94 % des infirmiers se disent fatigués lorsqu’ils travaillent. 6 % seulement se décrivent comme reposés. Le chiffre ouvre la deuxième vague du baromètre des carrières infirmières réalisé par l’Ifop pour CharlotteK, marque de tenues médicales, auprès de 1 662 infirmiers interrogés entre le 8 juin et le 6 juillet 2026. Trois ans après une première enquête menée en mars 2023, presque tous les indicateurs se sont dégradés.
31 % de satisfaits
31 % des infirmiers interrogés se disent satisfaits de leur situation professionnelle, contre 36 % en 2023. 3 % seulement se déclarent très satisfaits. L’écart avec le reste du monde du travail est massif : selon la norme Ifop 2026, 78 % des salariés français se disent satisfaits de leur situation.
75 % des infirmiers décrivent un état d’esprit plus négatif que positif au travail, soit 4 points de plus qu’en 2023. 86 % se sentent non reconnus, 76 % stressés et 74 % incompris. Une majorité se dit isolée (52 %) et culpabilisée (51 %). Seul point favorable : 79 % se jugent bientraitants envers les patients, contre 74 % il y a 3 ans.
Les plus jeunes résistent mieux. Chez les 18-24 ans, en tout début de carrière, la satisfaction monte à 45 %. Les libéraux sont les plus sombres : 82 % d’entre eux affichent un état d’esprit majoritairement négatif.
63 % déclarent avoir déjà fait un burn-out
Plus de 6 infirmiers sur 10 affirment avoir déjà vécu un syndrome d’épuisement professionnel : 31 % avec un diagnostic posé par un professionnel de santé, 32 % sans diagnostic. Le taux de burn-out diagnostiqué atteint 42 % chez les salariés travaillant hors de l’hôpital, et 37 % dans le secteur privé comme chez les infirmiers à temps partiel. Les libéraux sont 40 % à déclarer un burn-out jamais diagnostiqué.
Interrogés sur leurs difficultés quotidiennes, les infirmiers placent en tête la surcharge de travail (58 %), qui recouvre la charge administrative, le rythme soutenu et les pauses réduites ou supprimées. Vient ensuite la dégradation de leur santé psychologique (49 %, +3 points), puis la déshumanisation du soin (40 %), le manque de respect des patients, des institutions ou des collègues (36 %) et les relations avec la hiérarchie (31 %). 30 % évoquent la peur de faire des erreurs, et 29 % la dégradation de leur santé physique, un chiffre qui grimpe à 43 % chez les libéraux exclusifs. Parmi les suggestions libres des sondés, l’une résume le quotidien : pouvoir avoir « le droit de se restaurer, s’hydrater, d’uriner et s’asseoir parfois ».
6 sur 10 ne choisiraient plus ce métier
Avec le recul, 61 % des infirmiers ne choisiraient pas de nouveau leur profession, dont 27 % de façon catégorique. Le rejet atteint 71 % chez les 25-34 ans, déjà installés dans le métier depuis quelques années, et 66 % dans le secteur privé.
Les projets suivent. 87 % des infirmiers envisageraient d’évoluer ailleurs que là où ils exercent aujourd’hui, contre 79 % en 2023. 63 % se verraient dans un autre métier que celui d’infirmier, contre 57 % il y a 3 ans. Un quart d’entre eux voudrait carrément quitter le secteur de la santé. Seuls 13 % souhaitent poursuivre leur activité là où ils l’exercent actuellement, contre 21 % en 2023.
Chez les salariés, 69 % ont pensé à démissionner au cours des 12 derniers mois, et 81 % dans le secteur privé. 87 % disent que leur établissement ne leur a jamais proposé d’accompagnement à l’évolution professionnelle. Côté libéraux, 76 % ont envisagé de cesser leur activité dans l’année, la moitié pour se reconvertir. Ils invoquent d’abord l’épuisement dû au rythme (52 %), la baisse de leurs revenus (30 %) et le poids de l’administratif (29 %). 74 % n’ont reçu aucun accompagnement ni formation lors de leur installation.
Ce qui retient les candidats au départ est surtout financier et pratique. Parmi ceux qui envisagent d’évoluer, 35 % disent ne pas pouvoir se permettre d’arrêter de travailler pour se former, et 34 % ne pas avoir les moyens de financer une formation.
88 % jugent leur salaire inadapté
76 % des infirmiers déclarent gagner au moins 2 000 euros nets par mois, mais 65 % seulement des salariés du privé. 88 % jugent leur rémunération inadaptée à leurs responsabilités, dont 46 % totalement. En psychiatrie, 6 % seulement la trouvent adaptée.
Chez les salariés, 70 % disent travailler au-delà de la durée inscrite à leur contrat sans contrepartie financière, 11 % de plus de 5 heures par semaine. Pour 43 % des infirmiers, la dernière augmentation est venue de la seule ancienneté ; 17 % n’en ont obtenu aucune depuis le début de leur carrière. La formation ne paie guère : parmi ceux qui ont suivi un diplôme universitaire, un master ou une validation des acquis ces 3 dernières années, 67 % n’ont constaté aucun effet sur leur salaire.
Pour boucler les fins de mois, 73 % ont cherché à augmenter leurs revenus sans changer de métier : 63 % par des heures supplémentaires, 21 % en cumulant plusieurs activités, 14 % par l’intérim.
La réforme de 2025 inquiète
La loi de juin 2025 et son décret de décembre 2025 ont reconnu aux infirmiers de nouvelles compétences : diagnostic infirmier, consultation, droit de prescription, coordination des parcours de soins. 91 % des sondés en ont entendu parler, mais 20 % seulement savent précisément ce qu’elle contient. Parmi ceux qui la connaissent, 49 % se disent préoccupés car elle implique davantage de responsabilités sans garantie de revalorisation. 1 % estiment qu’elle améliorera concrètement leur exercice quotidien.
Pour améliorer leurs conditions de travail, les salariés réclament d’abord une hausse des salaires (49 %), puis des recrutements (32 %) et un meilleur encadrement (27 %). Chez ceux qui ont déjà songé à démissionner, un salaire plus attractif reste le premier motif qui pourrait les retenir (40 %), devant de meilleures méthodes de management (24 %).
1 662 infirmiers interrogés
L’enquête a été diffusée auprès de la communauté en ligne d’infirmiers de CharlotteK, puis redressée selon les statistiques de la DREES (sexe, âge, région, mode d’exercice). L’échantillon compte 63 % de salariés hospitaliers, 21 % de salariés hors hôpital et 16 % de libéraux. La vague de mars 2023 portait sur 4 183 infirmiers, recrutés selon la méthode des quotas.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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