« Sexe, science & censure » : le livre qui n’aurait jamais dû voir le jour

Le temps où Charles Darwin et sa théorie de l’évolution était la cible de la folie obscurantiste de fanatiques religieux semblait révolu… Et pourtant. Qui aurait cru qu’un siècle et demi plus tard, à l’ère de la raison et la liberté d’expression, d’autres obscurantistes auto-proclamés « progressistes », utiliseraient les mêmes méthodes ? La féministe Peggy Sastre et le politologue Leonardo Orlando en ont fait les frais. Et de la censure dont ils ont été victimes est né un livre : Sexe, science & censure – Les vérités taboues de la guerre du genre, publié aux éditions de l’Observatoire.

« L’Université contemporaine a sacrifié la réalité et la science sur l’autel de l’idéologie »

En 2022, le séminaire que Peggy Sastre, docteure en philosophie des sciences, et Leonardo Orlando, docteur en science politique, devaient animer à Sciences Po Reims intitulé « Biologie, évolution et genre » qui se proposait d’étudier les différences de genre à travers le prisme de la théorie de l’évolution avait été annulé à quelques heures du début des inscriptions pédagogiques, sans fournir aucune explication.

Face aux accusations de censure mues par les deux chercheurs, la direction de l’établissement avait alors justifié cette décision par des prétendus manquements aux critères scientifiques, sans plus argumenter. Pour Sastre et Orlando, cette interdiction d’enseigner une perspective biologique sur le genre révélait combien la science et la biologie étaient devenues en quelques décennies, l’ultime tabou au sein des institutions. Une censure qui illustre encore une fois combien l’université a abandonné le débat des idées et l’enseignement de la pluralité du savoir, acquise au seul constructivisme social (« tout provient de l’environnement et de la société », dogme qui va à l’encontre d’autres sciences comme la biologie, les neurosciences, l’anthropologie..).

Ce livre, qui est en définitive assez proche du cours que nous aurions pu donner, se veut un bouclier, pour vous protéger d’une idéologie qui a contaminé l’Université, les institutions, les médias, la culture populaire et jusqu’aux conversations entre amis.

Un livre qui ouvre avec une introduction particulièrement édifiante sur le thème de la censure dans les universités depuis les années 1970.

Indéniables différences entre les sexes

Les différences biologiques entre homme et femmes sont indéniables. Mais, par les temps qui courent, encore faut-il parvenir à le prouver. C’est ce à quoi s’attache l’ouvrage, qui se présente comme la somme des connaissances et des études scientifiques qui les documente.

Des fondements biologiques – cerveau, cœur, hormones – aux aspects psychiques et comportementaux – investissement parental, stratégies reproductives (choix du partenaire, jalousie…), aptitudes (sport, échecs..), préférences (jeux d’enfants, intérêts professionnels..), les deux essayistes passent au crible de la science et de la psychologie évolutionnaire les asymétries, les disparités et les contrastes entre les deux sexes. Tout en précisant que :

Comprendre ces différences n’équivaut nullement à justifier des inégalités sociales ou à naturaliser des rôles de genre, tout comme ce que la biologie révèle n’est pas une fatalité, mais une invitation à penser plus finement la condition humaine – dans toute sa plasticité, dans toute sa pluralité.

Quant à l’accusation souvent portée à la psychologie évolutionnaire qui ne prendrait pas en considération la culture et l’environnement, elle est démentie tout au long de l’ouvrage :

Là où les intérêts évolutifs des deux sexes divergents, le conflit s’installe.

Or,

Ce conflit ne signifie pas que les sexes sont condamnés à la guerre. Il signifie que l’évolution n’a pas produit une harmonie, mais un équilibre instable – fait de négociations, de compromis, d’ajustements. Et ce balancier, les humains tentent sans cesse de le stabiliser par des constructions culturelles : le couple, le mariage, la morale sexuelle, les lois sur le consentement. Autant de dispositifs qui, consciemment ou non, visent à canaliser les dynamiques conflictuelles héritées de notre histoire biologique.

Ce que nous sommes ne se réduit pas à ce que l’évolution a fait de nous, mais on ne peut faire comme si elle n’y était pour rien.

Spectacle contemporain

Si l’ouvrage ressemble un peu parfois à un condensé d’évidences sur les différences innées entre les comportements féminin et masculin, malheureusement notre époque en est là : il est devenu nécessaire de ressasser et ressasser encore les banalités partagées par tous les êtres sains de la planète. C’est d’ailleurs ce qui fait tout l’intérêt de la psychologie évolutionnaire, à savoir, le détour par d’autres cultures très éloignées de la civilisation occidentale, géographiquement ou temporellement, et des déviations par le monde animal.

