« De sang et d’or » : le témoignage d’un médecin de l’extrême, entre tragédies nationales et humanité profonde

Urgences vitales, attentats, catastrophes, morts anonymes et drames historiques : rares sont ceux qui ont vu la France vaciller d’aussi près que Claude Fuilla. Anesthésiste-réanimateur, spécialiste de médecine d’urgence, il a servi plus de vingt ans au sein de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris. Dans De sang et d’or – Quand l’urgence est une vie (Mareuil), il livre un témoignage dense, parfois brutal, mais profondément humain, aujourd’hui présenté dans une vidéo-entretien sur TV Libertés qui revient sur un parcours hors norme.

Une vie confrontée au pire… et au meilleur de l’homme

Accident de la gare de Lyon en 1988, prise d’otages de l’école maternelle de Neuilly en 1993, attentats du 13 novembre 2015, missions internationales, catastrophes naturelles, drames du quotidien : Claude Fuilla a été aux premières loges de certains des événements les plus marquants de ces dernières décennies. Mais son récit ne se limite pas à l’énumération de crises spectaculaires. Il s’attache aussi à ces morts « invisibles » – une jeune femme fauchée par un bus, un enfant qui ne se réveillera pas – qui forment le quotidien silencieux des urgentistes.

Le titre de l’ouvrage, De sang et d’or, dit tout de cette ambivalence. Le sang, celui des blessés, des victimes, des larmes et des drames répétés. L’or, celui d’une vocation vécue comme une chance, d’une fraternité d’équipes soudées, et d’une quête de sens au cœur même du chaos. Catalan d’origine, Claude Fuilla y voit aussi un clin d’œil à ses racines, mais surtout une manière de dire que, même dans l’horreur, il est possible de trouver ce qui permet de tenir debout.

Les coulisses des grandes crises

La vidéo revient longuement sur la prise d’otages de Neuilly, qui avait tenu la France en haleine pendant près de deux jours. Claude Fuilla en raconte les coulisses, la tension permanente, les négociations, l’assaut final, mais aussi l’envers du décor, loin des caméras. Il évoque également son rôle indirect lors des attentats du 13 novembre 2015, alors qu’il n’était plus sur le terrain mais avait conçu, des années plus tôt, une partie du dispositif médical de gestion des situations multi-attentats.

Son témoignage éclaire la préparation en amont, souvent méconnue, qui permet d’éviter le chaos total lorsque l’impensable survient. Il rappelle aussi combien ces dispositifs sont le fruit d’expériences passées, parfois douloureuses, comme les attentats de Madrid ou de Londres.

Annoncer la mort, une épreuve absolue

L’un des passages les plus forts du témoignage concerne l’annonce des décès aux familles. Pour Claude Fuilla, c’est l’un des actes les plus difficiles, mais aussi les plus exigeants du métier. Vérité, pédagogie, empathie : il décrit cette « communication de crise » comme un moment décisif, où le médecin doit être à la hauteur de la souffrance qu’il provoque, sans jamais se réfugier dans le mensonge ou la fuite.

Il insiste également sur la nécessité de déculpabiliser les proches, notamment lors de la mort d’un enfant, et sur l’humilité indispensable à ceux qui sauvent parfois… mais pas toujours.

Au fil de l’entretien, Claude Fuilla dresse aussi un constat plus large : celui d’une société occidentale qui a progressivement occulté la mort, l’a déplacée hors du regard, hors des foyers, jusqu’à ne plus savoir comment l’appréhender. À l’inverse, il évoque certaines cultures africaines où la mort reste un moment collectif, douloureux mais intégré à la vie.

Sans entrer dans les polémiques contemporaines, il appelle à une réflexion apaisée sur la fin de vie, le respect des mourants et la nécessité de redonner de la dignité à ces moments ultimes, loin des débats idéologiques simplistes.

Enfin, le médecin interroge notre rapport aux héros et aux victimes. Défenseur de la reconnaissance des victimes, il regrette cependant que nos sociétés peinent désormais à distinguer ceux qui ont donné leur vie pour une cause qui les dépassait. À ses yeux, un héros est celui qui met en jeu ce qu’il a de plus précieux, parfois jusqu’à sa propre existence, pour sauver autrui.

De sang et d’or est ainsi bien plus qu’un récit professionnel. C’est un livre d’action, d’émotion et de réflexion, porté par une parole rare, forgée au contact direct de la mort, mais résolument tournée vers la vie.

Crédit photo : DR

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2 réponses à “« De sang et d’or » : le témoignage d’un médecin de l’extrême, entre tragédies nationales et humanité profonde”

  1. CARBONNE dit :

    Ce doit être poignant…a lire et offrir à nos jeunes , interventions si difficiles, nous pensons souvent à eux, et les soutenons du fond du cœur…

  2. Yannig Louis dit :

    Je confirme j ai travaillé près de dix ans avec le commandant NOTO aujourd’hui général retraite dans les années 70 à la BSPP chef de garde incendie en plein centre de Paris le SAMU n existait pas encore et le service médical des pompiers de Paris assurait les urgences avec les fourgons incendie et 6 ambulances de réanimation pour tout le territoire de la PP les moyens humains ont heureusement évolués depuis que la médecine civile s est inspirée des méthodes d intervention de la é décline de guerre pratiquée par les pompiers de Paris
    LCL yannig louis Mahé

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