Arrêts maladie : l’État serre la vis sur les symptômes, et ignore soigneusement la maladie

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12,1 milliards d’euros. C’est ce qu’ont coûté les indemnités journalières d’arrêts maladie à l’Assurance maladie en 2025 — et même 17,9 milliards en intégrant les accidents du travail et maladies professionnelles. Un chiffre qui affole Bercy et Matignon depuis des années, et qui déclenche à intervalles réguliers un déluge de mesures, de décrets, de contrôles et de tours de vis législatifs. Le dernier en date : l’Assemblée nationale a adopté le 7 avril un amendement permettant la suspension automatique des indemnités journalières lorsqu’un médecin mandaté par l’employeur juge un arrêt de travail « injustifié ».

Ce que la loi prévoit désormais

Jusqu’à présent, quand un employeur envoyait un médecin contrôler un salarié en arrêt à son domicile et que ce médecin concluait à un arrêt non justifié, seules les indemnités complémentaires versées par l’entreprise pouvaient être suspendues. Les indemnités journalières de la Sécurité sociale, elles, restaient en principe intactes, la CPAM devant diligenter son propre contrôle avant toute décision.

L’amendement adopté par les députés de droite vise à mettre fin à cette dissociation jugée absurde : désormais, la conclusion du médecin de l’employeur suffirait à déclencher la suspension automatique des indemnités de l’Assurance maladie. De même, si le salarié est absent de son domicile lors du passage du médecin sans pouvoir le justifier, les indemnités pourraient être coupées sans qu’un second contrôle soit imposé. Un droit de recours est maintenu pour le salarié.

La mesure doit encore survivre à la commission mixte paritaire — et surtout au Conseil constitutionnel, qui avait déjà censuré une disposition analogue en décembre 2023, estimant qu’un contrôle médical de la CPAM devait nécessairement précéder toute suspension. Par ailleurs, un second amendement interdit désormais le deuxième renouvellement d’un arrêt obtenu par téléconsultation, pour forcer à terme une consultation physique.

Ce nouveau durcissement s’inscrit dans une longue série de mesures prises depuis deux ans. Le plafond des indemnités journalières a déjà été raboté au 1er avril 2025, passant de 1,8 à 1,4 fois le SMIC. La durée des arrêts prescrits en téléconsultation est limitée à trois jours depuis 2024. La dernière loi de financement de la Sécurité sociale plafonne désormais la durée initiale des arrêts à un mois, avec application prévue au 1er septembre 2026. Les contrôles peuvent désormais s’effectuer en visioconférence. Et le gouvernement Lecornu prépare de nouvelles mesures pour le printemps.

La grande question que personne ne pose

Au milieu de ce feuilleton législatif et comptable, une question brille par son absence : pourquoi les arrêts maladie explosent-ils ?

Les gouvernements successifs, les experts de Bercy, les commentateurs économiques et jusqu’aux syndicats patronaux débattent des moyens de contrôler, limiter, vérifier, suspendre. Personne ou presque ne s’interroge sur les causes profondes d’un phénomène qui ne date pas d’hier et qui ne se réduit décidément pas à la fraude ou à la paresse des salariés.

Or les raisons de cette explosion sont multiples, documentées et profondément ancrées dans la réalité sociale française.

Les salaires, d’abord. Dans un pays où des millions de travailleurs peinent à boucler leurs fins de mois malgré un emploi, l’arrêt maladie devient parfois — disons-le clairement — la seule respiration financière accessible. Non par malhonnêteté, mais parce que l’équilibre entre le coût réel du travail (transport, garde d’enfants, repas) et le salaire net perçu rend parfois l’équation personnelle intenable.

Le mal-être au travail, ensuite. La multiplication des pathologies psychologiques — burn-out, dépression, anxiété chronique —, longtemps niées ou minimisées, représente désormais une part croissante des arrêts de longue durée. Un salarié qui s’effondre n’est pas un fraudeur : c’est souvent le produit d’une organisation du travail qui broie les individus, d’un management à flux tendu qui ne laisse plus de place à la respiration, d’objectifs inatteignables posés comme norme.

L’explosion du coût de la vie, ensuite encore. L’inflation des dernières années a laminé le pouvoir d’achat des ménages modestes et des classes moyennes. Dans ce contexte, les arbitrages que font les familles — y compris sur leur propre santé — sont souvent des arbitrages de survie.

