Maxime Macé et Pierre Plottu, les fins deux limiers attitrés de Libération chargés de découvrir l’extrême droite sous chaque pavé, viennent de lui consacrer une pleine page : « L’inquiétante série de violences d’extrême droite contre des militants LFI ». Le titre annonce la terreur brune. L’inventaire est sensiblement moins impressionnant.
Il contient une agression physique sérieusement documentée dans l’Yonne : un militant LFI roué de coups, sept jours d’ITT. C’est grave et cela mérite évidemment poursuites et condamnations. Vient ensuite l’agression alléguée d’une candidate en Gironde, aspergée d’un liquide irritant et insultée. Puis l’on change progressivement de catégorie : messages racistes sur Internet, voiture vandalisée, brique contre une fenêtre, menaces de mort, téléphone cassé, « vagues de racisme ». Tout finit dans le même cabas sous l’étiquette « violences d’extrême droite », y compris lorsque l’article n’apporte aucune démonstration de l’identité politique des auteurs.
Le tour de passe-passe apparaît surtout dans la statistique finale : 423 « faits de violence » depuis 2017. Le lecteur pressé imagine 423 passages à tabac. Macé et Plottu précisent pourtant eux-mêmes que ce total additionne dégradations, menaces, intimidations, agressions et projets terroristes. Additionnez une insulte, un autocollant arraché, une vitre brisée et une attaque physique : vous obtenez quatre « violences ». La baudruche se gonfle à l’hélium.
On chercherait en vain, dans cette page, le pendant de gauche. Il existe pourtant et il n’est pas uniquement numérique ou verbal. En février, Quentin Deranque, 23 ans, militant identitaire, est mort à Lyon après avoir été roué de coups au sol par des activistes d’ultragauche. Cette violence-là n’entre simplement pas dans le champ de vision de nos deux commissaires politiques.
Voilà le problème. Il ne s’agit aucunement d’excuser un imbécile qui frappe un militant LFI. Qu’on le condamne. Il s’agit de constater que chez Libération, la violence politique possède une latéralité : celle venant de droite est traquée, additionnée, contextualisée, théorisée ; celle venant de gauche devient beaucoup plus facilement circonstance, échauffourée ou angle mort.
L’Évangile parlait de la paille et de la poutre. Chez Macé et Plottu, la médecine proposerait un diagnostic plus moderne : l’hémiplégie.
Trystan Mordrel
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