La revue Éléments a récemment livré une analyse particulièrement rigoureuse et salutaire sur le rapport ambigu qu’entretient une partie de la droite française avec Donald Trump. Un texte signé par Alexandre de Galzain qui tranche avec l’enthousiasme pavlovien dont bénéficie encore le président américain dans certains milieux souverainistes ou identitaires.
Le mérite principal de cette analyse est de poser une question que beaucoup évitent soigneusement : à quel moment la sympathie idéologique se transforme-t-elle en abdication politique ? Et surtout, à qui profite réellement la politique de Donald Trump lorsqu’elle s’exerce au détriment direct des intérêts européens, et donc français ?
Car un an après son retour à la Maison-Blanche, le constat est difficilement contestable. Pressions économiques, menaces douanières, mise à l’écart diplomatique, mépris symbolique répété, remise en cause du droit international : les États-Unis de Trump ne traitent plus l’Europe comme un allié, mais comme un espace secondaire, malléable, parfois même encombrant. Sur le Groenland, sur le commerce, sur l’énergie ou sur les grands équilibres stratégiques, la logique est constante : l’Amérique d’abord, et tant pis pour le reste.
Or, comme le souligne avec justesse Éléments, une partie de la droite française continue d’applaudir, parfois même de se réjouir, de cette démonstration de force. Non par intérêt national, mais par fascination pour la brutalité assumée. La force devient alors non plus un moyen, mais une valeur en soi. Et c’est précisément là que se situe le piège.
L’analyse publiée dans Éléments rappelle opportunément que reconnaître l’existence d’un rapport de force n’implique pas de s’y soumettre. La loi du plus fort est une réalité des relations internationales ; le culte du plus fort, lui, est une abdication morale et politique. En acceptant par avance l’idée que l’Europe devrait plier face à Washington, certains souverainistes oublient que le souverainisme n’a de sens que s’il est appliqué à soi-même.
Le cas du Groenland a servi de révélateur. Là où certains ont expliqué qu’il ne s’agissait « que » d’un problème danois, d’autres ont été jusqu’à justifier l’idée qu’une annexion par la force serait acceptable au nom du réalisme géopolitique. Une logique qui, poussée jusqu’au bout, invalide toute défense ultérieure de l’Ukraine, de la souveraineté des peuples européens ou même de l’indépendance française. À ce compte-là, pourquoi résister lorsque le rapport de force est défavorable ?
L’article d’Éléments pointe également un autre angle mort du trumpisme européen : la question migratoire. Certes, Donald Trump mène une politique de remigration massive, et celle-ci rencontre un soutien réel aux États-Unis. Mais la méthode — brutale, désordonnée, parfois violente — commence à susciter une défiance croissante, y compris au sein de la droite américaine. Loin de renforcer l’adhésion populaire à une politique migratoire ferme, ces excès risquent au contraire de la délégitimer durablement.
Pour les droites européennes, l’enjeu est pourtant clair : la fermeté ne peut être efficace que si elle est ordonnée, juridiquement solide et politiquement assumée. Copier les méthodes américaines sans en mesurer les effets serait une erreur stratégique majeure, offrant à la gauche européenne un contre-exemple parfait pour disqualifier toute politique de maîtrise migratoire.
Plus profondément encore, l’analyse publiée dans Éléments met le doigt sur une pathologie bien française : la tentation de l’homme providentiel étranger. Faute de croire encore en sa propre capacité à se redresser, une partie de la droite se met en quête de figures tutélaires à l’extérieur — hier Moscou, aujourd’hui Washington — prêtes à incarner par procuration ce que l’on n’ose plus bâtir chez soi.
Cette fascination n’est pas nouvelle. L’histoire politique européenne en a montré les conséquences. Elle mène rarement au sursaut, souvent à la soumission. Donald Trump, rappelle avec sobriété l’auteur, ne défend ni l’Europe, ni l’Occident, ni même nécessairement les États-Unis en tant que civilisation. Il défend avant tout sa propre trajectoire, son récit personnel, son besoin de marquer l’Histoire.
À cet égard, l’article d’Éléments constitue une mise en garde utile, et même nécessaire. Il rappelle à une droite française en quête de repères que la force n’a de valeur que si elle sert un projet, et que le patriotisme commence par le refus de s’agenouiller, même devant un allié supposé.
Dans un paysage intellectuel souvent dominé par l’émotion, l’alignement ou la réaction épidermique, cette analyse mérite d’être lue, discutée et méditée. Non pour rejeter en bloc Donald Trump, mais pour sortir d’un suivisme qui, sous couvert de réalisme, pourrait bien coûter cher à ceux qui prétendent défendre l’indépendance et l’identité européennes.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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