Municipales 2026 : Rennes, Nantes, Brest, trois métropoles bretonnes, trois scrutins sous tension

À un peu plus de deux mois du premier tour des municipales (15 mars 2026), les trois principales métropoles bretonnes — Rennes, Nantes et Brest — offrent un même décor général et pourtant trois scénarios distincts. Partout, les équipes sortantes cherchent à verrouiller dès le premier tour, en agrégeant autour d’elles les forces amies. Partout, les oppositions tentent de transformer des mécontentements très concrets (sécurité du quotidien, logement, circulation, fiscalité locale, services publics, propreté, sentiment d’abandon de certains quartiers) en dynamique électorale. Et partout, la question de l’abstention plane comme une épée de Damoclès, car c’est souvent elle qui décide, à la fin, de la taille réelle des blocs politiques.

Au-delà des étiquettes, un point commun s’impose : dans les trois villes, la campagne se structure moins autour de grandes idées que d’un rapport de force entre coalitions, avec des stratégies parfois assumées de “pacte dès le premier tour” pour éviter les fusions tardives et les fractures du second.

Nantes : Johanna Rolland vise un troisième mandat, la gauche se rassemble, la droite tente l’union

À Nantes, la maire sortante Johanna Rolland a annoncé très tôt sa volonté de briguer un troisième mandat. Sa stratégie a consisté à consolider, étape par étape, un bloc municipal large. Les écologistes, d’abord tentés par une campagne autonome, ont fini par choisir l’alliance dès le premier tour : la cheffe de file écologiste Marie Vitoux, désignée à l’automne 2024, a lancé sa dynamique au printemps 2025, mais le mouvement “Ambitions communes” a finalement voté l’option d’un accord avec le Parti socialiste. Dans la foulée, d’autres formations de la majorité sortante se sont alignées : communistes, autonomistes bretons de l’UDB, radicaux de gauche, et même une structure locale comme Debout! ont acté leur ralliement à la campagne de la maire sortante.

Cette construction d’alliance est un signal politique clair : la gauche nantaise veut limiter au maximum les inconnues du premier tour. Dans une ville où les seconds tours se jouent souvent à la marge, sécuriser un socle électoral stable, puis élargir, est un réflexe de pouvoir.

Face à ce bloc socialiste-écologiste, la campagne de La France insoumise a connu un parcours heurté. Désignations, difficultés internes, puis reprise : au final, William Aucant a été confirmé à l’automne 2025, avec Erika Cadersah comme colistière. LFI revendique un programme “de rupture” et cherche à capter l’électorat qui estime que l’alternance n’est pas possible tant que le débat se résume à un duel entre la mairie sortante et une droite rassemblée. Mais une question pèse : en cas de second tour serré, la logique “barrage” reprendra-t-elle le dessus ? Certains élus insoumis ont laissé entendre qu’une jonction pourrait être envisagée au second tour, sous conditions. La tête de liste insoumise, elle, refuse d’en faire un axe et renvoie à la campagne et au contenu.

Sur la gauche radicale, Nantes voit aussi l’apparition ou la confirmation de listes en ordre dispersé : le NPA-Révolutionnaires, Lutte ouvrière, et un collectif citoyen “Nantes populaire” lancé par Margot Medkour. Ces initiatives ne pèsent pas nécessairement lourd en voix, mais elles peuvent compliquer le premier tour, en grignotant des points ici ou là, et surtout en imposant des thèmes (logement, coût de la vie, précarité) qui obligent les autres à se positionner.

À droite et au centre, la séquence a été marquée par une primaire interne côté LR, remportée par surprise par Foulques Chombart de Lauwe. Cet épisode a ralenti, puis finalement relancé, les négociations avec le centre, dans un attelage annoncé de longue date avec Sarah El Haïry : accord de principe sur une liste commune, avec une répartition des rôles (le maire d’un côté, la présidence métropolitaine de l’autre). L’union a été officialisée à la mi-novembre, ce qui donne à ce bloc une chance réelle de se qualifier solidement au second tour. La question, classique à Nantes, reste celle du plafond électoral : au-delà du socle, l’union droite-centre doit convaincre des électeurs flottants, parfois tentés par l’abstention, parfois par un vote “protestataire”.

