF1, que George Floyd est mort « étouffé ». À ce jour, aucun site spécialisé dans les fausses nouvelles ne s’est emparé du sujet.

E.F.

Illustration : Manifestation aux États-Unis le 26 mai 2020, photo Fibonacci Blue via zh.m.wikipedia.org.
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