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Lundi 19 octobre, la Haute Cour de Belfast consacre une journée entière au recours des orangistes de Portadown contre l’interdiction de leur défilé sur Garvaghy Road. Le juge Scoffield doit examiner à la fois la recevabilité et le fond de l’affaire. Derrière ce contentieux se profile un dossier autrement inflammable. D’après l’hebdomadaire nord-irlandais Sunday Life, l’évaluation de sécurité qui a conduit à l’interdiction montrerait que la police a tenu compte des dispositions de l’IRA provisoire avant de se prononcer. Ce serait la preuve que l’organisation, dont le Sinn Féin répète depuis des années qu’elle n’existe plus, est toujours bien là.
Un défilé autorisé, puis interdit
Depuis 1998, les orangistes de Portadown n’avaient plus le droit de redescendre Garvaghy Road, quartier nationaliste, au retour de l’office à l’église de Drumcree. En août 2026, la Haute Cour a annulé la décision de la Parades Commission, qui reconnaissait une erreur de procédure. Saisie d’une nouvelle demande, la Commission a autorisé le défilé pour le 27 septembre, une première depuis 28 ans. Les riverains ont contesté cette autorisation en justice. La Cour d’appel les a déboutés : selon la Lady Chief Justice Siobhan Keegan, leur demande n’avait aucune chance raisonnable d’aboutir.
Le droit était donc du côté des orangistes. Le défilé n’a pourtant jamais eu lieu, car une foule massive bloquait le parcours. Après près de 2 semaines de face-à-face, le chef de la police nord-irlandaise (PSNI), Jon Boutcher, a demandé au ministre chargé de l’Irlande du Nord, Sir Chris Bryant, de revoir la décision en invoquant des risques de désordres. Le ministre a interdit la marche le vendredi 9 octobre au soir.
Les orangistes contestent ce choix sur plusieurs points. Selon eux, le ministre ne disposait d’aucun pouvoir légal pour prononcer cette interdiction, et sa décision récompense l’illégalité et la menace de troubles. Ils y voient aussi une atteinte à leurs droits fondamentaux. La PSNI a été formellement jointe à la procédure, car l’évaluation du chef de la police est directement mise en cause.
L’IRA provisoire dans l’évaluation de la PSNI
D’après les sources de sécurité citées par Sunday Life, l’audience de lundi montrera que la police a pris en compte le point de vue de l’IRA provisoire en actualisant son analyse des conséquences du défilé. L’hebdomadaire précise que rien n’indique que les dirigeants de l’IRA préparaient des violences. Le « ressenti » mentionné dans le document concerne leur soutien à l’Assemblée et à la police. D’autres éléments devraient émerger lors de l’audience, notamment les échanges entre républicains « traditionnels » et PSNI, alors que la police craignait une récupération des manifestations par les dissidents.
Sur le fond, la portée politique est considérable : le document confirmerait que l’IRA provisoire existe toujours.
Carla Lockhart et Jon Burrows
Plusieurs figures du DUP connaissent le contenu de ce document, dont Carla Lockhart, députée d’Upper Bann à Westminster et représentante de l’aile dure du parti. Jeudi dernier, elle a écrit au chef de la police pour savoir si la PSNI avait, à un quelconque stade, « tenu compte du ressenti de l’IRA provisoire ».
Vendredi, Jon Burrows, chef de l’UUP et ancien haut gradé de la police, a demandé à Chris Bryant de commander une nouvelle évaluation sur l’IRA provisoire et sur l’ensemble des groupes paramilitaires. Il veut notamment savoir si l’organisation conserve une capacité ou une intention opérationnelle. Les sources de Sunday Life sont formelles : ni l’un ni l’autre n’a évoqué l’IRA par hasard, car tous deux savent ce que l’audience va révéler.
Le précédent de 2015
Les unionistes n’ont jamais cru à la disparition de l’IRA. Leur scepticisme repose en grande partie sur l’évaluation commandée en 2015, après l’assassinat de Kevin McGuigan, ancien détenu de l’IRA, par d’anciens membres de l’organisation. Ce document est la dernière évaluation de ce type. Il concluait que le « conseil de l’armée » de l’IRA provisoire restait en place. Il ajoutait que, dans l’esprit de ses membres, ce conseil chapeautait à la fois l’IRA et le Sinn Féin selon une stratégie d’ensemble.
En 2017, des rapports de renseignement de la PSNI ont été rendus publics devant la Haute Cour. Ils faisaient état d’une campagne de l’IRA provisoire pour salir un policier. L’affaire concernait un ancien officier de la RUC, accusé d’avoir averti l’UVF, dans les années 1980, d’une opération de saisie d’armes cachées dans une ferme du comté d’Armagh.
Le Sinn Féin sur Garvaghy Road
Pendant le blocage, plusieurs élus du Sinn Féin se sont joints aux riverains, dont la Première ministre Michelle O’Neill et Deirdre Hargey, députée à l’Assemblée et membre du Policing Board, l’organe de contrôle de la police. Devant des milliers de personnes, Michelle O’Neill s’est dite fière de soutenir les habitants. La présidente du parti, Mary Lou McDonald, a elle aussi participé à un rassemblement de soutien.
D’autres figures républicaines étaient présentes, comme Martin « Duckser » Lynch, ancien détenu de l’IRA, que Sunday Life présente comme le chef d’état-major supposé de l’IRA provisoire. Des dissidents s’y montraient aussi régulièrement, dont Frankie Quinn, condamné pour des attentats à la bombe de l’IRA. Interrogé par l’hebdomadaire, il affirme n’avoir conseillé personne. Selon lui, seul le porte-parole des riverains, Breandán Mac Cionnaith, fixe la ligne.
Le DUP refuse de quitter l’exécutif
Au DUP, des cadres s’attendent à une forte pression des unionistes les plus durs après l’audience. Jim Allister, chef du TUV, et le militant loyaliste Jamie Bryson devraient réclamer sans attendre le départ du parti de l’exécutif. Ils devraient aussi s’en prendre à Emma Little-Pengelly, vice-Première ministre. Un responsable du parti résume la position officielle : le DUP reste attaché aux institutions, qu’il juge les plus favorables à l’Irlande du Nord et à l’Union.
Le chef du parti, Gavin Robinson, et Emma Little-Pengelly ont déjà exclu de quitter l’Assemblée, quelle que soit l’issue de l’affaire Drumcree. Emma Little-Pengelly affirme qu’elle ne se laissera pas pousser à punir la population pour l’irresponsabilité du Sinn Féin. Cette ligne tranche avec celle de Carla Lockhart, qui réclame des conséquences lourdes après l’interdiction du défilé.
L’audience s’ouvre lundi devant le juge Scoffield, qui doit se prononcer sur la recevabilité du recours et sur son fond au cours de la même session.
Illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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