Enfin, le Rassemblement national a désigné Jean-Claude Hulot comme candidat dès septembre 2025, avec un soutien évoqué de l’UDR. Là aussi, la clé sera double : la capacité à dépasser les seuils de maintien (10 %) et la question des transferts de voix au second tour.

Rennes : la majorité sortante verrouille à gauche, l’opposition veut faire du quotidien un référendum local

À Rennes, bastion socialiste de longue date, la maire Nathalie Appéré a annoncé sa candidature à un troisième mandat à l’automne 2025. La majorité sortante a choisi un dispositif large : accord dès le premier tour avec le collectif écologiste Confluences (qui réunit notamment des écologistes et des régionalistes bretons), ralliement du Parti communiste, et appui de plusieurs composantes satellites. L’objectif est transparent : éviter une répétition du scénario de 2020, où les écologistes avaient pesé lourd en autonomie au premier tour, avant recomposition.

L’équation rennaise, cependant, ne se réduit pas à une mécanique d’appareils. Le débat public local est tendu, et l’on voit remonter des sujets qui pèsent partout en France mais prennent à Rennes une coloration particulière : la crise du logement (dont la pression étudiante), la propreté et le cadre de vie, et surtout la sécurité. La campagne rennaise a été marquée par un discours d’opposition qui insiste sur l’idée d’un “déni” municipal, notamment sur l’insécurité et les incivilités (n’importe quel rennais reconnait que la ville n’est plus la même qu’il y a 20 ou 30 ans)/

Le principal bloc d’opposition s’est structuré autour de Charles Compagnon, avec une coalition allant du centre à la droite, et l’appui de figures issues de plusieurs familles (Horizons, Renaissance, MoDem, UDI et divers profils). Cette liste met en avant une approche “terrain” et un récit d’alternance : police municipale renforcée, vidéoprotection, lutte contre les incivilités, mais aussi maîtrise de l’urbanisme et promesse d’une “écologie du quotidien” distincte de l’écologie idéologique. La coalition insiste également sur l’emploi, l’attractivité et le rayonnement, avec des projets d’équipements et une posture pro-développement.

Sur sa droite, une liste LR autonome conduite par Thomas Rousseau existe, mais son espace politique paraît étroit si la coalition Compagnon capte l’essentiel des électeurs de droite et du centre. À l’autre extrémité, le RN a investi Julien Masson et tente de crédibiliser l’axe sécuritaire en s’entourant d’un profil issu du monde policier.

À gauche de la majorité, La France insoumise a désigné la très controversée Marie Mesmeur comme tête de liste à l’automne 2025, après une phase de chefs de file. Mais la configuration rennaise est compliquée par des tensions internes, avec l’émergence d’une liste concurrente. Dans un scrutin à deux tours, LFI joue souvent une partition risquée : faire un score suffisant pour peser, sans pour autant donner l’impression d’un simple marchepied vers une fusion déjà écrite. L’alliance PS-écologistes-communistes dès le premier tour réduit mécaniquement la capacité de LFI à se rendre incontournable.

Le point qui pourrait tout déplacer, à Rennes plus qu’ailleurs, est la participation. Les municipales précédentes ont montré une abstention massive et ont fait que les socialistes ont été réélus par une minorité de Rennais. Dans une ville à forte mobilité (étudiants, jeunes actifs, déménagements), la sociologie électorale change vite et l’inscription sur les listes ne suit pas toujours. Or, une participation basse avantage en général les blocs les mieux organisés.

