Afghanistan après 2021 : l’ex-ambassadeur pakistanais Mansoor Ahmad Khan raconte « l’échec de l’inclusivité » et le retour du risque terroriste

Dans un entretien accordé à The Hungarian Conservative, Mansoor Ahmad Khan — diplomate pakistanais de carrière, aujourd’hui directeur du BNU Center for Policy Research à Lahore et fellow à Budapest — revient longuement sur les conséquences du retrait américain d’Afghanistan en 2021, sur la prise de pouvoir des talibans, et sur la recomposition géopolitique qui en découle. Ancien ambassadeur du Pakistan à Kaboul au moment des événements, il livre une lecture à la fois critique et pragmatique : si la guerre s’est achevée, la promesse de stabilité, elle, reste largement hors de portée.

« Un accord de paix, mais pas de consensus afghan »

Pour Mansoor Ahmad Khan, l’épisode de 2021 s’inscrit dans le prolongement du processus de Doha, censé organiser la sortie de guerre via un accord entre les États-Unis et les talibans, avec l’objectif affiché d’aboutir à un gouvernement capable d’installer une paix durable. Le problème, selon lui, est que les forces afghanes n’ont pas trouvé de consensus politique interne. Les talibans, « groupe le plus fort », ont alors pris le pouvoir et formé leur propre gouvernement.

Il rappelle que la communauté internationale espérait une évolution vers davantage d’inclusivité, des progrès sur les droits humains (avec un accent particulier sur les droits des femmes et l’éducation des filles) et une action déterminée contre les groupes terroristes présents sur le sol afghan. Sur ces trois points, il estime que les avancées ont été insuffisantes — et que le bilan est particulièrement sombre sur la question sécuritaire.

Retrait américain : calendrier modifié, chute accélérée

Interrogé sur le caractère chaotique du retrait, Mansoor Ahmad Khan décrit un enchaînement politique : un calendrier était initialement fixé (mai 2021), puis l’arrivée de l’administration Biden a conduit Washington à revoir l’accord et à repousser unilatéralement l’échéance de quatre mois. Mais avant même la fin de cette période, le président afghan Ashraf Ghani a quitté le pays le 15 août, laissant Kaboul sans direction politique.

Pour l’ancien ambassadeur, le basculement a été rapide : les talibans, déjà aux abords de la capitale, ont pris le contrôle. Dans son récit, cette prise de pouvoir est présentée comme l’issue d’un rapport de force, et aussi comme une manière d’éviter que l’Afghanistan ne sombre dans « l’anarchie et le chaos » à l’instant où le régime s’effondrait.

Vingt ans de guerre : modernisation incomplète et dialogue trop tardif

Sur le bilan global de l’intervention américaine et de l’OTAN, Mansoor Ahmad Khan concède des résultats : l’Afghanistan aurait, selon lui, évolué vers une forme d’État moderne, doté d’une constitution, d’institutions éducatives, et d’une ouverture internationale plus « normale » qu’auparavant.

Mais il pointe surtout une erreur stratégique majeure : le dialogue avec les talibans aurait dû commencer bien plus tôt, dès l’entrée des forces occidentales dans le pays. Dans sa lecture, l’ouverture de négociations seulement « 14 à 15 ans plus tard » a condamné toute chance de compromis politique interne. Si toutes les forces afghanes avaient été mises à la table plus rapidement, estime-t-il, un accord entre factions aurait pu être envisageable — et la guerre aurait pu se terminer autrement.

Pakistan–États-Unis : alliance réelle, contentieux persistants

L’entretien aborde ensuite un point sensible : les accusations récurrentes visant le Pakistan, notamment autour des réseaux jihadistes dans la zone tribale et des soupçons concernant l’ISI (les services de renseignement pakistanais). Mansoor Ahmad Khan conteste la grille de lecture d’une relation structurellement hostile : il insiste sur le fait que, de 2001 à 2021, le Pakistan a été allié des États-Unis et de l’OTAN, notamment en assurant une part essentielle des routes logistiques vers l’Afghanistan, puis en facilitant aussi le retrait.

Sur l’attentat de Mumbai, il affirme qu’il n’existe « pas de preuve concluante » impliquant l’ISI, et rappelle que, selon lui, l’Inde n’a pas accepté de mécanisme d’enquête conjointe. Plus largement, il reconnaît l’existence de désaccords, mais décrit une relation de travail durable : les États-Unis restent une superpuissance présente dans la région depuis des décennies, ce qui rend inévitables — selon lui — des frictions dans la coordination.

