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Deux personnes de 60 ans peuvent avoir le même âge à l’état civil, mais pas forcément le même cerveau ni le même cœur. C’est l’idée que développe depuis plusieurs années l’équipe du neurologue Tony Wyss-Coray, à l’université Stanford, en Californie. Elle a mis au point un test sanguin qui estime, organe par organe, l’âge biologique du corps, et qui pourrait repérer un risque de maladie bien avant l’apparition des premiers symptômes.
3 000 protéines passées au crible
Le principe repose sur les protéines qui circulent dans le sang. Certaines sont produites par un organe précis et reflètent son état de santé. Les chercheurs ont mesuré près de 3 000 protéines chez 44 498 volontaires âgés de 40 à 70 ans, tirés au hasard dans l’UK Biobank, la grande base de données de santé britannique. Ils ont ensuite entraîné un algorithme à comparer chaque profil à celui d’une personne du même âge.
Le test couvre 11 organes ou systèmes : le cerveau, le cœur, les poumons, les artères, le foie, les reins, le pancréas, l’intestin, les muscles, la graisse et le système immunitaire. Environ 1 participant sur 3 présentait au moins un organe nettement plus vieux, ou plus jeune, que son âge réel.
Le cerveau en première ligne
Les volontaires ont été suivis pendant 15 à 17 ans, ce qui a permis de relier ces écarts aux maladies apparues ensuite. Parmi tous les organes, le cerveau s’est révélé le plus parlant. « Le cerveau est le gardien de la longévité », résume Tony Wyss-Coray.
Un cerveau au vieillissement très avancé multipliait par plus de 3 le risque de développer la maladie d’Alzheimer, soit un effet comparable à celui du principal facteur génétique connu de la maladie. À l’inverse, un cerveau particulièrement « jeune » apparaissait fortement protecteur. Le vieillissement cérébral était aussi le meilleur indicateur isolé du risque de décès, toutes causes confondues. Parmi les protéines les plus révélatrices figure le neurofilament léger, qui passe dans le sang lorsque les neurones sont endommagés.
D’autres organes livrent des signaux comparables. Un cœur ou des poumons vieillis annoncent un risque accru d’insuffisance cardiaque ou de bronchopneumopathie chronique obstructive. Un profil caractéristique de cellules musculaires vieillissantes était associé à un risque de maladie de Charcot près de 13 fois supérieur.
Des organes aux cellules
Une première étude, publiée en juillet 2025 dans Nature Medicine, avait établi le lien entre l’âge des organes et le risque de maladie. Une seconde, parue en juin 2026 dans la même revue, va plus loin : elle estime l’âge de types de cellules précis au sein de chaque organe. Elle s’appuie sur plus de 60 000 personnes issues de plusieurs cohortes, dont l’UK Biobank. Selon les chercheurs, l’âge biologique d’un organe prédit mieux les maladies que l’âge à l’état civil.
L’objectif affiché est de passer d’une médecine qui soigne à une médecine qui prévient. Un cerveau qui vieillit trop vite pourrait justifier un dépistage cognitif plus précoce, une surveillance plus étroite de la tension et du cholestérol, ou un effort particulier sur le sommeil et l’activité physique. Tony Wyss-Coray a cofondé une entreprise, Vero Biosciences, qui a obtenu une licence de Stanford pour développer une version du test destinée au grand public.
Des limites reconnues
Les auteurs eux-mêmes appellent à la prudence. Leurs modèles ont surtout été construits à partir de personnes de plus de 50 ans, et les recommandations ne vaudraient que pour cette tranche d’âge. Surtout, une association statistique ne prouve pas que ralentir le vieillissement d’un organe préviendrait la maladie. Il faudra des essais cliniques pour vérifier si agir sur l’âge biologique modifie réellement l’état de santé des patients, avant que ce test puisse être proposé en routine.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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