Souverainistes contre identitaires : la « guerre civile idéologique » qui fracture la droite

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Dans un long texte d’analyse publié début mars, l’essayiste Julien Rochedy décrit ce qu’il qualifie lui-même de « guerre civile idéologique » au sein de la droite contemporaine. Selon lui, une fracture profonde s’est progressivement installée entre deux familles intellectuelles longtemps perçues comme appartenant au même camp : les souverainistes dissidents d’un côté, et les identitaires de droite de l’autre.

Rochedy explique que ces deux sensibilités, très présentes dans les débats politiques sur internet, partagent certaines critiques du progressisme dominant mais développent désormais des visions du monde de plus en plus incompatibles.

Dans son introduction, il écrit ainsi :

« Depuis quelques années, une animosité croissante se manifeste entre deux sensibilités distinctes. »

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Selon lui, cette opposition dépasse les simples querelles de réseaux sociaux. Elle reflète en réalité deux lectures radicalement différentes de la crise occidentale et du déclin français.

Les souverainistes dissidents : nostalgie nationale et critique du système

Dans l’analyse de Rochedy, le courant souverainiste dissident s’enracine dans une génération marquée par les années 1980-2000 et par l’expérience d’une France qui semblait alors plus stable et plus homogène.

Ce courant développe une lecture du monde centrée sur la souveraineté nationale et la dénonciation des structures supranationales, en particulier l’Union européenne.

Selon Rochedy, ce camp est structuré par un sentiment profond de perte historique :

« La plupart des individus socialisés dans cet univers intellectuel ont grandi dans une France qu’ils ont perçue, rétrospectivement, comme plus stable, plus cohérente et plus confiante dans son avenir. »

Cette nostalgie d’un âge d’or national conduit à rechercher les causes du déclin. L’Union européenne devient alors, dans ce récit, l’ennemi central, accusée d’avoir affaibli la souveraineté française, l’économie et la capacité politique du pays.

Ce courant s’appuie également sur un populisme marqué et une critique des élites. Dans cette vision, les difficultés contemporaines seraient largement le produit de décisions politiques prises par des groupes dirigeants déconnectés des peuples.

Cette grille de lecture explique également certaines positions géopolitiques. Dans les milieux souverainistes dissidents, les États-Unis sont souvent perçus comme la puissance dominante responsable du système mondial actuel, tandis que la Russie est vue comme un contrepoids possible à cette hégémonie.

Les identitaires : une génération façonnée par le monde globalisé

Face à ce courant s’est progressivement affirmée une nouvelle sensibilité que Rochedy appelle les identitaires de droite.

Il s’agit selon lui d’une génération plus jeune, socialisée dans un monde déjà transformé par la mondialisation, l’immigration de masse et les mutations culturelles.

Là où les souverainistes privilégient la souveraineté institutionnelle, les identitaires mettent au premier plan la question de l’identité ethnoculturelle.

Rochedy résume ce changement de perspective de manière très claire :

« Pour les identitaires de droite, la question ethnique constitue souvent le point de départ de l’analyse, et non son aboutissement. »

Cette génération considère que les transformations démographiques et culturelles constituent le problème central du monde occidental, et que la question nationale ne peut être comprise sans prendre en compte ces dynamiques plus larges.

Cela conduit à un déplacement de l’échelle d’analyse : la nation demeure importante, mais elle est souvent replacée dans un cadre civilisationnel européen ou occidental plus large.

L’Ukraine, révélateur de la fracture

La guerre en Ukraine a agi, selon Rochedy, comme un révélateur brutal de cette fracture.

Une grande partie du courant souverainiste dissident a adopté une position favorable à la Russie, considérée comme un contrepoids à l’hégémonie occidentale.

À l’inverse, nombre d’identitaires ont soutenu l’Ukraine, perçue comme une nation européenne agressée.

Rochedy souligne que ce désaccord n’est pas simplement géopolitique mais renvoie à deux visions du monde incompatibles.

Les souverainistes dissidents privilégient une lecture anti-américaine et multipolaire des relations internationales. Les identitaires, eux, se montrent plus sensibles à la solidarité civilisationnelle européenne.

Deux visions du monde opposées

Pour Rochedy, cette opposition peut être résumée par deux manières très différentes d’interpréter l’histoire.

Le souverainisme dissident privilégie une lecture volontariste : le déclin serait avant tout le produit de décisions politiques prises par des élites hostiles aux nations.

Les identitaires de droite adoptent une approche plus structurelle, mettant l’accent sur les dynamiques démographiques, économiques et civilisationnelles de long terme.

L’auteur résume cette opposition en expliquant :

« Deux régimes d’intelligibilité du réel s’opposent. »

Cette divergence explique l’intensité croissante des tensions entre les deux camps, notamment dans l’espace numérique.

