Quand les femmes s’offrent leurs propres diamants

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Le directeur général de Swarovski s’en félicite : grâce aux diamants de laboratoire, devenus beaucoup moins coûteux, les femmes achètent désormais elles-mêmes les bijoux qu’autrefois un homme leur offrait. Il y voit un signe réjouissant d’émancipation : une femme entre dans une boutique, essaie une pierre, considère qu’elle l’a méritée et se l’offre. On peut y lire tout autre chose. Voilà des femmes qui ont suffisamment réussi leur vie professionnelle et matérielle pour pouvoir acheter seules des diamants, mais qui doivent précisément se les acheter parce que personne ne les leur offre. La réussite économique vient alors éclairer, d’une lumière assez cruelle, l’échec ou l’absence de la vie affective. Le diamant n’a pas changé seulement de prix. Il a changé de signification.

Un diamant n’a jamais été seulement un morceau de carbone fort bien ordonné. Sa valeur tenait à sa rareté, certes, mais davantage encore à ce qu’il signifiait lorsqu’un homme l’offrait à une femme. Le bijou disait publiquement l’attachement, la prospérité d’un ménage, parfois la vanité, toujours un lien. Je me souviens encore de la première bague que j’achetai pour mon épouse. J’avais cassé ma tirelire et, mes moyens étant chiches, choisi une bague d’occasion, très classique, des années 1920. La pierre importait moins que le geste.

Swarovski trouve « encourageant » qu’une femme puisse désormais entrer seule dans une boutique, essayer un diamant et se dire : je l’ai mérité, je me l’offre. Commercialement, la maison a sans doute raison. Anthropologiquement, la scène est autrement plus sombre. Ce que l’on présente comme une conquête de l’autonomie peut aussi se lire comme l’un des symptômes les plus cruels de l’atomisation contemporaine. L’individu devient autosuffisant jusque dans le domaine du don : il gagne l’argent, choisit le présent, se l’offre et se félicite de l’avoir mérité. Il n’a plus besoin de personne. C’est précisément là que commence le malheur.

Car le cadeau n’est pas réductible à l’objet. Il suppose deux êtres, une intention, une dette affectueuse, parfois même cette délicieuse disproportion entre la valeur de ce que l’on offre et les moyens dont on dispose. Une société où chacun peut tout s’acheter lui-même est peut-être plus riche ; elle n’est pas nécessairement plus humaine.

S’offrir son propre diamant, c’est un peu comme s’envoyer à soi-même un bouquet le jour de son anniversaire et se réjouir que le fleuriste ait découvert un nouveau marché. Le bouquet reste beau. Quelque chose, pourtant, a disparu : la main qui le tendait.

Trystan Mordrel

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Photo : pixabay (cc)

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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