Brest : Cuillandre repart, l’union PS-écologistes est scellée, mais des lignes de fracture subsistent

À Brest, le maire socialiste François Cuillandre vise un cinquième mandat malgré un bilan catastrophique en matière de sécurité notamment. Là aussi, la majorité sortante cherche à sécuriser le premier tour : alliance de l’UDB dès septembre 2025, puis accord conclu début décembre entre socialistes et écologistes, avec une liste commune intitulée “La gauche unie pour Brest”. Les deux partenaires mettent en avant une méthode : clarifier tôt pour éviter les fusions “dans la douleur”.

Cet accord ne gomme pas toutes les divergences. Deux sujets ressortent nettement : d’une part, la question du projet de stade (Arkéa Park), sur lequel les positions ne sont pas identiques ; d’autre part, la sécurité et l’idée même d’une police municipale, sujet sur lequel les sensibilités diffèrent. Mais la coalition parie que ces lignes de fracture ne sont pas, à ce stade, des “lignes rouges” au point de faire exploser l’union.

En face, plusieurs candidatures viennent morceler l’opposition. Le Rassemblement national a choisi Yves Pagès. La France insoumise a acté une liste, avec Cécile Beaudouin tête de file de “Brest Insoumise”. Au centre et à droite, Stéphane Roudaut a déclaré sa candidature à l’automne 2025, avec un soutien annoncé de l’UDI, tandis que d’autres ambitions ont été évoquées plus tôt (candidature LR non validée, réflexion de profils locaux, déclarations sans investiture). À Brest, la compétition pourrait donc se jouer sur deux registres : la capacité du bloc sortant à maintenir un score élevé dès le premier tour, et la capacité des oppositions à se qualifier ou à fusionner efficacement.

À côté des blocs politiques structurés, la campagne brestoise voit également émerger une candidature atypique, issue des quartiers populaires et extérieure aux partis traditionnels. Début janvier 2026, Nazim Yenier, figure locale connue sous le surnom de « berger du quartier », a officiellement annoncé sa candidature aux municipales à la tête de la liste La Vague citoyenne, qu’il présente comme « 100 % brestoise » et indépendante de toute formation politique.

Cette entrée tardive mais assumée dans la course électorale s’articule autour d’un thème central : la sécurité dans les quartiers populaires. Nazim Yenier a choisi de structurer son annonce autour d’un projet chiffré de création d’une police municipale armée, visible et permanente. Le dispositif proposé prévoit 100 agents, répartis entre un commissariat central au port de commerce et deux antennes de quartier à Bellevue et Pontanézen, avec l’intégration des effectifs actuels de la brigade de tranquillité urbaine. Le coût annuel est estimé par le candidat à 7 millions d’euros, soit environ 3 % du budget total de la Ville de Brest.

Au-delà de la sécurité, le candidat met également en avant la réhabilitation du logement social, qu’il juge abandonné par les politiques publiques, et annonce la création d’un adjoint municipal dédié à l’accompagnement des victimes, chargé de coordonner un soutien psychologique, juridique et, le cas échéant, financier. Une approche qui se veut pragmatique et centrée sur les conséquences concrètes de l’insécurité dans certains secteurs de la ville.

Nazim Yenier reconnaît toutefois partir avec des moyens limités. Sa liste reste à compléter, avec un objectif de 55 colistiers avant la date limite de dépôt. Il revendique une démarche avant tout citoyenne, fondée sur l’adhésion au projet plus que sur l’ambition d’obtenir des postes. Dans un paysage brestois largement dominé par l’union de la gauche autour de François Cuillandre, La Vague citoyenne pourrait néanmoins capter une partie d’un électorat populaire en quête d’alternatives locales, notamment sur les questions d’ordre et de tranquillité publique.

Trois villes, une même question : qui contrôle le second tour ?

Dans ces municipales 2026, les règles du jeu sont identiques partout : il faut 10 % pour se maintenir au second tour, 5 % pour fusionner. Cette mécanique produit presque toujours le même effet : les appareils cherchent à verrouiller au premier tour, tandis que les listes “charnières” cherchent à franchir les seuils pour négocier ensuite.