Une querelle appelée à durer

Pour Rochedy, cette « guerre civile idéologique » est loin d’être terminée.

Elle s’inscrit dans une transformation plus large de l’espace politique, amplifiée par les réseaux sociaux et les logiques algorithmiques qui favorisent les confrontations internes.

Elle traduit aussi le passage d’une génération politique à une autre, chacune portant son propre diagnostic sur l’avenir de l’Europe et de la France.

Reste à savoir, conclut l’essayiste, quelle lecture du monde s’imposera dans les décennies à venir.

Illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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10 réponses à “Souverainistes contre identitaires : la « guerre civile idéologique » qui fracture la droite”

  1. RAYMOND NEVEU dit :

    C’est bien la peine de se quereller entre boutiquiers vendant la même charcutaille…La France est souveraine chez elle tout le reste n’est que humeur de petits chefs locaux et de groupuscules étudiants!

  2. Yvette dit :

    Bon et bien déjà je me demande… Comment peut-on être souverainiste ? Et comment peut on être identitaire ? Ce genre de concepts m’échappent tellement, vu le monde actuel… Comment fait-on pour se pencher autant sur son petit nombril ? On est ultra souple, physiquement ? Ou tellement frustré mentalement sur des choses non gérées de sa vie (sans aide psy) que la seule solution c’est le repli absolu et sans ouverture possible ? Franchement je ne comprends pas, mais merci de m’éclairer svp !

  3. Pschitt dit :

    Querelle appelée à durer sans doute, mais si le souverainisme appartient surtout une génération vieillissante alors que les identitaires appartiennent plutôt à une jeune génération, l’avenir est clair. La démographie, c’est le destin !

  4. Romain Dinanto dit :

    Rochedy se trompe. Ce n’est en rien une question « générationnelle ». Il y a des européistes chez les jeunes et les moins jeunes. Idem pour les souverainistes.

  5. Pierre dit :

    La raison d’être du débat démocratique est de faire face à l’adversité et de favoriser le bien commun, par conséquent toutes les idées sont valables, pour autant qu’elles soient explicites et clairement exposées, et non pas un brouillard d’émotions et de slogans déguisé en opinion légitime, et il y est nécessaire de les écouter avec soin pour retirer ce qui est pertinent de chacune d’elles et construire un projet à la fois réaliste et ambitieux pour lutter contre l’adversité ou favoriser l’amélioration du bien commun.

    À l’opposé, principe de la démocratie représentative stérilise les idées de chacun, impose des slogans et des émotions en guise de ligne directrice d’un groupe de soutien à un candidat aux élections, lequel œuvre au profit des projets d’obscures officines qui préparent à l’avance des « solutions » aux problèmes qu’elles favorisent pour vendre leurs solutions comme étant la seule « raisonnable ». Ces pompiers pyromanes assoient ainsi leur pouvoir dictatorial sans paraître sous les projecteurs médiatiques, alors que leurs marionnettes « élues » dans des conditions injustifiables, occupent l’espace des pensées par le martellement d’opinions sans queue ni tête mais fortement chargées en émotions, et qui s’opposent de manière factice, de manière à diviser plus sûrement les populations et ainsi les réduire à quia.

    La notion de débat sur les réseaux sociaux a pour objet la création de fiefs émotionnels, de tribus telles que les décrit le Professeur Maffesoli. Et de cela je me réjouis. Transposer cette appartenance émotionnelle au niveau de la libération de la France de ses bourreaux et pillards st une erreur et Julien Rochedi a raison de nous en avertir. Que chacune des tribus se libère et aident leurs voisines dans leur libération, et que chacun adhère librement à telle ou telle tribu jusqu’à ce que le couvercle saute, voilà ce que j’espère. Nous l’avons vu dans l’épisode 2020-2021 où certains s’organisaient en petits groupes pour défier discrètement les ordres iniques et libéraient ainsi leurs voisins (plus ou moins proches).

  6. Dirk dit :

    Je crois que Rochedy exagère ce clivage. On peut être à la fois souverainiste ET identitaire. C’est la plupart du temps le cas. Au bout du bout, c’est le changement de peuple – biologique, civilisationnel et religieux – qui est l’ultime danger qui doit rassembler la droite.
    Les Identitaires sont en fait hypersouverainistes. L’inverse n’est pas vrai, un souverainiste genre LR (s’il en reste !) n’a que faire de notre survie raciale (pour faire court).
    Les Identitaires affichent un patriotisme triple : régional (patrie charnelle), français (patrie historique), européen (patrie civilisationnelle).

  7. Yvette dit :

    Merci de vos réponses, mais il n’y a pas celle de Rochedy, qui est cité par Dirk. Du coup j’attends pour mieux comprendre 😉
    Et merci pour tous vos pouces négatifs, j’ai vraiment l’impression d’être une débile (qui pourtant demandait une explication même simple. Les rageux sont en place on dirait).

