Gel du prix de l’électricité : les 4 leviers de l’État, et leurs limites

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Le 1er février 2027, en plein hiver, les tarifs réglementés de l’électricité doivent être révisés. C’est cette échéance que vise la promesse lancée mercredi 7 octobre par Sébastien Lecornu depuis Matignon : « le prix de l’électricité ne doit pas augmenter cet hiver ». Le Premier ministre a demandé à EDF de mobiliser au maximum ses capacités de production, dans le respect des exigences de sûreté, et a assuré qu’il y reviendrait prochainement. Les modalités, elles, n’ont pas été précisées.

Une annonce parmi d’autres

L’électricité n’était qu’un volet d’une allocution consacrée aux urgences du moment. Le chef du gouvernement y a aussi annoncé la mise sur le marché de 10 millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques, pour une baisse estimée de 12 à 18 centimes par litre, et des décisions pour les lycéens. Il a dans le même temps maintenu l’objectif d’un déficit public à 5 % du PIB.

Le lendemain sur franceinfo, Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l’Énergie et porte-parole du gouvernement, a parlé d’un « engagement ». Elle a rappelé que les tarifs réglementés évoluent sur proposition de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), mais qu’ils sont fixés au bout du compte par un arrêté de l’État. C’est précisément ce point qui intéresse : la décision appartient bien au gouvernement, mais elle a un coût, que quelqu’un devra supporter.

19 millions de foyers au tarif réglementé

Les tarifs réglementés ont augmenté de 2,5 % TTC en moyenne le 1er août dernier, après 2 légères baisses en août 2025 et février 2026. Cette hausse s’explique par la révision des tarifs de réseau (TURPE, +3,04 %) et par l’entrée en vigueur du nouveau mécanisme de capacité, qui rémunère la disponibilité des centrales lors des pointes de consommation hivernales. Pour un foyer consommant 4,5 MWh par an, la CRE a chiffré le surcoût à environ 26 euros par an. Le kWh en option Base s’établit depuis à 0,2001 euro TTC pour les compteurs de 3 et 6 kVA.

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Environ 19,4 millions de foyers restent abonnés au tarif réglementé en France métropolitaine continentale. S’y ajoutent les clients d’offres de marché indexées sur ce tarif, également concernés par le mouvement de février.

40 % de hausse sur les marchés en un mois

Le gouvernement n’agit pas dans le vide. Au mois de septembre, le prix de l’électricité livrable en 2027 a bondi d’environ 40 % sur les marchés à terme, passant d’environ 64 à près de 93 euros le MWh. Début octobre, ce contrat dépassait les 94 euros, et le trimestre d’hiver 2027 se négociait autour de 160 euros le MWh. Les analystes citent les tensions sur le gaz, le faible niveau des réservoirs hydrauliques européens et les restrictions de production sur le parc nucléaire.

La formule de calcul du tarif réglementé lisse les prix d’achat sur une longue période, ce qui amortit une partie du choc sans l’effacer. D’autres hausses étaient déjà programmées : la CRE a annoncé un nouveau rattrapage, lissé, des prix de l’option Tempo au premier mouvement de 2027. Le mouvement de février partait donc plutôt à la hausse.

La fiscalité, premier levier

L’État a d’abord la main sur les taxes, qui pèsent lourd dans la facture. La loi de finances pour 2026 prévoit déjà une baisse de l’accise sur l’électricité de 0,4 euro par MWh au 1er février 2027, après une première réduction de 0,5 euro au 1er août 2026. Le projet de loi de finances pour 2027, examiné cet automne, peut aller plus loin. Mais chaque euro d’accise en moins est une recette en moins pour un budget qui vise 5 % de déficit.

Le précédent existe. Entre 2022 et 2024, la baisse de l’accise a coûté 18,4 milliards d’euros aux finances publiques, selon la Cour des comptes.

Le bouclier, une facture de 44 milliards

Second levier : fixer le tarif en dessous des coûts et compenser les fournisseurs, sur le modèle du bouclier tarifaire de la crise de 2022. La Cour des comptes a chiffré à 44,2 milliards d’euros, entre 2022 et 2024, l’ensemble des dispositifs de soutien liés à l’électricité : 22,6 milliards pour le bouclier tarifaire, 18,4 milliards pour la baisse d’accise et 3,5 milliards pour l’amortisseur destiné aux entreprises. La dépense a culminé en 2023, à plus de 29,5 milliards d’euros pour la seule année.

L’ampleur n’est évidemment pas comparable aujourd’hui, mais le mécanisme est le même. Un prix gelé en dessous des coûts se paie soit par l’impôt, soit par un rattrapage ultérieur sur la facture.

Le report, une vieille recette

Troisième option : décaler la hausse. Les gouvernements y ont déjà eu recours. En 2019, l’exécutif s’était engagé à ne pas augmenter l’électricité pendant la période de chauffe ; la hausse de 5,9 % proposée par la CRE avait été appliquée une fois l’hiver passé. Le même scénario reste possible cette fois : rien dans les déclarations du gouvernement n’engage au-delà de l’hiver.

EDF à plein régime, un effet limité sur les prix

Reste l’appel à EDF. Le parc nucléaire a produit 373 TWh en 2025, en hausse de 3,1 % sur un an, et l’électricien table sur 350 à 370 TWh pour 2026 et 2027, en raison des travaux du grand carénage. Produire davantage renforce la sécurité d’approvisionnement et pèse sur les prix de marché. Mais le prix de gros se forme sur un marché européen interconnecté, où la dernière centrale appelée, souvent au gaz, fixe le cours.

Depuis le 1er janvier 2026, l’ARENH, qui obligeait EDF à céder 100 TWh de nucléaire à ses concurrents au prix fixe de 42 euros le MWh, a disparu. Il a été remplacé par le versement nucléaire universel (VNU) : l’État prélève une partie des revenus du parc historique lorsqu’ils dépassent certains seuils, puis la reverse aux consommateurs. Le dispositif ne fixe plus ni volume ni prix. Dans un avis publié en février, l’Autorité de la concurrence estimait qu’avec les seuils retenus, la rente nucléaire ne serait pas reversée aux consommateurs la plupart du temps. Les projections pour 2026 plaçaient d’ailleurs le prix de vente moyen du nucléaire sous le premier seuil de prélèvement.

Les entreprises plus exposées

Le gel ne vaut que pour les tarifs réglementés. Les entreprises qui achètent leur électricité sur le marché restent exposées aux prix à terme, sans le prix plancher que leur garantissait l’ARENH sur une partie de leur consommation. Pour Hugo Larricq, dirigeant du courtier Mon Courtier Énergie, l’engagement repose sur la production nucléaire et sur les marges réglementaires de l’État, mais « geler les prix ne signifie pas que les coûts disparaissent ». Toute la question, selon lui, est de savoir comment la mesure sera financée et si elle peut durer.

La CRE doit publier mi-janvier sa proposition pour le mouvement du 1er février 2027. D’ici là, elle doit transmettre ses estimations mensuelles des revenus nucléaires d’EDF pour 2027, et le Parlement doit voter la fiscalité de l’énergie dans le budget.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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