La désintégration de la cellule familiale, enfin, pèse lourd. Des millions de parents isolés — très majoritairement des femmes — jonglent seuls entre un emploi, des enfants, des parents vieillissants et une logistique quotidienne épuisante. L’arrêt maladie est parfois le seul filet de sécurité quand tout s’effondre en même temps.

Traiter le symptôme, ignorer la fièvre

Aucune de ces réalités n’apparaît dans les projets de loi anti-fraude, les décrets sur les contre-visites ou les plafonnements d’indemnités. L’État et le patronat ont choisi leur diagnostic : les arrêts maladie coûtent trop cher parce que trop de salariés abusent du système. La réponse est donc la surveillance, le contrôle, la suspicion.

Cette lecture est à la fois commode et partielle. Commode, parce qu’elle permet d’économiser sur le dos des malades sans remettre en question ni les conditions de travail, ni les niveaux de salaires, ni l’organisation sociale qui fabrique en série l’épuisement et le décrochage. Partielle, parce que les fraudes existent mais ne représentent qu’une fraction minoritaire de l’ensemble.

On peut serrer la vis autant qu’on voudra sur les indemnités journalières. Tant que les causes profondes de leur explosion ne seront pas prises en compte, le robinet continuera de fuir.

Crédit photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle. Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

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7 réponses à “Arrêts maladie : l’État serre la vis sur les symptômes, et ignore soigneusement la maladie”

  1. Pschitt dit :

    En somme, vous ignorez la maladie autant que !’État ! Les arrêts maladie explosent dites-vous, parce que les salaires sont trop bas, parce que les salariés se sentent mal au travail, parce que la vie coûte cher (ce qui est redondant avec les salaires trop bas) et parce que les familles se désintègrent. Pas de maladie là-dedans. Ces maux sociaux sont réels, mais en faire supporter le prix par la sécurité sociale (c’est-à-dire par tous les autres travailleurs cotisants) est une simple malhonnêteté, qui passe par un mensonge : se dire malade quand ou ne l’est pas.

    Il conviendrait donc d’ajouter à votre liste cette autre raison de l’explosion des arrêts maladie : de plus en plus de gens sont prêts à léser la collectivité à leur profit.

  2. Dany dit :

    C’est big pharma qui dirige tout. Visiblement être malade et consommer des médocs est le but.
    A force de ne pas rembourser les produits et méthodes de prévention en les qualifiant de placebo la SS se prive de bien des économies de médicaments..
    En prenant en charge à 100% tout traitement pour changer de genre..combien de milliards dépensés pour le profit de médecins et chirurgiens..??
    Le trou de la SS?? Mettre un vrai expert comptable aux manettes et tout ira mieux.
    Idem pour notre gouvernement.

  3. Domper dit :

    Serrer la vis sur les conséquences sans attaquer les causes profondes….c’est toujours ceux qui bossent qui sont le plus contrôlés. Quand on connaît le nombre de fausses cartes Vitale, les gens qui se font soigner sous le nom d’un parent ou d’un copain, l’arnaque des centres dentaires ou ophtalmos malhonnêtes qui ont volé plus de 50 millions à la CAM, il est où le contrôle ? Demandons nous pourquoi les travailleurs sont malades….nos politiques font rarement des burn out !

  4. RAYMOND NEVEU dit :

    Il serait intéressant de s’intéresser aux centenaires du Bled et plus généralement d’Afrique qui aussi vieux que Mathusalem continuent à percevoir une retraite de notre beau pays ruiné par la caste ploutocratique des fonctionnaires de l’ENA depuis l’Ere Giscard!

  5. Louarn dit :

    Bonjour, tant que les facultés de médecine continueront à enseigner aux futurs médecins la symptomatologie et non à chercher et trouver le sens de la pathologie ou de la maladie qui s’exprime au travers du symptôme, rien ne changera. La médecine chinoise dit ceci :  »chercher la cause et même la cause de la cause  », cela s’appelle la médecine du sens. Mais il est vrai que cela demanderait une telle remise en question de la part de la médecine pasteurienne …. Belle journée à tous.

  6. Michel BERAUDO-MARCH dit :

    On peut ajouter que dans certaines administrations, l’éducation nationale par exemple, mettre en arrêt voire en congé de longue durée est une manière habituelle de régler un problème en mettant la poussière sous le tapis.

  7. clovis dit :

    je suis né dans les années 50 ; en ce temps de disettes le Travail état une Valeur un Honneur une Fierté;;
    trop c’est sur;; mais le balancier est maintenant parti dans l’autre sens;;; avec la honte qui va avec

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