  8. sympathisant44 dit :

    Au début de l’article les termes « guerre civile idéologique » et « visions du monde de plus en plus incompatibles » m’ont fortement surpris ! Je ne m’attendais pas à une telle opposition entre ceux que Rochedy appelle respectivement « les souverainistes dissidents » et les les « identitaires ».

    Au début de ma lecture, je me disais c’est bon, je vais me trouver d’accord avec les « souverainistes » sur certains point et avec les identitaires sur d’autres.
    Eh bien je n’en reviens pas: je suis 100% « identitaire ». Le plus important: »l’identité ethnoculturelle »

    Un désaccord toutefois: Rochedy écrit que « les identitaires sont d’une génération plus jeune ».
    Ah non, né à l’époque où on entendait à la radio Brel, Brassens ou Trenet, je ne suis sûrement pas une exception !

    En tout cas ce serait vraiment dommage que ces deux familles de droite se trouve coupée en deux au moment ou elle a de grandes chances d’arriver au pouvoir.

  9. Gwilhmod dit :

    Au sein du RN on a eu longtemps, aujourd’hui je ne sais pas si elle existe car elle avait fait sission au moment du MNR : un RN provincialiste.
    Il me semble que les identitaires peuvent comprendre notre attahcement à l’identité bretonne, non pas comme ferment de séparatisme, mais comme combat à mener en Bretagne car c’en est l’enracinement naturel (cf pélerinage Feiz e Breizh).
    Parler breton c’est à l’évidence lutter contre le monde globalisé éradiquant toute identé.
    Question : quand on regarde l’histoire de France assumée par onfray et Zemmour comme l’aggrandissement du domaine royal par la force le plus souvent (et 3 mariages forcés en ce qui nous concerne, en plus d’une spoliation de nos droits la nuit du 4 Aout en violation flagrante du droit international concernant la suppréssion de notre parlement) l’ADN de la fRance est jacobin, centralisateur, égalisateur (au besoin par la guillotine, l’école, les médias, la culture subventionnée…) donc à mon avis cet ADN fait partie du problème : Jamais Paris n’acceptera de nous redonner nos droits nécessaire à l’identité bretonne, c’est un fait. Il me semble clair donc que nous devons dire clairement aux idenitaires que ici en Bretagne l’identité bretonne a pour vocation de premièrement rejeter le modèle frnaçais (anti catholique et étatique depuis la pragmatique sanction de charles VII et le rapt de Boniface VIII par Philippe Le Bel) pour reconstrure une société sur notre presqu’ile plus fidèle aux Evangiles, tout simplement. UUn modèle qui pourra essaimer partout en France de la meme manière que les pélerinages traditionnels se développent dans les « provinces » de manière étonnante (et prophétique) depuis seulement quelques années. Merci à Breizh info d’en faire état !

  10. Pierre dit :

    @Yvette:

    1/ un souverainiste est une personne qui estime que la souveraineté de la France est fortement dégradée par des instances supranationales officielles, en premier lieu l’Union Européenne, l’OTAN et l’ONU, le Conseil de l’Europe, la CEDH mais également bien d’autres comme la Banque des Règlements Internationaux, le FMI, la Banque Mondiale, l’Association Européenne de Libre Échange, etc. et par de nombreuses officines supranationales connues comme Amnesty International, le Forum Mondial ou moins connues comme https://strongcitiesnetwork.org/fr/ ou https://www.isdglobal.org/strong-cities-network/

    2/ un identitaire est une personne qui estime que la culture et les particularités d’un groupe ethnique sont des biens importants et que les technocraties nationales et supranationales ont laminé volontairement la culture des peuples (de France et d’ailleurs) pour de basses raisons administratives, par exemple la technocratie de la fin du XIXème siècle a mis en place les moyens de tuer les langues régionales.

    On peut être souverainiste et identitaire dans le sens ou on peut adhérer aux perceptions de ces deux groupes de pensée. On peut aussi considérer que l’un ou l’autre ou les deux groupes de pensée sont dépourvus d’intérêt voire de sens dans notre monde actuel.

    Ce que dénonce Rochedy est le fait que ceux qui sont plus souverainistes semblent dire que les identitaires mettent en danger la lutte souverainiste par leurs actions identitaires, et vice versa. Et c’est en un sens vrai, puisque l’essence de la technocratie est d’utiliser au maximum les nuances de la pensée pour diviser les gens car elle ne veut voir que des individus qu’elle peut soumettre très facilement, et par conséquent elle oppose artificiellement les priorités de certains contre celles d’autres pour provoquer l’atomisation des groupes solidaires.

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