La situation sécuritaire en Syrie connaît une nouvelle dégradation majeure depuis le début du mois de janvier 2026. Dans le nord et le nord-est du pays, les forces kurdes, longtemps en première ligne contre l’État islamique, font face à une offensive menée par le régime islamiste installé à Damas, dirigé par Ahmed al-Sharaa, plus connu sous son nom de guerre Abou Mohammad al-Julani. Les violences ont déjà provoqué des déplacements massifs de populations et ravivent les craintes d’un effondrement durable de l’architecture sécuritaire régionale.
Une nouvelle vague de déplacements forcés
Depuis le 6 janvier, les combats ont entraîné le déplacement interne d’environ 150 000 personnes, parmi lesquelles des Kurdes, mais aussi des chrétiens et des Yézidis. Les quartiers à majorité kurde du nord d’Alep figurent parmi les premières zones touchées, avant une extension progressive des affrontements vers d’autres secteurs stratégiques.
Des témoignages et images diffusés sur les réseaux sociaux font état d’exactions commises contre des civils kurdes, notamment des enlèvements, des violences sexuelles et des exécutions sommaires. Ces informations, difficiles à vérifier individuellement, s’inscrivent néanmoins dans une dynamique de persécution déjà observée lors de précédentes opérations menées par les mêmes forces contre d’autres minorités religieuses.
Un régime islamiste aux racines jihadistes
Le pouvoir actuellement en place à Damas est issu de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), une organisation islamiste classée terroriste par les Nations unies, l’Union européenne et de nombreux États occidentaux en raison de ses liens historiques avec Al-Qaïda et, indirectement, avec l’État islamique. Depuis sa prise de contrôle de la capitale syrienne en décembre 2024, le régime de Julani a déjà mené plusieurs campagnes violentes contre des communautés perçues comme hostiles ou réfractaires à son autorité, notamment les Alaouites et les Druzes.
Malgré une communication officielle cherchant à projeter une image de stabilisation et de pragmatisme, les faits observés sur le terrain suggèrent une logique de consolidation autoritaire du pouvoir, reposant sur l’intimidation et la coercition plutôt que sur l’inclusion politique.
Les forces kurdes contraintes au retrait
Le 18 janvier 2026, un accord de cessez-le-feu et « d’intégration » a été conclu entre les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, et le régime de Damas, sous médiation américaine. Cet accord a conduit les FDS à se retirer de villes majeures comme Raqqa et Deir ez-Zor pour se replier vers la région de Hassaké.
Ce retrait marque un tournant stratégique majeur. Raqqa, ancienne capitale de l’État islamique, constitue un point névralgique pour la lutte antiterroriste internationale. Elle abrite notamment des centres de détention où sont incarcérés des milliers de combattants jihadistes. La perte de contrôle de ces sites par les forces kurdes fait craindre un relâchement sécuritaire aux conséquences potentiellement mondiales.
Un risque accru de résurgence jihadiste
Depuis plusieurs années, les FDS assuraient, avec le soutien de la coalition internationale, la garde de prisons et de camps détenant des membres de l’État islamique. La transition actuelle soulève de nombreuses interrogations sur la capacité du nouveau pouvoir syrien à empêcher des évasions ou des libérations ciblées.
Des images circulant en ligne montrent déjà des combattants islamistes relâchés dans certaines zones récemment reprises. Si ces informations venaient à être confirmées à grande échelle, elles constitueraient un facteur majeur de déstabilisation pour l’ensemble du Moyen-Orient, voire au-delà.
Le paradoxe d’un ancien jihadiste au sommet de l’État
Ahmed al-Sharaa, aujourd’hui président autoproclamé de la Syrie, fut pendant des années une figure centrale du jihadisme régional. Ancien chef de la branche syrienne d’Al-Qaïda, il avait fait l’objet d’un avis de recherche international assorti d’une prime, levée fin 2024 par l’administration américaine dans un contexte de recomposition géopolitique accélérée.
Plusieurs responsables du renseignement et spécialistes du terrorisme estiment que cette tentative de « normalisation » d’un acteur issu du jihadisme comporte des risques structurels. Selon eux, intégrer des groupes extrémistes dans des structures étatiques ne conduit pas à leur transformation idéologique, mais à l’institutionnalisation de leurs méthodes.
Pour de nombreux observateurs, la crise actuelle révèle les limites d’une approche internationale fondée sur la recherche de stabilité à court terme au détriment de la protection des minorités. Les Kurdes, qui ont payé un lourd tribut dans la lutte contre l’État islamique depuis 2013, se retrouvent aujourd’hui marginalisés, contraints de céder des territoires stratégiques sans garanties solides pour leur sécurité future.
Dans ce contexte, la perspective d’une solution politique durable semble s’éloigner. Les appels à un système syrien plus décentralisé, garantissant une autonomie réelle aux communautés locales et empêchant la concentration du pouvoir entre les mains d’un seul groupe idéologique, restent pour l’heure largement théoriques.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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