À Nantes, la fragmentation à gauche peut compliquer le chemin de la maire sortante, mais l’union écologistes-PS réduit le risque majeur. À Rennes, la force du bloc sortant dépendra en partie de l’ampleur du vote “sécurité et cadre de vie” capté par l’opposition. À Brest, l’union à gauche est un atout réel, mais l’existence de sujets sensibles (stade, sécurité) pourrait nourrir une campagne plus nerveuse que prévu.

Au fond, le vrai juge de paix sera la participation. Si l’abstention reste massive, les coalitions les mieux installées conserveront un avantage. Si, au contraire, une partie des électeurs décrocheurs revient voter — sur le logement, l’insécurité, la fiscalité, ou simplement l’envie de sanctionner — alors les équilibres pourraient bouger, surtout à Rennes et Nantes où la bataille de l’alternance est plus explicitement posée.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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6 réponses à “Municipales 2026 : Rennes, Nantes, Brest, trois métropoles bretonnes, trois scrutins sous tension”

  1. Per Manac'h dit :

    Sous tension de quoi ? Tous bien français et jacobins ! La Bretagne n’a rien à espérer de cette clique de médiocres qui perpétuent la colonisation de la Bretagne et de son peuple……

  2. Pschitt dit :

    À Nantes, l’alliance socialistes-écologistes peut paraître « naturelle » puisqu’ils dirigent en commun la ville depuis 2020 après avoir fusionné entre les deux tours des municipales. Y aller ensemble au premier tour évite aux écologistes de prendre un risque inutile. Les autres partis de gauche (PCF, UDB…) présents plus ou moins symboliquement autour de Johanna Rolland étaient incapables de figurer seuls de manière crédible. En revanche, Margot Medkour pose sûrement un problème à l’actuelle maire de Nantes, car elle jouit d’une aura certaine chez l’extrême-gauche non encartée et risque d’attirer les voix de tous ceux qui, à gauche, voudraient « que ça change ».

    Côté Foulques Chombart de Lauwe, en revanche, l’alliance dès le premier tour avec Sarah El-Haïry est probablement une erreur stratégique majeure. Pas tant à cause des origines familiales et des préférences sexuelles de la jeune femme (il est bien possible qu’elles aient un rôle dans l’isoloir, cependant) que de sa fabrication politique ex-nihilo par le centre macroniste, son absence de charisme personnel et son statut budgétivore à la tête d’un haut-commissariat créé pour elle par le Premier ministre de l’époque. L’alliance choisie par Foulques Chombart de Lauwe lui assure peut-être dès le premier tour les voix de l’électorat macroniste nantais — qu’en reste-t-il ? — mais rejette vers le RN l’électorat de droite hostile au président de la République. Ainsi renforcé, le RN a toutes les chances de dépasser les 10% fatidiques et de se maintenir au second tour, auquel cas c’est probablement fichu pour Foulques Chombart de Lauwe. Qui se tire une balle dans le pied supplémentaire en invitant Christelle Morançais, présidente de la région des Pays de la Loire, à participer à sa campagne, au risque de faire fuir son électorat « rattachiste ».

  3. Jotglars 66 dit :

    On prend les mêmes et on recommence….PS et groupuscules ultra gauche dans le même lit avec les écolos et une partie des traîtres macronistes retrouvant leur vrai ADN de gauche. LFI attend le second tour pour se positionner dans la logique ancienne :  » n’importe quoi sauf le RN  » ! La maire sortante sera élue et Breizh Info récoltera les pleurs et gémissements des nantais devant l’insécurité permanente !

  4. Questionneur dit :

    Nantes, Loire-Atlantique ou Bretagne?

  5. Oubli dit :

    Sur Brest vous oubliez, la liste citoyenne de gauche : Nouvelle Vague avec Sébastien Muscat.

  6. RAYMOND NEVEU dit :

    Eh oui Pér ce n’est encore une fois que le Bal des Jacobins dont il n’y a rien à attendre. La méprisable tambouille pas seulement de gauche mais ce sera la même chose avec le magma centriste et droitiste et quant au sous doué sans Humanités il n’y a rien à en attendre!

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