Talibans, frontières et terrorisme : le Pakistan « le plus affecté »

Mansoor Ahmad Khan décrit la situation actuelle comme difficile pour Islamabad : l’absence d’avancées des talibans sur l’inclusivité et la lutte antiterroriste ferait du Pakistan l’un des pays les plus exposés aux attaques de groupes armés. Il insiste sur la nécessité d’un dialogue bilatéral et d’un dispositif concret de sécurisation d’une frontière longue d’environ 2 600 kilomètres, afin d’empêcher les infiltrations dans un sens comme dans l’autre.

Il dit avoir proposé aux autorités afghanes un mécanisme de surveillance et de suivi conjoint des groupes terroristes, mais affirme que le gouvernement taliban n’a pas encore donné son accord. Il mentionne également des tentatives de médiation ou de facilitation par des pays comme le Qatar et la Turquie.

Russie, Chine, recomposition régionale : « stabilité » et connectivité

Autre volet : la nouvelle donne géopolitique depuis 2021. Mansoor Ahmad Khan observe que plusieurs États (Russie, Chine, Pakistan, voisins d’Afghanistan, pays du Moyen-Orient) ont développé des relations diplomatiques avec Kaboul. Il souligne que la Russie est, selon lui, allée plus loin en devenant le premier pays à reconnaître formellement le gouvernement taliban.

La position pakistanaise, telle qu’il la formule, se veut prudente : des relations pratiques sont nécessaires, mais une reconnaissance formelle devrait, selon lui, relever d’un consensus international et être conditionnée à des progrès des talibans sur les dossiers internes, en particulier le terrorisme, sujet qui inquiète aussi la Chine et les pays d’Asie centrale.

Sur l’arrière-plan stratégique, il insiste sur un objectif partagé : la stabilité en Afghanistan comme condition d’une connectivité régionale entre Asie centrale et Asie du Sud — et, à terme, d’ouvertures commerciales vers le Moyen-Orient.

Concernant la Chine, Mansoor Ahmad Khan décrit une relation « tous temps » et rappelle l’ampleur des investissements liés aux Nouvelles routes de la soie, notamment via le China–Pakistan Economic Corridor, présenté comme un projet phare. Il réfute l’idée que ce partenariat se ferait « contre » les États-Unis : le Pakistan, dit-il, entretient aussi une relation importante avec Washington, partenaire commercial et acteur stratégique, et souhaite attirer des investisseurs américains.

Sa ligne est claire : l’époque ne serait plus au « soit l’un, soit l’autre », mais à une diplomatie de partenariats multiples, dans laquelle Islamabad cherche à maintenir des liens avec Pékin comme avec Washington.

Enfin, l’ex-ambassadeur rappelle que le Jammu-et-Cachemire demeure un différend ancien, et plaide pour une solution par discussions bilatérales entre l’Inde et le Pakistan, avec un recours possible aux mécanismes des Nations unies. Il présente le dialogue — direct ou via l’ONU — comme la voie « rationnelle » pour réduire les tensions et avancer vers un règlement pacifique.

Photos : Tamás Gyurkovits/Hungarian Conservative

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Economie

Ruée sur l’or : en 2025, les banques centrales renforcent leurs réserves sur fond de tensions et d’incertitudes

Découvrir l'article

International

Derrière la façade chinoise, le piège, et l’Europe face à elle-même – Partie 3

Découvrir l'article

A La Une, International

« Le spectacle que donne la droite trumpiste en Europe est consternant. ». Entretien avec Alain de Benoist

Découvrir l'article

International

Derrière la façade chinoise, la révolte silencieuse des renonçants – Partie 2

Découvrir l'article

International

Derrière la façade chinoise, la loi des nombres – partie 1

Découvrir l'article

International

De Saint-Germain à Abou Dhabi, la négociation ou l’art d’exister

Découvrir l'article

International

Groenland : quand Donald Trump force l’Europe à se regarder en face

Découvrir l'article

International

À Davos, Donald Trump sermonne l’Europe et remet le Groenland au centre du jeu

Découvrir l'article

International

Cuba : 1 197 prisonniers politiques recensés fin 2025, dont 32 mineurs, selon une ONG

Découvrir l'article

International

Sondage Ifop : les Français voient désormais les États-Unis comme une menace militaire

Découvrir l'article

PARTICIPEZ AU COMBAT POUR LA RÉINFORMATION !

Faites un don et soutenez la diversité journalistique.

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.