Nouvelle France, la fin de la présence française en Amérique (bande dessinée).

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Une superbe bande dessinée nous fait découvrir la Guerre de Sept Ans à travers les batailles nord-américaines du XVIIIe siècle. C’est l’occasion de se souvenir de la présence française en Amérique.

En 1754, dans la vallée de l’Ohio. A force de vivre au milieu d’une tribu shawnee, l’éclaireur français Pierre Larchange s’est entiché d’une jeune, jolie mais fragile squaw, Lune Pâle, fille d’un chef indien. Ils vivent quelques années de bonheur avec leur fils, à la belle saison sur une rive du fleuve, et l’hiver dans le camp indien. Mais Lune Pâle tombe malade et meurt.

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Larchange confie alors l’éducation de l’enfant au père de sa femme. Il rejoint le Fort Duquesne, sur le territoire de la Nouvelle France, faisant face aux Anglais aidés par les iroquois. Un matin d’hiver, le marquis Joseph de Jumonville sort du fort avec un détachement pour tenter une négociation avec les Britanniques. Un officier ennemi se présente : c’est le jeune George Washington. Mais lors de la négociation, le guerrier iroquois Akaash assène un violent coup de tomahawk à Jumonville, le tuant sur le coup. Larchange se lance à sa poursuite et parvient à le capturer. Il ramène Akaash au fort pour qu’il y soit jugé. Mais les officiers français, et notamment par vengeance le frère de Jumonville, préfèrent accuser les Anglais de ce meurtre, ce qui permet de légitimer la guerre. Parce qu’il est en désaccord, Larchange reçoit le lendemain un ordre de mobilisation vers l’Europe. Il passe dire au revoir à son fils, élevé par une femme dans une ferme isolée au milieu des bois. Au Hanovre, il se bat face aux Prussiens.

Pendant ce temps, la guerre de Sept Ans se poursuit en Amérique. Jane, Anglaise farouche, est partisane avec son père de l’indépendance des colonies. Lorsque sa troupe délivre les indiens prisonniers des Français, Akaash s’enfuit et ne pense qu’à se venger de Larchange. Ce dernier revient en Nouvelle France et traverse des paysages enneigés, crépusculaires, à la recherche de son enfant. Il le retrouve et l’éloigne de la guerre franco-britannique. Mais les chemins de Larchange, Jane et Akaash vont finir par se croiser…

Le duo Desberg-Vrancken se reforme pour ce nouvel album. De ces deux auteurs belges, on se souvient de la série I.R.$ et, plus récemment, de l’album Les Enfants du ciel, paru chez Daniel Maghen en 2023.

Le scénariste Stephen Desberg naît en 1954 dans une commune bruxelloise. Ses parents se sont rencontrés à Paris, à la Libération. Son père, officier américain avocat de formation, prenait des cours de français auprès d’une enseignante à la Sorbonne, sa mère. Son père s’occupant de la distribution des films de la Metro-Goldwyn-Mayer dans le Benelux, le jeune Stephen grandit devant les films américains tout en lisant le journal de Spirou ainsi que le journal Tintin. Il a pour ami d’enfance le dessinateur Johan De Moor (fils de Bob de Moor). Il s’inscrit provisoirement à l’Université libre de Bruxelles. Puis il écrit des scenarios pour le journal de Spirou et le journal Tintin. En 1996, Stephen Desberg lance sa première série pour jeunes adultes : Le Sang noir, dessinée par Bernard Vrancken, qui raconte les aventures d’un jeune homme né d’une mère noire dans les Antilles au XIXe siècle. Il entame une autre collaboration avec le dessinateur Enrico Marini : L’Étoile du désert puis Le Scorpion. Il retrouve Bernard Vrancken au dessin pour IR$, une nouvelle série sur fond d’espionnage dans le milieu de la finance. Suivent Black Op, Rafales, Sienna, Cassio, Empire USA, Sherman, Golden Dogs, Miss Octobre… Desberg passe ainsi d’un genre à un autre, le plus souvent avec pour toile de fond l’Amérique.