Les deux chapitres « Sexe sans lendemain (ou pas ) » et « Applis et loi de la jungle : la tinderisation de l’amour » sont d’une grande actualité et éclairent le décalage entre notre instinct et notre environnement, tout en soulignant comment le monde connecté n’a fait que « radicaliser » les stéréotypes et creuser le fossé entre gros costauds affichant leurs signes extérieurs de richesse et femmes caricatures aux lèvres et seins gonflés.  Parce que la modernité ne fait que recycler des codes très anciens, comme ceux de la sélection sexuelle, et les applique au monde numérique.

Bien que Peggy Sastre s’en revendique, dans le chapitre « Les recettes féministes pour rendre une femme (ou un homme) misérable« , le féminisme est expressément pris pour cible et accusé de pousser  » les femmes à chercher le bonheur dans des aspirations typiquement masculines », érigeant « l’homme en mètre étalon universel ». Et de souligner :

Tout au long de l’histoire, les dangers associés au sexe sans lendemain – tant pour les individus que pour la stabilité sociale ont été largement reconnus. En réponse, diverses normes culturelles et institutions, allant des doctrines religieuses aux cadres juridiques, ont été mises en place, principalement pour dissuader les hommes de s’adonner à ce type de relations éphémères. Pourtant, un retournement paradoxal s’opère aujourd’hui: un mouvement à la fois culturel et politique – le féminisme – encourage désormais les femmes à ignorer leur héritage évolutionnaire et à pratiquer le sexe occasionnel comme si elles partageaient la même disposition psychologique que les hommes. Reste à savoir si ces militantes sont simplement ignorantes de la psychologie sexuelle féminine, ou si elles tirent un plaisir malsain à voir d’autres femmes souffrir.

Des différences célébrées pour quoi faire ?

Faire semblant que tous les corps se valent conduit à imposer un modèle unique qui dessert tout le monde, notamment sur le plan médical :

En prétendant corriger des discriminations ces approches finissent par produire l’effet inverse : elles creusent les écarts qu’elles prétendent abolir et instaurent une forme d’injustice d’autant plus redoutable qu’elle se présente sous le masque vertueux de l’égalitarisme. »

Sous couvert de lutte aux stéréotypes de genre, on oriente les choix, on castre.. et on dépense des millions d’euros des contribuables, pour des « chimères idéologiques » tels les jeux non-genrés : un gaspillage annuel évalué entre 2 et 7 millions d’euros en France.

« Promouvoir des politiques publiques allant à l’encontre des inclinations innées et universelles des enfants n’est pas un simple gaspillage insensé des ressources de l’État : c’est un mépris des caractéristiques propres aux garçons et aux filles. Et batailler pour des « jouets non genrés » n’est pas un simple égarement: c’est une entreprise aussi obscurantiste que le fut, en son temps, la répression des gauchers contraints à écrire de la main droite. »

Quant au paradoxe scandinave, ou comment les sociétés les plus avancées dans l’égalité de genre confirment les différences innées entre les sexes ( les femmes sont davantage « orientées personnes », et les hommes « orientés objets » ), souvent raillé par les féministes, il y est réaffirmé, à l’aide des dernières études sur le sujet :

En définitive, le paradoxe scandinave nous invite à reconsidérer notre vision des différences entre les sexes. Plutôt que de les percevoir comme des obstacles à l’égalité, peut-être devrions-nous les accueillir comme l’expression naturelle de notre diversité humaine, rendue possible par des sociétés qui permettent à chacun de développer pleinement son potentiel, quelque soit ses prédispositions biologiques. (…)

plus une société est égalitaire et prospère, plus elle permet aux tendances naturelles des sexes de s’exprimer librement. (…)

La véritable égalité ne consiste pas à imposer une stricte homogénéisation des comportements, mais à garantir un environnement où chacun  peut s’épanouir comme il l’entend.

Comprendre les raisons profondes de nos réflexes, de nos préférences et de nos  comportement est absolument nécessaire pour mettre fin à cette stérile guerre des sexes qui empoisonne notre quotidien et fait des ravages aux seins des nouvelles générations. Et défier les censeurs, ne pas leur laisser le monopole de la parole est tout aussi fondamental. Ouvrage très vulgarisateur donc très facile d’accès, « Sexe, science & censure » y contribue.

Audrey D’Aguanno

N. B. : Ne pas confondre darwinisme – à savoir, la théorie scientifique développée par Charles Darwin, expliquant l’évolution des espèces par le biais de la sélection naturelle, fondée sur la lutte pour la vie et la survie des plus aptes dans un environnement donné -, et darwinisme social, ou l’interprétation sociopolitique et souvent controversée de cette théorie, qui consiste à appliquer le mécanisme de la sélection naturelle au sein de la société humaine. Le Darwinisme social a parfois servi à justifier des idéologies telles que l’eugénisme, l’ultralibéralisme et en général l’élitisme des classes possédantes au détriment du reste de la population.

Crédit photo : Capture X Leonardo Orlando
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