Une enquête réalisée par Odoxa pour Acadomia entre le 25 juin et le 3 juillet 2025 auprès d’un échantillon représentatif de 1 001 collégiens et lycéens et de 360 parents apporte un éclairage inédit sur le rapport des jeunes aux réseaux sociaux. Contrairement aux clichés d’addiction incontrôlée, les adolescents apparaissent lucides face aux dérives numériques, et plutôt enclins à modérer leurs usages.
Les jeunes prêts à limiter leur usage
Selon l’étude, 76 % des adolescents accepteraient de supprimer un réseau social si celui-ci générait de l’anxiété. Plus d’un sur deux (54 %) se dit même prêt à limiter sa consommation à une heure par jour.
Parmi les autres gestes d’autorégulation évoqués :
- 70 % renonceraient aux réseaux sociaux après 21 h ;
- 70 % désactiveraient les notifications de leurs applications.
Seule la perspective d’un arrêt complet reste minoritaire, mais près d’un tiers des jeunes (30 %) se disent malgré tout prêts à franchir ce cap radical.
Les parents favorables à l’interdiction avant 15 ans
Les résultats révèlent une convergence surprenante entre générations. 79 % des parents se déclarent favorables à l’interdiction des réseaux sociaux avant l’âge de 15 ans, et 67 % des adolescents considèrent également que ce serait une bonne mesure.
Autre donnée marquante : 59 % des collégiens et lycéens approuveraient l’interdiction du téléphone portable dans l’enceinte scolaire, une idée plébiscitée par 79 % des parents. Les collégiens, déjà soumis à des restrictions plus strictes, soutiennent davantage l’interdiction du portable, tandis que les lycéens adhèrent plus à l’idée d’un accès limité aux réseaux sociaux avant 15 ans.
Des risques bien identifiés
Les jeunes ne se font pas d’illusions : les réseaux sociaux ne sont pas un espace sécurisé. L’enquête souligne que :
- 46 % des adolescents se sont déjà sentis mal en se comparant aux autres ;
- 35 % ont cru ou relayé de fausses informations ;
- 29 % ont été contactés par des personnes malveillantes ;
- 18 % ont subi des insultes ou du harcèlement en ligne.
Les filles sont plus exposées à certains de ces risques : 51 % d’entre elles déclarent avoir souffert de comparaisons sociales (contre 41 % des garçons) et 26 % regrettent des publications passées (contre 20 % chez les garçons).
L’étude révèle aussi un paradoxe du côté des parents. 78 % affirment être prêts à limiter leur propre usage des réseaux sociaux pour montrer l’exemple, mais seulement un tiers estime que ce serait « très facile » à appliquer.
Les mères et les parents plus jeunes (25-34 ans) se montrent plus sceptiques quant à leur capacité à réduire leur consommation numérique, soulignant que la dépendance aux réseaux n’est pas l’apanage des adolescents.
Ce sondage Odoxa pour Acadomia bouscule les idées reçues. Les adolescents apparaissent bien plus conscients qu’on ne le pense des effets négatifs des réseaux sociaux et ouverts à des mesures de régulation, y compris contraignantes. Les parents, de leur côté, plébiscitent des règles strictes mais reconnaissent leur propre difficulté à s’appliquer ces principes.
Dans un contexte de débats récurrents sur l’encadrement du numérique, cette étude souligne une réalité paradoxale : loin d’être une génération perdue dans l’écran, les jeunes se disent prêts à reprendre le contrôle… à condition que les adultes montrent réellement l’exemple.
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Une réponse à “Réseaux sociaux : des ados prêts à s’autoréguler, des parents favorables à des règles strictes”
Cette enquête, présentée comme une photographie « inédite » du rapport des jeunes aux réseaux sociaux, est en réalité une opération de communication dangereuse et trompeuse.
D’abord, il faut rappeler qui commande et diffuse ces chiffres : Acadomia, multinationale du cours particulier qui s’est bâtie en fragilisant le service public d’éducation, en marchandisant les inégalités scolaires et en alimentant l’idée que l’École ne peut remplir seule sa mission. Faire mine aujourd’hui de s’inquiéter de la santé et des usages numériques des jeunes, c’est surtout chercher à redorer l’image d’une officine qui prospère sur l’échec scolaire organisé.
Ensuite, ces résultats sont à manipuler avec la plus grande prudence :
– Un sondage de 1 000 adolescent·es ne reflète en rien la complexité des pratiques numériques de millions de jeunes.
– Le caractère « volontairement édifiant » des chiffres (70 %, 76 %, 79 %…) témoigne plus d’un storytelling que d’une réalité scientifique.
– La mise en avant du « consentement » des jeunes risquent surtout de masquer les véritables urgences : éducation critique aux médias, lutte contre le cyberharcèlement, régulation des plateformes numériques, soutien psychologique et éducatif dans les établissements.
Le plus dangereux, c’est que cette scénarisation des résultats laisse croire que le problème est réglé parce que « les jeunes eux-mêmes sont prêts à se restreindre ». C’est une façon de déresponsabiliser les plateformes et les pouvoirs publics, en déplaçant la charge sur les adolescent·es au lieu de réguler les géants du numérique.
En résumé : loin de bousculer les idées reçues, cette enquête ne fait que renforcer les clichés utiles à Acadomia : des jeunes dociles qu’il faut encadrer, des parents inquiets auxquels on vend des « solutions » privées, et un service public d’éducation une fois encore minoré.
Quelle arnaque !