Son nouveau récit, intitulé Nouvelle France, se déroule à la fin de la présence française en Amérique. Il faut rappeler que la guerre de Sept Ans (1756-1763) a opposé la France alliée à l’Autriche et la Grande-Bretagne alliée à la Prusse. Elle s’est répandue également sur le nouveau monde, les Britanniques tentant d’y déloger les Français. La France avait en effet tout intérêt à préserver ce territoire vital reliant la Louisiane au Canada. Il s’agit, selon certains historiens, de la véritable première guerre mondiale. La victoire de la Grande-Bretagne aura une importante conséquence géopolitique : la disparition du premier empire colonial français.

C’est dans ce contexte que le scénariste Stephen Desberg imagine les aventures de Pierre Larchange. On peut regretter que l’Histoire reste trop souvent en toile de fond et que le récit, dans la deuxième partie, est parfois difficile à suivre. Lors de la description de la bataille de Jumonville Glen (28 mai 1754), le scénariste pour les besoins du scenario travestit l’Histoire, en imaginant que l’officier Joseph Coulon de Villiers, sieur de Jumonville (1718-1754), est assassiné par un indien qui sera capturé et deviendra l’ennemi juré du héros français Pierre Larchange. Le scénariste n’insiste pas sur le fait que cet assassinat reste considéré comme l’une des causes de la guerre de Sept Ans. Forcé d’abandonner son fils pour combattre les prussiens en Europe, Pierre Larchange revient en Nouvelle France pour le retrouver. Par le biais de Jane Moran, Desberg annonce aussi la Révolution américaine.

Le dessinateur Bernard Vrancken, né en 1965 près de Bruxelles, est lauréat à quinze ans d’un concours organisé par l’Académie des Beaux-arts. Dès 16 ans, il publie ses premières histoires dans le journal Tintin. Pendant ses études d’architecture à l’Institut Saint-Luc de Bruxelles, il suit des cours à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Gilles. Puis il commence une association avec Stephen Desberg qui va devenir son scénariste fétiche. Bernard Vrancken et Desberg réalisent sept courts récits pour la revue (À suivre), avant de se lancer dans la saga Le Sang noir et le thriller politico-financier IR$. En 2023, Vrancken retrouve Stephen Desberg pour l’album Les Enfants du ciel publié aux éditions Daniel Maghen.

Dans ce long album (128 pages) en grand format, Bernard Vrancken nous offre des planches larges et aérées. Son encrage au pinceau est nerveux, marqué par un usage du clair-obscur animant fréquemment des silhouettes lointaines en ombre chinoise.

Pour la première fois, Vrancken adopte la couleur directe, à base de bleu, de gris et de sépia, ponctuée soudainement de couleurs plus vives, comme le rouge pour les uniformes anglais et la belle chevelure de Jane. Les immenses paysages tristes et enneigés traduisent le froid et l’immensité de cette région. En parcourant cet album, on ne peut que penser à un autre grand récit : Fort Wheeling de Hugo Pratt, paru il y a cinquante ans…

Les admirateurs du dessinateur peuvent admirer ces planches à la galerie Daniel Maghen (36, rue du Louvre, 75001 Paris), du 18 février au 14 mars.

Nouvelle France, 128 pages, 23 euros. Editions Daniel Maghen.

Kristol Séhec.

Illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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Une réponse à “Nouvelle France, la fin de la présence française en Amérique (bande dessinée).”

  1. Éric Gautier dit :

    J’ai récemment découvert cet album. Les dessins et leurs couleurs sont superbes. Le scénariste a eu le mérite de sortir de l’ombre l’affaire de Jumonville mais on peut effectivement remarquer, comme vous le faites, que les faits historiques réels aient été modifiés pour les besoins de l’intrigue romancée. J’ajouterai également le fait que les Indiens de cette partie du continent nord-américains n’avaient de chevaux, mais le dessinateur les représente si bien qu’on ne pas lui en vouloir.

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