Fibrillation atriale : le risque grimpe quand la testostérone est trop basse… ou trop haute

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Entre 350 et 550 nanogrammes par décilitre, soit environ 3,5 à 5,5 ng/ml dans les unités des laboratoires français. C’est la zone de testostérone dans laquelle le risque de fibrillation atriale serait le plus faible chez l’homme, selon une revue publiée en septembre dans le Journal of the Endocrine Society. En dessous comme au-dessus, le risque de ce trouble du rythme cardiaque, qui peut provoquer un AVC, augmente. Les auteurs parlent d’une courbe « en U ».

L’étude est signée par Anand Reddy Maligireddy, Shumedha Barua et Rajat Barua, cardiologues du centre médical des anciens combattants de Kansas City et du centre médical de l’université du Kansas. Il s’agit d’une revue narrative : les auteurs ont passé en revue la littérature scientifique publiée jusqu’en mai 2026, sans produire de nouvelles données ni regrouper statistiquement les résultats. « Trop peu comme trop de testostérone semblent augmenter le risque de fibrillation atriale », résume Rajat Barua dans le communiqué de l’Endocrine Society, la principale société savante d’endocrinologie au monde.

Un risque en U

L’idée d’un lien entre testostérone et rythme cardiaque n’est pas neuve, mais elle a longtemps été lue dans un seul sens. En 2017, une vaste étude portant sur plus de 76 000 anciens combattants américains associait la normalisation de la testostérone par traitement à une baisse des cas de fibrillation atriale. Le manque d’hormone apparaissait alors comme le seul problème.

Les grandes cohortes récentes ont nuancé ce tableau. Dans la UK Biobank britannique, le risque de fibrillation atriale augmente aux 2 extrémités, chez les hommes à testostérone basse comme chez ceux à testostérone élevée. L’étude ASPREE, menée sur 4 570 hommes âgés, a observé un risque quasiment doublé chez ceux dont la testostérone se situait dans les 2 tranches les plus hautes, par rapport à la médiane.

L’essai TRAVERSE et ses arythmies

L’essai clinique de référence sur la question, TRAVERSE, publié en 2023 dans le New England Journal of Medicine, a suivi 5 246 hommes souffrant d’un déficit en testostérone et présentant une maladie cardiovasculaire ou un risque élevé. Il a rassuré sur l’essentiel : le traitement n’augmentait pas les infarctus, les AVC ni les décès d’origine cardiovasculaire (7 % d’événements graves sous testostérone contre 7,3 % sous placebo). En revanche, la fibrillation atriale y était plus fréquente, avec 3,5 % des patients traités contre 2,4 % sous placebo, et les arythmies non mortelles touchaient 5,2 % des hommes traités contre 3,3 %.

Les autres données sont moins tranchées. Une méta-analyse de 106 essais randomisés, regroupant plus de 15 000 hommes, ne trouve pas d’excès significatif de fibrillation atriale sous traitement. Une étude de 2025 conclut à l’absence de surmortalité, d’excès d’AVC ou d’infarctus, mais à davantage de troubles du rythme. Les auteurs reconnaissent eux-mêmes que les résultats se contredisent par endroits.

2 mécanismes opposés

Ce qui donne du poids à l’hypothèse de la courbe en U, ce sont les travaux de laboratoire publiés depuis 2025. Ils suggèrent que l’excès et le manque de testostérone perturbent les cellules cardiaques par 2 voies différentes.

Quand la testostérone est trop basse, la gestion du calcium à l’intérieur des cellules du cœur se dérègle, ce qui favorise des impulsions électriques parasites capables de déclencher une arythmie. Quand elle est trop élevée, l’hormone raccourcit le temps de récupération des cellules de l’oreillette entre 2 battements. Des signaux électriques anormaux peuvent alors tourner en boucle et entretenir le trouble du rythme.

Un excès de testostérone pèse aussi sur le cœur par d’autres voies. L’hormone stimule la production de globules rouges par la moelle osseuse, ce qui épaissit le sang et augmente le risque de caillots. Elle favorise la rétention de sodium et d’eau, donc l’hypertension. À doses élevées ou mal surveillées, elle peut aussi dégrader le profil de cholestérol, en baissant le « bon » cholestérol HDL et en augmentant le « mauvais » cholestérol LDL.

Viser le milieu, pas le haut de la norme

Pour les hommes traités, les auteurs recommandent donc de viser le milieu de la fourchette normale. Ils déconseillent explicitement les objectifs élevés, de 700 à 1 000 ng/dl, que recherchent certains patients et certains prescripteurs. Ils présentent toutefois la zone de 350 à 550 ng/dl comme un objectif à atteindre, pas comme un seuil strict, car elle découle d’études d’observation et n’a jamais été testée dans un essai.

Ils privilégient les formes à libération régulière, comme les gels cutanés ou les préparations à action prolongée, plutôt que les injections intramusculaires de courte durée, qui provoquent des pics hormonaux dans les jours qui suivent l’injection. Le taux de globules rouges, l’hématocrite, doit rester sous la limite haute de la normale, autour de 50 à 54 % : c’est, selon eux, la principale contrainte de sécurité qui limite la dose. Pendant le traitement, ils recommandent de surveiller le rythme cardiaque, la tension artérielle et le fonctionnement des reins et du foie.

Un bilan avant toute prescription

Avant de commencer un traitement, les chercheurs conseillent de corriger les facteurs qui favorisent eux-mêmes la fibrillation atriale : l’obésité, l’apnée du sommeil, l’hypertension sévère et la consommation d’alcool. Chez les hommes dont l’oreillette gauche est dilatée ou qui présentent des épisodes d’arythmie, le traitement reste possible, mais avec des électrocardiogrammes réguliers. Il est déconseillé en cas de fibrillation atriale instable ou très symptomatique.

La décision doit être partagée entre le médecin et le patient. Une fibrillation atriale peut imposer un traitement anticoagulant à vie, à mettre en regard des bénéfices attendus de l’hormone sur les symptômes, la vie sexuelle, le métabolisme et les os.

Les auteurs pointent enfin les angles morts de la recherche. L’essai TRAVERSE n’a testé qu’une seule forme de testostérone et n’a pas analysé en détail le risque d’arythmie. Les grands essais n’ont pas non plus recueilli d’électrocardiogrammes de repos. Et l’obésité, fréquente chez les hommes à testostérone basse, pourrait expliquer une partie du risque attribué au manque d’hormone. Ils appellent à des essais conçus pour déterminer la zone de testostérone la plus sûre pour le cœur.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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