Saint-Cast 1758 : quand une « petite bataille » raconte la guerre, la Bretagne et la mémoire

À première vue, Saint-Cast, le 11 septembre 1758, pourrait passer pour un épisode mineur : une descente anglaise sur les côtes bretonnes, un affrontement bref, un rembarquement sous le feu, puis l’oubli. Pourtant, c’est précisément ce “modeste” événement que Yann Lagadec, Stéphane Perréon et David Hopkin ont choisi de prendre au sérieux dans La bataille de Saint-Cast (Bretagne, 11 septembre 1758). Entre histoire et mémoire (PUR, 2009). Le pari : montrer comment une bataille limitée peut, si on la traite à la bonne échelle, éclairer la guerre de Sept Ans, la défense du littoral, les représentations collectives… et la manière dont une victoire s’inscrit, puis se délite, dans la mémoire.…

Une descente anglaise sur la « petite côte », entre Saint-Lunaire et Saint-Cast

L’opération se déroule du 4 au 11 septembre 1758 : des troupes anglaises débarquent sur les côtes de Bretagne, dans un espace stratégique proche de Saint-Malo. L’épisode se clôt sur les plages de Saint-Cast par un affrontement armé, puis un rembarquement anglais “sous la mitraille”, et enfin une célébration française de la victoire. L’intérêt, soulignent les auteurs (et le compte rendu de l’historien Philippe Jarnoux), tient au fait que cet épisode, sans être décisif à l’échelle de la guerre, a durablement marqué les mémoires au XVIIIe siècle, avant de devenir un objet historiographique au XIXe et au XXe, puis de retomber dans un cadre surtout local.

Replacer Saint-Cast dans la guerre de Sept Ans et la logique des “descentes”

L’ouvrage s’organise en trois temps. D’abord, il resitue la descente de 1758 dans des perspectives plus larges : les raids et descentes sur les côtes du royaume, la logique stratégique des belligérants, l’importance de Saint-Malo et de sa région, et les contraintes concrètes de la défense des littoraux bretons. L’idée centrale est simple : on comprend mal une bataille si on la coupe des dispositifs, des habitudes de guerre, et des vulnérabilités d’un littoral que l’ennemi peut frapper par surprise.

La deuxième partie, la plus “histoire-bataille” au sens classique, reconstitue l’événement avec une minutie assumée : déplacements, réactions, enchaînements, jusqu’au choc final. L’intérêt n’est pas seulement narratif. Cette précision sert aussi à démonter des mythes forgés ou consolidés par une historiographie du XIXe siècle : autrement dit, revenir aux sources, comparer, recouper, et dépoussiérer une mémoire parfois plus commode que rigoureuse. Le compte rendu insiste d’ailleurs sur la variété documentaire mobilisée et sur la clarté d’un travail “d’une précision sans faille”.

Enfin, la troisième partie s’intéresse à ce que produit une bataille après la bataille. Saint-Cast ne renverse pas le cours de la guerre de Sept Ans, mais l’échec contribue à infléchir une stratégie britannique des descentes, déjà discutée et dont l’efficacité militaire apparaît faible. Côté français, la victoire nourrit d’abord la célébration, puis la commémoration : inscription dans la pierre, reprises érudites, et constitution progressive d’un récit. Et puis, avec le temps, l’attention décroît : l’événement glisse de l’histoire nationale vers une mémoire surtout locale.

Ce que Saint-Cast dit de la Bretagne : un littoral exposé, un territoire stratégique

Pour un lecteur breton, l’intérêt dépasse la seule “bataille”. Ce que met en relief cette approche “entre histoire et mémoire”, c’est la Bretagne comme espace stratégique : proche de grands ports, vulnérable aux opérations amphibies, contrainte d’organiser sa défense côtière, mais aussi capable de transformer un fait d’armes en récit collectif. Saint-Cast devient alors un prisme : on y lit la guerre, la société du XVIIIe siècle, la fabrique d’une mémoire, et la manière dont l’historiographie elle-même trie, amplifie, ou laisse tomber.

Au fond, c’est l’une des leçons les plus utiles du sujet : une “petite bataille” n’est jamais petite si on la relie aux échelles qui comptent — stratégies, territoires, archives, et mémoire. Et c’est précisément ce que propose ce travail, tel qu’il est présenté dans les Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest.

Photo : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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