Dans son discours traditionnel devant les ambassadeurs tenu le 08 janvier, le président Macron a tenu des propos plus tournés vers le passé que vers l’avenir et semblait regretter l’évolution des choses. En l’écoutant, je pensais à cette phrase de son prédécesseur Charles de Gaulle, qui, lui, prenait en compte les temps futurs en disant : « Il n’y a pire déformation de l’esprit que de prendre les choses telles qu’elles sont et non telles qu’on voudrait qu’elles soient. » Ainsi, il déplorait « la douceur de la lampe à huile, la splendeur de la marine à voile, le charme du temps des équipages » mais admettait que le monde changeait et qu’il était nécessaire de s’adapter à ce changement.
Emmanuel Macron refuse l’évolution du monde
En premier lieu, il déplore que les États-Unis s’affranchissent des règles internationales. Il semble oublier que ces règles, édictées au lendemain de la seconde guerre mondiale, correspondaient au projet mondialiste que le CFR (Council on Foreign Relations) voulait promouvoir au travers de la création de l’ONU et de sa charte. Bien que le mot « globalisation » soit souvent employé dans les discours français, il est le terme américain qui désigne la mondialisation. Cette mondialisation a eu comme corollaire l’établissement de relations « multilatérales « entre groupes d’Etats afin d’établir des espaces de « libre-échange » à l’intérieur de la zone ainsi formée. Ces zones de libre-échange devaient se généraliser et, par une sorte de « transitivité », finir par se rejoindre faisant ainsi de la planète un espace de libre échange dans lequel les personnes, les capitaux et les biens pourraient circuler sans aucune entrave.
Mais tout ceci n’était qu’une « vue de l’esprit », essentiellement développée par la Commission Trilatérale au milieu des années 1970 et destinée à convaincre les peuples des bienfaits de ce système idéal. Néanmoins, qui dit « droit international » doit penser à l’autorité qui, en cas de litige, serait sollicitée pour trancher les différents. Et là, les choses sont beaucoup moins claires.
Emmanuel Macron, pour tenter d’y répondre, c’est lancé dans un plaidoyer pro-mondialiste destiné à redéfinir ce chaînon manquant. Il propose que les grandes puissances du G7 s’unissent avec les grandes puissances émergentes pour réformer à la fois la « gouvernance mondiale et l’ONU ».
Emmanuel Macron semble dénier l’existence d’un monde multipolaire
En refusant ainsi d’accepter ce qui s’affirme chaque jour d’avantage comme étant une réalité, il semble muré dans ses propres certitudes et tente de réanimer un débat déjà clos. Le G7 n’a plus la puissance dominante qui lui a permis, dans les décennies précédentes, d’imposer au reste du monde la domination occidentale. De plus, le retour de plus en plus probable du peuple américain vers l’isolationnisme (qui a toujours été son penchant naturel), pose la question du maintien de l’Amérique dans les grandes conférences internationales, du moins dans leurs formes actuelles.
Mais la réalité est là. Aujourd’hui, les BRICS+ représentent 40 % du PIB mondial et le G7 seulement 29 % . Bien-sûr, d’aucuns feront certainement remarquer qu’il s’agit de résultats donnés en PPA (équivalent en pouvoir d’achat) et non pas en données brutes exprimées en milliards de dollars. Comme les BRICS+ utilisent de plus en plus pour leurs échanges commerciaux internes leurs propres monnaies, il semble normal de transcrire ces chiffres en PPA.
Mais il n’y a pas que les BRICS. Un nombre croissant de pays optent également pour utiliser d’autres monnaies que le dollar américain, ce qui va probablement rapidement poser un problème pour cette monnaie de moins en moins internationale et de plus en plus « fiduciaire ».
Une seule politique : celle du toujours plus
Depuis des décennies, nos dirigeants « européistes » (j’allais écrire « pléonasme, sortez des rangs! ») nous ont habitué au sempiternel «si l’Europe ne fonctionne pas, c’est parce qu’il n’y a pas assez d’Europe ! » Or, on constate que cette Union Européenne qui devait nous apporter tous les bienfaits possible, est en train de se « détricoter » très rapidement. Non parce qu’on a pas assez fait, mais au contraire parce qu’on en a trop fait. On a cru qu’en supprimant les frontières et les identités des peuples européens, c’est à dire les nations, on pourrait, avec une sorte de fédéralisme au rabais que Philippe Seguin avait dénoncé en son temps, enfin prouver la viabilité de la mondialisation future. L’Union Européenne allait devenir l’appartement-témoin de ce monde en voie d’achévement. Cela n’a pas marché car les peuples n’en veulent pas.
Emmanuel Macron veut faire la même chose pour imposer une gouvernance mondiale. Il veut transférer la souveraineté des nations à un ensemble supranational pour favoriser l’émergence d’une gouvernance mondiale. Il compte bien utiliser le prochain sommet du G7 à Evian pour faire avancer les choses dans ce sens, contre tout réalisme.
Et il nous fait même l’aveu de son déni : « Moi, je ne peux pas m’habituer à ce qu’on est en train de vivre ».
En d’autres termes, cela s’appelle nier la réalité des choses. Et cette réalité, c’est qu’aujourd’hui les quatre-cinquième de la population mondiale ne veulent plus de cette gouvernance mondiale qui leur ôte leur rôle de citoyen pour le réduire à celui de consommateur.
Jean Goychman
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