Dans une chronique publiée le 7 octobre dansLibérationsous le titre « La France doit refuser d’extrader l’antifa Zaïd A. vers la Hongrie », Thomas Legrand franchit une ligne singulièrement inquiétante lorsqu’il écrit que l’antifascisme, « par nature et nécessité », peut avoir des « aspects violents », avant de réclamer à la justice du « discernement » envers les actions pourtant illégales des antifas.
Le raisonnement est limpide : certaines violences devraient être jugées avec davantage d’indulgence lorsque leurs auteurs se réclament du bon camp et que leurs victimes ont été désignées comme « fascistes ».
Seulement, on ne distribue pas les coups avec un dosage pharmaceutique. On cogne un homme, il tombe, sa tête heurte le sol, il ne se relève pas. Quentin Deranque n’a pas été victime d’un débat un peu vif : il est mort après avoir été roué de coups. Voilà jusqu’où peut conduire cette violence dont Thomas Legrand voudrait que l’on comprenne la « nécessité ».
Le journaliste d’extrême-gauche ouvre ainsi une porte redoutable. Dès lors que la cause est réputée juste, l’illégalité devient excusable et la violence compréhensible. Il suffit ensuite de traiter de « fasciste » celui que l’on veut frapper pour transformer une agression en geste militant et, un mauvais soir, le permis de cogner en permis de tuer.
James Bond avait sonlicence to kill. Thomas Legrand semble vouloir inventer sa version militante : la violence sous bénéfice d’inventaire idéologique.
C’est une conception assez curieuse de la justice. Elle l’est davantage encore du journalisme.
Trystan Mordrel
[email protected]