À un mois des municipales de mars 2026, le Rassemblement national aborde le scrutin avec une ambition assumée : convertir une dynamique nationale désormais solide en pouvoir municipal réel. Dans une note publiée par la Fondation Jean-Jaurès, Chloé Alexandre (chargée d’études senior) et Eddy Vautrin-Dumain (Verian) décrivent ce rendez-vous comme un test stratégique majeur, à la fois pour l’implantation locale du parti et pour la suite du calendrier politique : sénatoriales de septembre 2026, puis présidentielle de 2027.
Sur le papier, le RN arrive avec le vent dans le dos. Aux européennes de 2024, le parti a obtenu 31 % au niveau national et s’est classé en tête dans l’immense majorité des communes françaises, surtout dans les territoires ruraux ou éloignés des centres urbains. Mais la note insiste sur un paradoxe ancien : ce poids dans les urnes ne se traduit pas automatiquement en exécutifs locaux, donc en réseau d’élus et de cadres capables d’enraciner le parti au quotidien.
Un parti fort dans les scrutins nationaux, faible dans les exécutifs locaux
Le RN progresse depuis plusieurs cycles, mais demeure en difficulté lorsqu’il s’agit de transformer des scores en sièges, puis en prises de pouvoir locales. La note rappelle qu’en 2021, aux régionales comme aux départementales, le RN a réalisé des niveaux élevés au premier tour sans conquérir d’exécutifs, ni présidences, y compris dans ses zones de force. Ce décalage tient, selon les auteurs, à plusieurs facteurs structurels : une organisation très centralisée, l’érosion passée de cadres et de militants sur le terrain, et une difficulté récurrente à bâtir des alliances locales ou à sortir gagnant des configurations à plusieurs listes au second tour.
Les municipales amplifient souvent ce problème. Le RN a déjà connu des percées, notamment au milieu des années 1990 dans le sud-est (Orange, Marignane, Toulon), puis une nouvelle phase de conquêtes sous Marine Le Pen en 2014 avec une quinzaine de communes, avant un coup d’arrêt en 2020. Cette année-là, les mairies déjà conquises ont été conservées, mais la dynamique d’extension s’est essoufflée. La victoire la plus symbolique reste Perpignan, passée sous bannière RN avec Louis Aliot, première ville de plus de 100 000 habitants dirigée par le parti.
650 listes annoncées : l’objectif est autant de former des cadres que de gagner des mairies
C’est l’un des marqueurs mis en avant par la Fondation Jean-Jaurès : le RN vise un nombre record de candidatures, avec environ 650 listes, contre 400 en 2020 et 600 en 2014. L’idée n’est pas seulement d’additionner des communes. L’enjeu, plus profond, consiste à multiplier les élus municipaux, y compris dans l’opposition, afin de construire un vivier, des relais, une présence durable dans la société locale, et une capacité d’organisation autonome d’une campagne à l’autre.
Dans cette logique, les mairies RN déjà existantes seront particulièrement observées, car elles sont censées servir de “laboratoires” de gestion municipale. La capacité des équipes sortantes à être reconduites, et le niveau d’adhésion des habitants à leur bilan, pèseront lourd dans la crédibilité du parti pour 2027. La note souligne aussi que le RN cherche à rompre avec l’image laissée par certaines expériences passées, très polémiques, qui avaient pu freiner toute dynamique locale.
Le scrutin municipal comme marchepied vers le Sénat et la présidentielle
Le texte rappelle un point souvent sous-estimé : les municipales ne se jouent pas seulement sur les mairies. Elles structurent aussi le collège des grands électeurs, donc les sénatoriales de septembre 2026. Or le RN reste faiblement représenté au Sénat. Dans cette perspective, l’accumulation de conseillers municipaux, même dans de petites communes, peut avoir un effet très concret : augmenter le nombre de grands électeurs acquis ou favorables, et donc ouvrir la voie à davantage de sièges sénatoriaux, voire à la constitution d’un groupe.
Enfin, l’échéance de 2026 arrive juste avant la présidentielle, dans un climat politique national déjà très électrique. Si le RN sort renforcé du scrutin municipal, il pourra présenter le résultat comme une confirmation de sa trajectoire et de sa capacité à gouverner. À l’inverse, une nouvelle difficulté à “convertir” ses scores en conquêtes pourrait nourrir le doute sur sa capacité à franchir l’obstacle du système à deux tours à l’échelle nationale.
Triangulaires, quadrangulaires : une mécanique qui peut tout compliquer
La note insiste sur la spécificité du mode de scrutin municipal, qui peut produire une multiplication de configurations instables. Les seuils de maintien et de fusion rendent possibles de nombreuses triangulaires et quadrangulaires, avec des alliances ou des retraits décisifs entre les deux tours. Dans ce cadre, même un RN haut au premier tour peut se retrouver battu si les autres listes parviennent à s’agréger, ou si une “liste arbitre” choisit de peser contre lui.
Autrement dit, le RN ne maîtrise pas seul les conditions de sa victoire. Sa performance dépendra largement des décisions prises par les autres forces locales au soir du premier tour, mais aussi de la discipline des électorats dans l’entre-deux-tours.
Union des droites : un test grandeur nature dans plusieurs villes
Sur le terrain des alliances, les auteurs décrivent les municipales comme un moment d’observation décisif pour la recomposition de la droite. Une partie des sympathisants de la droite classique apparaissent plus ouverts à des accords ou fusions de second tour avec le RN, et certaines configurations locales pourraient accélérer ce mouvement, en particulier là où la droite est divisée ou affaiblie.
La note mentionne plusieurs villes qui seront scrutées comme des tests politiques, parce qu’elles combinent divisions locales, concurrence entre droites, et montée du RN. Elle cite notamment des villes où une alliance au second tour pourrait devenir un sujet concret, et des villes où l’affrontement interne à la droite pourrait être décisif. De ce point de vue, l’utilisation de figures nationales comme têtes de liste, parfois faute de cadres locaux disponibles, est présentée comme un choix stratégique, mais aussi un risque : un échec local exposerait directement des responsables appelés à compter dans la suite.
Dernier élément, plus politique : la note souligne que la campagne de 2026 semble structurée par des préoccupations jugées “porteuses” pour le RN, au premier rang desquelles la sécurité, fréquemment citée parmi les priorités, quel que soit le type de commune. Cette tonalité contraste avec 2020, où l’enjeu environnemental occupait davantage l’espace public. Le RN espère donc bénéficier d’un agenda local et national plus aligné sur ses thèmes.
Reste la question centrale, celle qui revient comme un fil rouge : l’implantation. Une élection municipale ne se gagne pas uniquement avec une étiquette nationale et une dynamique de sondages. Elle se gagne avec des équipes, des réseaux, des alliances, des notables, des habitudes locales, des dossiers concrets, et une capacité à tenir la durée. C’est précisément ce que le RN cherche à bâtir en 2026, et c’est ce que ce scrutin dira, ou non, s’il parvient enfin à consolider.
Illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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